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Les premiers pas de France Brebis Laitière

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Éleveurs, coopérateurs et industriels du lait de brebis ont signé une charte d’engagement commune à toute la filière, fruit d’un travail de concertation effectué au sein de France Brebis Laitière. Cette association créée en 2019 a pour ambition de devenir une interprofession nationale reconnue.

Travaux achevés, dossiers en cours et actions à engager dans les prochains mois. Réunie en assemblée générale le 29 avril à Toulouse, France Brebis Laitière (FBL) a fait le bilan de son action pour structurer la filière lait de brebis. Créée en 2019, cette association nationale fédère les acteurs de l’amont et de l’aval du lait de brebis (96 % de la collecte nationale). En deux années d’exercice, elle s’est imposée comme un interlocuteur privilégié des institutions et a apporté sa contribution dans de nombreux dossiers, dont le Varenne de l’eau. Avec, à terme, l’objectif de devenir une interprofession reconnue.

Dernière pierre à l’édifice en date : la signature d’une charte d’engagement par les présidents des trois collèges de l’association qui représentent les producteurs, les coopératives et les industriels « privés ». À l’instar de ce qui existe dans la filière bovin lait, l’élaboration de la charte Lait de Brebis France (CLBF) a été guidée par l’objectif de « définir un socle commun à l’ensemble de la filière », explique le président sortant de FBL et éleveur de brebis dans le Larzac, Laurent Reversat. Elle porte principalement sur la préservation de l’environnement, le bien-être et la santé des animaux, la relation éleveur-laiterie, et la qualité du lait.

Trois interprofessions régionales

Pour avancer vers l’obtention de la reconnaissance en tant qu’interprofession, FBL doit lever les dernières réticences au sein de la filière. Réunir les acteurs du lait de brebis en association nationale n’a pas été simple. Historiquement, les décisions se prennent au sein des trois interprofessions régionales : la Confédération générale de Roquefort en Occitanie, l’interprofession des Pyrénées-Atlantiques et celle de Corse (Ilocc). Aujourd’hui, toutes sont membres associés de France Brebis Laitière, mais restent attachées à leur spécificité. « Nous souhaitons maintenir des comités régionaux au sein de la nouvelle interprofession », souligne Joël Archer, le représentant du collège des producteurs. La question de la contribution volontaire obligatoire (CVO), actuellement perçue par les interprofessions régionales, doit encore être arbitrée. FBL ne prélève, pour le moment, qu’une cotisation volontaire répartie également entre producteurs et transformateurs de 0,5€/1 000 l. Ses ressources sont « extrêmement limitées », regrette Laurent Reversat.

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Le grand chantier de l’année pour la jeune association est d’accompagner la mise en œuvre de la contractualisation obligatoire, prévue dans la loi Egalim 2, avec une entrée en vigueur anticipée au 1er octobre pour le lait de brebis. C’est une demande de longue date de la filière ovine qui l’avait intégrée dans son « plan de filière » en 2017. Signe qu’elle y travaille depuis plusieurs années : 60 à 70 % des volumes de lait collectés font déjà l’objet d’un contrat. FBL publiera ce mois-ci un guide des bonnes pratiques contractuelles. L’association s’est également mise d’accord sur plusieurs indicateurs de référence (coût de production, prix de marché, coût de main-d’œuvre, etc.) pour calculer le prix payé aux éleveurs. Ils seront mis à jour et publiés deux fois par an : en avril et en septembre. Ces indicateurs doivent « aider les producteurs et les OP (organisation de producteurs, ndlr) à formuler leurs propositions de contrats », explique Laurent Reversat.

Améliorer la rémunération des éleveurs

Les éleveurs de brebis laitières font, en général, partie des producteurs les moins bien rémunérés des filières laitières. Et, tout comme leurs homologues des filières bovine et caprine, ils subissent la hausse des coûts de production. L’indice Ipampa (coût de production, Idele) lait de brebis a augmenté de 6,9 % en 2021. Nul doute que « l’explosion des charges est encore plus conséquente » cette année, souligne le président sortant de FBL. En Occitanie, le revenu moyen est de 1,4 Smic par ETP (équivalent temps plein), et il tombe à 1 Smic par ETP dans les Pyrénées-Atlantiques, selon des données de l’Idele citées par FBL. L’objectif des laiteries est de rémunérer les éleveurs d’ovins « à hauteur de 2 Smic par ETP », a affirmé le directeur des approvisionnements de Société des caves (groupe Lactalis), Jean-Marc Chayrigues qui représente les industriels et vient de prendre la présidence tournante de l’association pour l’exercice 2022-2023. À cette fin et dans un contexte d’inflation généralisée, les industriels s’efforcent de faire passer des hausses auprès de leurs clients. Mais, une question se pose en bout de chaîne : alors que le pouvoir d’achat est au centre des préoccupations des consommateurs, accepteront-ils de payer plus cher les fromages au lait de brebis qui se positionnent déjà parmi les plus haut de gamme du marché ?

FBL s’est imposée comme un interlocuteur privilégié des institutions

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Plan de résilience : l’aide à l’alimentation animale jugée insuffisante par la filière

Interpellé par des éleveurs sur l’ « urgence » à pallier la flambée de leurs charges, le président sortant de France Brebis Laitière et lui-même producteur de lait de brebis dans le Larzac, Laurent Reversat, a estimé que le plan de résilience proposé par le gouvernement « n’est pas à la hauteur des enjeux », lors de l’assemblée générale de l’association, le 29 avril. Le montant de l’aide à l’alimentation dépendra du taux de dépendance des exploitations : forfait de 1 000 € entre 10 et 30 %, 40 % du surcoût entre 30 et 50 % de dépendance et 60 % du surcoût au-delà. « Il faudrait au moins 5 000 € », estime Fabienne Millet, la secrétaire générale de l’interprofession du lait de brebis des Pyrénées-Atlantiques, auprès d’Agra Presse. FBL compte « faire entendre au gouvernement qu’il ne faut pas seulement compter sur la revalorisation dans la filière et la loi Egalim 2 » pour compenser les hausses de charges subies par les éleveurs, a indiqué Laurent Reversat.

Pour aller plus loin : Plan de résilience : l’aide à l’alimentation animale rallongée de 89 M€