Les associations écologistes françaises saluent l’utilisation d’objectifs chiffrés dans les stratégies biodiversité et « de la ferme à la table », et souhaitent désormais voir les intentions du Pacte vert intégrés dans la déclinaison française de la Pac, le PSN.
Diviser par deux les utilisations de pesticides et d’antibiotiques, réduire de 20 % les utilisations d’engrais et atteindre 25 % de SAU bio à l’horizon 2030 : les stratégies biodiversité et Ferme à la fourchette dévoilée par la Commission le 20 mai ont donné un nouvel horizon à l’agriculture européenne, que les ONG souhaitent désormais voir déclinées dans toutes les politiques européennes et nationales.
Les chiffres eux-mêmes ne satisfont qu’à moitié les ONG. Pour la Fondation Nicolas Hulot (FNH), ces chiffres ne sont ainsi que des « étapes intermédiaires » : « Avoir marqué des objectifs chiffrés va dans le bon sens, mais les ambitions sur le bio, ou les engrais, sont trop faibles, et il manque toujours une vision de sortie des pesticides », explique sa responsable Agriculture et alimentation, Caroline Faraldo.
Mais la publication de ces chiffres représente tout de même une demi-victoire : « On avait peur que les chiffres soient éliminés avant la publication. Maintenant, il faut rendre ces objectifs coercitifs, et mettre en cohérence les moyens », encourage-t-elle.
Espaces politiques disponibles
Si l’un des buts affichés des ONG était de modifier la Pac en conséquence de ces nouveaux objectifs, il semble s’échapper depuis que Bruxelles a annoncé le 25 mai, par la voix de son directeur général de l’agriculture, Woflgang Burtscher, qu’elle ne souhaite pas faire de nouvelle proposition législative pour la Pac.
Les associations ne s’estiment cependant pas encore vaincues : « Il y a des marges de manœuvre sur les négociations européennes qui restent encore à finaliser. Et avec le système de Plan stratégique national (PSN), des choses vont se passer au niveau français », rappelle Mathieu Courgeau, président de la plateforme Pour une autre Pac (Conf', FNE, Fnab, WWF, Miramap…)
Aides à l’actif, renforcement du deuxième pilier autour des MAEC systèmes et du bio, ecoschemes ambitieux pour les prairies et les infrastructures écologique… Le PSN représente pour la plateforme une occasion de défendre sa vision de la politique communautaire : « Nous allons avoir un gros travail avec le débat public français qui reprendra en septembre, pour continuer à mobiliser les citoyens, et nous nous impliquerons au niveau ministériel dès que les réunions commenceront », prévoit Mathieu Courgeau.
Les opportunités de la crise
Son association œuvrera donc sur les deux fronts : celui de la concertation, avec le débat organisé par la Commission nationale du débat public, et celui, plus feutré, du travail gouvernemental, qui devrait aboutir à une copie française pour la mi-2021.
Mais d’autres fenêtres ont été ouvertes par la crise du Covid-19. « Plan de relance transformationnel, projet de loi de finance rectificative, PSN : il faut que toutes ces échéances politiques soient en cohérence avec les objectifs du pacte vert, et la transition vers l’agroécologie », défend Caroline Faraldo, de la FNH.
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La relance, estime-t-elle, pourrait même représenter une occasion de faire évoluer le développement agricole : « L’innovation peut aussi être sociale, organisationnelle, ou agronomique, et les politiques publiques devraient être orientées vers ces solutions-là, plutôt que vers des investissements intensifs dans le matériel », suggère Caroline Faraldo, dont l’organisation se méfie de l’agriculture de précision, déjà envisagée par Bercy dans le cadre du pacte productif et mentionnée par les stratégies européennes.
Positions officielles
Pour toutes ces pistes, les positions gouvernementales demeurent floues, et le chemin semble encore long pour les associations. « On n’a pas encore beaucoup entendu le ministère de l’Agriculture sur le sujet du Green deal, et c’est important qu’il se positionne là-dessus, pour montrer qu’il souhaite les prendre en compte dans le PSN », défend Mathieu Courgeau, de Pour une autre Pac.
Même déception du côté du ministère de la Transition écologique, l’allié historique des associations. « On sent un ministère assez attentiste, qui semble avoir abandonné le deuxième pilier et tout miser sur les ecoschemes. Mais nous avons peur que les ecoschemes ne soient pas suffisants, alors que certaines mesures du deuxième pilier ont déjà fait leurs preuves sur le terrain », regrette Mathieu Courgeau.
Reprise des travaux sur le PSN, publication du plan de relance, ou encore réactions aux propositions de la Convention citoyenne sur le climat : rendez-vous au mois de septembre pour découvrir quelle nuance de vert le gouvernement choisira pour repeindre la politique agricole post-2020.
« Avoir marqué des objectifs chiffrés va dans le bon sens »
« Nous allons avoir un gros travail avec le débat public français qui reprendra en septembre »
Des objectifs chiffrés mais pas qualifiés
L’objectif d’une baisse de 20 % des engrais à l’horizon 2030 pourrait rater sa cible, faute d’une meilleure analyse des pratiques agricoles. Pour les Amis de la Terre, cette ambition est « problématique, puisqu’elle considère que tous les engrais ont le même impact », comme le déplore Anne-Laure Sablé, chargée de campagne Agriculture au sein de l’association. Un objectif de -30 % sur les seuls engrais de synthèse aurait été selon elle préférable, comme préconisé par l’Iddri. En parallèle de ces ambitions chiffrées, une hausse de taxation sur cette même catégorie d’engrais pourrait par ailleurs permettre de financer la transition sur le terrain. « Tout le cycle de l’azote doit être repensé. Il faut donc des fonds afin d’encourager les rotations de culture, développer les légumineuses à graines, et déspécialiser les territoires, pour faciliter l’accès au fumier », détaille Anne-Laure Sablé.