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Lait Les Pays-Bas veulent produire plus en polluant moins

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Les Pays-Bas espèrent négocier avec Bruxelles une nouvelle façon de prendre en compte l’impact environnemental de l’élevage laitier. Leur objectif est d’augmenter la production de 10 à 20% à la fin des quotas laitiers.

Les Pays-Bas se préparent à déverser leur lait sur le monde dès la fin des quotas qui régulent la production, en 2015. Pourtant, le pays souffre de plusieurs handicaps, dont sa densité laitière, deux fois plus forte qu'en Bretagne. Le pays dispose d’une dérogation à la directive nitrates, qui lui permet d’épandre 250 kilos d’azote issus des effluents d’élevage par hectare et par an, quand le reste de l’Europe est limité à 170. Les éleveurs ajoutent en sus 115 kilos d’azote d'engrais minéraux par hectare en moyenne, afin d'être sûrs que leur herbe s’épanouisse convenablement. Et l'herbe, justement, est importante aux Pays-Bas : la dérogation n'est accordée aux élevages que si elle représente 70% de la surface de l'exploitation, utilisée en pâturage et ensilage. Les autorités néerlandaises ont tourné la réglementation européenne à leur sauce : les surplus d'aliments achetés à l’extérieur de l'exploitation, dont les concentrés protéiques importés, ne sont pas pris en compte. 95% des producteurs de lait bénéficient de la dérogation. En externalisant la production d'aliments énergétiques, les exploitations peuvent ainsi rester très intensives (19 735 kilos de lait par hectare contre 7 224 en Bretagne, selon les chiffres de l’étude Dairyman).
 
Epandages de masse
Les éleveurs peuvent en outre épandre plus d'azote que les 250 kilos autorisés, moyennant le paiement de pénalités de 2,5 euros le kilo excédentaire par hectare. Selon Frans Aarts, chercheur au Wageningen-UR, un institut de recherche dans l’agriculture et l'environnement néerlandais, la ferme moyenne émet 57 kilos de nitrates supplémentaires, ce qui lui coûte 7 838 euros par an. Sans dérogation, avec un épandage limité à 170 kilos/ha, elle paierait près de 19 000 euros de pénalités par an. « La dérogation est nécessaire, ce serait impossible si les élevages devaient payer plus », argumente Frans Aarts.
Malgré ces épandages, la pollution des eaux diminue aux Pays-Bas : « Le niveau de concentration en nitrate dans les eaux souterraines atteint aujourd'hui l'objectif des 50 milligrammes par litre», affirme t-il. Mais il reste des problèmes, admet-il, comme les pertes de phosphore vers le milieu aquatique, qui contreviennent à la directive cadre sur l'eau.
 
Produire plus
Malgré ces contraintes, les Pays-Bas veulent produire 10 à 20% de lait en plus après 2015. « Mais cela ne sera autorisé par l'administration qu'à la seule condition qu'il n'y ait pas d'impact sur l'environnement », prévient Frans Aarts, qui pense que « ce sera possible ». Pour ça, les Néerlandais ont trouvé un « nouveau truc », explique-t-il : l'évaluation annuelle du cycle des éléments minéraux (ANCA, pour Annual Nutricient Cycling Assessment), une nouvelle façon d’appréhender les pollutions causées par l’élevage laitier tout en les réduisant, dont le coût sera pris en charge par la filière lait. Dans le système ANCA, chaque ferme doit scrupuleusement déclarer son surplus d'effluent. Les cycles des éléments minéraux sont analysés scientifiquement, et des indicateurs sont créés pour que chaque ferme puisse justifier ses performances, mais aussi les améliorer, en tendant vers les exploitations les plus efficaces. Toute la filière laitière serait impliquée, puisque les collecteurs seraient garants des données. Frans Aarts insiste sur l'importance d'éviter les fraudes dans ce système, affirmant que les logiciels utilisés permettront de les empêcher, et que toutes les données seront vérifiables.

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