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Revenus agricoles Les organisations agricoles unanimes pour une politique de redressement

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L’évolution de la Pac, le libéralisme, la pression de l’aval : tels sont les trois grands facteurs fustigés par les organisations agricoles pour expliquer la chute forte du revenu agricole constatée par les statisticiens sur 2004 . Les organisations sont également unanimes pour demander des ajustements aux conditions dans lesquelles les exploitants agricoles exercent leur métier.

Tandis que les chambres d’agriculture insistent sur le partage de la valeur ajoutée, la FNSEA rappelle la responsabilité forte de la gestion de Bruxelles et de l’évolution de la Pac. Pour leur part, les syndicats des producteurs de grandes cultures, durement touchés cette année, demandent une amélioration de la gestion de Bruxelles, notamment pour tenir compte de la baisse du dollar. La Confédération insiste sur la nécessité de prix rémunérateurs, la Coordination demande un véritable plan Orsec et le Modef évoque l’idée d’un « Grenelle des prix agricoles » faisant référence aux grandes rencontres entre l’Etat et les organisations de salariés.

Chambres d’agriculture : « La loi d’orientation devra nous permettre de garder notre valeur ajoutée »

Réagissant à la publication des comptes du revenu de l’agriculture (-3,7 %), un communiqué de l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture) constate que la chute des prix agricoles à la production de 8 % confirme une tendance de long terme qui a vu une baisse de 50 % des prix agricoles en 25 ans en valeur constante. « Nous nous sommes fait piquer notre valeur ajoutée », explique Luc Guyau, le président de l’APCA. « Cela a été possible parce que nous avons réduit nos marges, parce que le nombre d’actifs a diminué et que nous avions des aides. Nous atteignons aujourd’hui les limites de cette logique», poursuit Luc Guyau selon lequel « les marges de manœuvre du revenu agricole sont désormais dans l’aval : la transformation et la distribution. La loi d’orientation devra contenir des mesures concrètes qui nous permettent de garder cette valeur que nous créons ».

FNSEA : « Nous payons très cher l’évolution de la Pac »

« Nous payons très cher l’évolution de la Pac », affirme un communiqué de la FNSEA qui réagit à la publication des comptes de revenu agricole (-3,7 %). Pour la centrale syndicale, la Pac a abandonné ses instruments de gestion des marchés, entraînant ainsi une dérive des prix accentuée par de nouvelles distorsions de concurrence. « Ce sont aussi les conséquences d’une politique internationale libérale qui fait importer des baisses de prix dont d’ailleurs ne bénéficient nullement les consommateurs ». La FNSEA constate en effet que la diminution du revenu de 2004, de près de 4 %, est la conséquence de « fortes baisses de prix agricoles conjuguées à des augmentations moyennes de 3 % du prix des produits nécessaires aux exploitations ». Cette diminution se compare d’ailleurs à une année 2003 déjà marquée par « de graves aléas climatiques et un revenu déjà en chute. Ainsi, depuis 1998, l’exploitant agricole a perdu en moyenne 15 % de son revenu. »

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Confédération paysanne : à quand des prix rémunérateurs ?

« À qui profite la crise ? », interroge la Confédération paysanne dans un communiqué diffusé après la publication des comptes de l’agriculture faisant état d’une baisse des revenus de 3,7 % sur 2004. « D’un côté, les chiffres d’affaires des grands groupes agro-industriels et les dividendes de leurs actionnaires ne cessent d’augmenter, constate la Confédération, et de l’autre le revenu agricole et les prix à la production accélèrent leur dégringolade depuis plusieurs décennies tandis que le consommateur continue de payer l’alimentation au prix fort ». La Confédération réclame « une politique agricole favorisant des prix rémunérateurs, une agriculture durable et solidaire grâce à la maîtrise, à la répartition des productions et la protection des frontières. »

Coordination rurale : la baisse d’aujourd’hui cache un effondrement pour demain

La diminution du revenu annoncée par la commission des comptes de l’agriculture cache en fait, selon un communiqué de la Coordination rurale, « un effondrement » du revenu réel demain. En effet, selon la Coordination, « la baisse actuellement prévue est très largement masquée par une ascension “prévisionnelle” remarquable de 42 % du revenu des viticulteurs. Ce secteur en pleine crise appréciera à juste valeur la pertinence de ces prévisions qui s’apparentent à l’annonce que nous ferait la météo d’une canicule pour Noël ». La Coordination rurale « attend maintenant le déclenchement d’un véritable plan Orsec pour l’agriculture, secteur clé de l’économie. Il est urgent de mettre fin à la Pac (Politique agricole commune) actuelle, qui ruine les paysans. »

Modef : pas de revenu « décent » sans « prix rémunérateur »

Alors que le revenu « baisse de 7 % pour les exploitants en 2004, les paysans payent cash les options libérales de la Pac 92 ; Berlin 2000 et l’arme monétaire américaine dollar calée sur le prix mondial », précise le Modef dans un communiqué. « Il n’y aura pas de revenu décent sans prix rémunérateur », souligne le syndicat. « La responsabilité du gouvernement est engagée dans le cadre de la future loi agricole ». Le Modef réitère sa proposition d’un « Grenelle des prix agricoles soumis au Premier Ministre qui répond précisément à la question du revenu par les prix ».