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Les pistes de l’Adepale pour retrouver le chemin de compétitivité

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La question de la restauration de la compétitivité des industries agroalimentaires revient sur le devant de la scène à la faveur de la sortie de la crise sanitaire, des tensions sur les cours de matières premières et de l’énergie, mais aussi de la campagne pour la présidentielle. Dans ce contexte, l’Adepale dresse un état des lieux du secteur agroalimentaire et de la situation des PME et ETI qui le constituent. Ces entreprises voient leurs marges diminuer année après année, leur compétitivité se dégrader et leur capacité d’investissement se contracte. Toutefois, il existe des solutions pour relancer cette industrie « qui risque de disparaître », selon les mots de Jérôme Foucault, président de l’Adepale et patron de Cofigeo, avec le soutien de l’État et des acteurs de la chaîne alimentaire. Un redressement qui passe par davantage d’investissement et d’innovation, selon l’économiste Nicolas Bouzou, afin de relever les grands défis que l’industrie doit affronter d’ici 2030.

« Si rien n’est fait pour corriger la trajectoire, c’est l’une des dernières industries de France, lieu d’excellence de notre pays, qui risque de disparaître, mais surtout, c’est une part de notre identité et de notre culture que nous perdrons » : ainsi s’exprime Jérôme Foucault, le président de l’Adepale, l’une des principales fédérations professionnelles des entreprises de l’agroalimentaire (16,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé, 1570 PME et ETI adhérentes). Le même tableau est brossé par l’économiste Nicolas Bouzou, qui prédit un « futur qui risque d’être morose » si aucune action de redressement n’est enclenchée. Il rappelle qu’en « 2019, la balance commerciale des produits agroalimentaires hors boissons était déficitaire de plus de 7 milliards d’euros ». Et que « le secteur n’a pas enregistré de gains de productivité durant les cinq années qui ont précédé la crise sanitaire ». Triste constat, renforcé par une stagnation prévue des volumes alimentaires consommés en France, du fait de l’affaiblissement démographique et du vieillissement de la population.

Et pour couronner le tout, les derniers mois ont été particulièrement rudes pour les industries agroalimentaires. « La hausse, brutale et inédite, des prix des matières premières agricoles, des emballages et de l’énergie, combinée à la pression déflationniste imposée par une grande distribution toujours plus concentrée, mettent aujourd’hui en péril l’équilibre économique des PME, PMI et ETI du secteur », souligne l’Adepale. Selon le baromètre trimestriel réalisé auprès des membres de l’Adepale (du 16 novembre au 13 décembre 2021), entre 93 % et 100 % des répondants sont touchés par les hausses des matières premières agricoles, des emballages, de l’énergie et des autres intrants. La disponibilité de ces mêmes produits est aussi de plus en plus problématique. Et une majorité de répondants affirme rencontrer des difficultés de transport.

Des défis à relever d’ici 2030

Face à ce constat, l’Adepale a voulu mener un travail prospectif avec le concours du cabinet Asterès, piloté par Nicolas Bouzou, pour identifier les défis des IAA, et de la junior entreprise de Sciences Po pour mieux connaître les consommateurs de demain sur la base d’une enquête auprès de 500 jeunes. Ces grands défis des TPE, PME et ETI de l’agroalimentaire pour 2030, sont au nombre de quatre. Il faut d’abord adapter l’offre aux attentes des consommateurs : plus de consommation hors du domicile, moins de produits carnés et plus de produits transformés, notamment à base de végétaux, et moins de produits ayant un impact sur l’environnement ou aux emballages superflus. L’innovation, point faible des entreprises de l’IAA, doit être relancée, et surtout orientée vers la transition écologique et numérique. L’agroalimentaire présente un potentiel très important en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre, la feuille de route construite avec l’État prévoyant de les réduire de 35 % d’ici 2030.

Autre point à mettre en œuvre : les innovations de procédé qui permettent de « gagner en productivité et de travailler l’impact climatique de la chaîne de production. » Il faut aussi renforcer l’attractivité du secteur afin d’y attirer davantage de jeunes pour y travailler, en revalorisant ces métiers en termes d’image mais aussi en améliorant le niveau de qualification. Enfin, la restauration de la compétitivité est un enjeu central. Or, celle-ci ne fait que se dégrader. Les importations ne cessent de progresser. « Selon l’hypothèse choisie, le niveau des importations pourrait passer de 36 à 44 ou à 50 milliards d’euros entre 2019 et 2030. Par contraste, la croissance des exportations (près de 2 % par an) est plus faible ».

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Pacte pour l’avenir de l’alimentation et des territoires

Ces défis multiples exigent des réponses que l’Adepale a mis au point sous forme d’un pacte pour l’avenir de l’alimentation et des territoires, comptant seize propositions à l’adresse des candidats à l’élection présidentielle et des décideurs publics. « La conjoncture actuelle et les perspectives économiques à moyen terme ne nous permettront pas d’y parvenir sans le soutien de l’État et de l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire », souligne Jérôme Foucault. La compétitivité des entreprises, clés de voûte de l’avenir du secteur, doit être restaurée grâce une nouvelle version de la loi Egalim qui intègre la non-négociabilité de tous les coûts de production, l’établissement d’une concurrence équitable entre tous les maillons de la chaîne alimentaire en encadrant les regroupements des centrales d’achat, une meilleure représentation au sein du gouvernement et la fin à la surtransposition des normes européennes.

Pour adapter leurs usines, les IAA veulent voir renforcées leurs capacités d’investissement en créant un fonds public-privé pour les PME et ETI. Des mesures spécifiques sont aussi demandées : élargir les dispositifs de suramortissement fiscal pour la robotisation et la digitalisation, mieux bénéficier des opportunités de financement en régionalisant la mise en place du plan France 2030 et obtenir des adaptations spécifiques au secteur des IAA pour la trajectoire de réduction des GES à l’horizon 2030. L’Adepale demande aussi d’unifier et simplifier les soutiens existants, d’adapter le dispositif de bonus-malus pour les contrats courts, d’augmenter le nombre de volontariats territoriaux en entreprises, de faciliter le recrutement des travailleurs étrangers sur les métiers en tension, de mener une campagne de communication grand public pour promouvoir les métiers des filières alimentaires, et de réaffecter une partie de la contribution unique à la formation professionnelle au financement des plans de développement des compétences des entreprises quelle que soit leur taille. Enfin, les IAA demandent le concours de l’État pour communiquer auprès du grand public sur l’intérêt de préserver le modèle alimentaire français, renforcer les liens entre industrie et gastronomie et mieux éduquer à l’alimentation.

Face à cet immense chantier, Nicolas Bouzou rappelle l’urgence pour ces entreprises de « sortir du déni et investir ». À condition d’inverser la spirale dans laquelle est plongée le secteur, et qui a conduit à une réduction de ses profits, et donc de ses marges de manœuvre.

L’agroalimentaire présente un potentiel très important en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre