Les élections européennes approchant, la question de la Pac (37 % du budget européen) ne peut pas être écartée de ce scrutin. Pour en débattre, l'association des journalistes agricoles (Afja) a organisé une discussion à Paris, le 12 mai, autour de « l'Europe, nécessité ou impasse ? Une agriculture sans Pac ? ».
PARTI socialiste, Front national, Front de gauche et UMP ont été réunis par l'Association française des journalistes agricoles (Afja) le temps d'un débat sur les élections européennes le 12 mai à Paris. Première question évoquée : l'abstention. Pervenche Berès, députée européenne et tête de liste PS en Ile-de-France, a insisté sur la montée en puissance du populisme dans les territoires ruraux. Selon elle, ce scepticisme influerait sur la Pac « Ce n'est pas une situation acceptable », a-t-elle lancé au public de journalistes et communicants agricoles. Leif Blanc, conseiller de Marine Le Pen, a indiqué que le Front national se positionnait clairement contre l'abstention. Concernant les alliances pour faire un groupe avec le FN, « c'est après le vote que cela se décidera », a-t-il répondu. Pour l'agriculteur Philippe Collin, qui fut porte-parole de la Confédération paysanne, « le projet européen n'est pas clairement exprimé (...) les décisions prises par les dirigeants sont vécues, à tort ou à raison, comme des sanctions ». Quant à la FNSEA, représentée par Henri Brichart, « elle s'est toujours montrée pro-européenne ». « L'abstention est plus une réponse à un manque de vision, de clarté, de transparence et de gouvernance de la part de l'Union européenne », a ajouté le vice-président de la FNSEA.
La Pac en question
Après quelques exposés purement politiques, les partis en présence ont fini par aborder le sujet de la Politique agricole commune. Pervenche Berès, du PS, rappelle que les inflexions données par la Pac 2014 permettent de maintenir l'agriculture dans sa diversité, favorisent l'aide à l'installation et donnent une aide financière conséquente pour les agriculteurs. « Nous soutenons une agriculture de qualité et assurons la sécurité alimentaire des Européens grâce, notamment, à l'impulsion du président de la République et du ministre de l'Agriculture français », se félicite-t-elle.
Pas de surprise quant au scepticisme du Front national par rapport à la Pac et au traité transatlantique : « Je ne suis pas du tout certain que l'actuelle Pac puisse aller jusqu'à 2020. Celle-ci va se prendre le Farm Bill en pleine figure. L'agriculture est prise en étau, le dumping extérieur va s'aggraver, on n'a aucun mécanisme sérieux contre les crises », a lancé Leif Blanc, conseiller de Marine Le Pen. Il pense que le Smic allemand bientôt en place « ne sauvera personne » car, selon lui, après les élections européennes, le gouvernement allemand ne fera plus de geste envers les travailleurs saisonniers.
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Le revenu agricole
La question du revenu des agriculteurs était très présente lors du débat. Alain Lamassoure (UMP) plaide pour l'introduction d'une assurance récolte du type Farm Bill dans la Pac. « Le revenu de nos producteurs pourrait être assuré par les prix du marché mais l'agriculture reste tributaire des aléas climatiques. Nous entendons jouer au maximum de cette nouvelle possibilité assurantielle offerte par la Pac. » Quant à Patrick Le Hyaric, tête de liste Front de gauche en Ile-de-France, il croit en « un nouveau système de régulation, visant un prix minimal de base pour les petits et moyens exploitants ». Il s'interroge tout de même sur le modèle d'avenir : « Doit-on aller vers une agriculture toujours plus intensive ? Y aura-t-il une autre réforme possible ? ». « Une des solutions au problème alimentaire mondial serait d'aider les pays du Sud à se développer par eux-mêmes », explique-t-il. Claude Fischer, présidente du think tank Confrontations Europe, tente de résumer la situation européenne : « La Pac est une politique que les agriculteurs ne veulent pas remettre en cause. Il faut plus d'Europe avec un budget digne de ce nom et une politique commerciale. » Elle rappelle aussi que, pour avoir de bonnes politiques européennes, il faut élire des députés qui siègent au Parlement européen.
Tous les malheurs ne viennent pas de la Pac
Du côté des représentants syndicalistes, les enjeux de la Pac sont bien connus. Henri Brichart, de la FNSEA, insiste sur la « nécessaire assurance » qui doit être mis en place : « Nous devons mieux utiliser les outils proposés par la Pac et réfléchir à des schémas plus assurantiels. Tous les malheurs ne proviennent pas forcément de la Pac. Celle-ci est faite par rapport aux objectifs qu'on veut lui donner et aujourd'hui, le premier objectif, c'est de produire ce dont le consommateur européen a besoin », ajoute-t-il. Philippe Collin, de la Confédération Paysanne, rappelle que 70% de la planète est nourrie grâce à l'agriculture familiale. « Personne ne peut mettre en doute la qualité de ce travail. On a un choix politique à faire. » Reste maintenant à savoir quelles orientations prendra la Pac après 2020 et lors du débat, les politiques n'ont pas su répondre concrètement à la question.