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Volailles Les producteurs bientôt face à une nouvelle concentration industrielle

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Un des leaders de l’industrie de la volaille, le groupe Arrivé, a confirmé le 12 mars qu’il prévoit d’ouvrir son actionnariat à un acteur industriel. La famille fondatrice pourrait céder la majorité qu’elle détient dans cette société, troisième groupe français de l’industrie de la volaille. C’est une nouvelle étape dans la concentration que n’a cessé de connaître cette filière depuis bon nombre d’années. Elle se produit dans un contexte compliqué : baisse de la consommation, réduction des exportations vers l’Union européenne mais relance, en revanche, des exportations à destination du Moyen Orient. Autant d’éléments qui ne seront pas sans effets sur les éleveurs fournisseurs des abattoirs de volailles.

Une nouvelle réorganisation va marquer l’industrie de la volaille. L’un des ténors de la profession, le vendéen Arrivé, propriétaire de la marque Maître Coq, pourrait changer de mains. Depuis plusieurs semaines, toute la profession ne parlait que de cela : la famille fondatrice, représentée notamment par le DG Jacques Arrivé, serait sur le point de céder la part de capital qu’elle détient. Le 12 mars au soir, l’entreprise confirmait qu’une opération est en cours mais se bornait à annoncer « l’ouverture de son actionnariat à un acteur industriel ». Les acheteurs potentiels sont, sauf surprise, les autres grands opérateurs de la profession : Glon, Gastronome ou LDC. Tous trois auraient fait une offre. L’opération de cession aurait même été évoquée lors d’un comité central d’entreprise en février. De fait, quelle que soit la solution, il s’agira d’une nouvelle étape dans la concentration de ce secteur soumis, depuis bon nombre d’années, à des vents difficiles.

Réduction de la consommation

Cette restructuration intervient en tout cas dans un contexte particulier pour la filière avicole. L’espoir revenu en 2007 après la crise aviaire de l’année précédente s’est dissipé. L’année 2008 fut une année décevante et surprenante. Dans une note sur le bilan de l’année, la CFA (Confédération français de l’aviculture) fait état de « difficultés structurelles que la filière n’arrive pas à surmonter ». Première difficulté, la réduction de la consommation des ménages. En dépit d’une bonne image de marque, la consommation de volailles s’est réduite de 3,3 % en 2008. Le phénomène touche tous les segments mais plus particulièrement les viandes de dinde (-5,3 %) que les poulets (-2,2 %). Fait nouveau, note pour sa part l’office de l’élevage, la baisse est plus forte pour les volailles label que pour les viandes standards. C’est, évidemment, la conséquence des difficultés de pouvoir d’achat des Français.

Les labels sous pression

Mais ce peut être aussi parce que les volailles sous label se sont banalisées, à force de se concurrencer et de pratiquer des prix promotionnels. Une pratique fortement inspirée par les grandes surfaces de distribution. De plus, le développement des magasins de hard discount a contribué à mettre en avant les produits les moins valorisés. « Certaines promotions font descendre le prix d’un produit sous label en dessous de celui d’un poulet standard », regrette un professionnel. Le développement des produits découpés contribue aussi à éloigner le consommateur des pièces labellisées. Conséquence : toute la politique consistant à revaloriser le secteur de la volaille se voit aujourd’hui partiellement remise en cause. Arrivé lui-même a tenté de relancer le segment des labels en apposant sa marque Maître Coq à des labels rouges. L’idée était de capitaliser sur les deux mentions. Elle avait été mal perçue du Synalaf, le syndicat des volailles à label. Mais, mi-2008, Jacques Arrivé, DG de l’entreprise affirmait qu’il allait « atteindre ses objectifs ». En tout cas, cette nouvelle tendance de la consommation, privilégiant les produits les moins chers devra être prise en compte par l’amont agricole.

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Le marché européen se réduit

Autre phénomène inquiétant, la réduction des exportations vers ce qui semblait notre marché privilégié, l’Union européenne. Les ventes de la France y ont baissé en moyenne de 12 % en 2008 pour atteindre 259 000 tonnes. Pays par pays, la chute est constante, parfois impressionnante :-10 % vers l’Allemagne, -11 % vers la Belgique, 12 % vers l’Espagne et surtout -28 % vers la Grande Bretagne. La baisse de valeur de la livre a constitué un handicap de taille. Mais plus généralement, plusieurs de nos pays clients ont commencé à bâtir des filières de production pour approvisionner leurs abattoirs ou leurs usines de découpe. Quitte aussi à acheter ce qui leur manque, des « préparations et conserves » au Brésil ou en Thaïlande qui n’ont pas les mêmes coûts de revient. Au total, l’Europe a importé plus de 1 million de tonnes de volailles, découpes et préparations en 2008. La France, qui était son grand fournisseur, notamment depuis la Bretagne, n’est plus qu’un vendeur résiduel. Elle vend, aujourd’hui, plus à l’extérieur de l’Europe qu’au sein de l’UE. Ce qui représente des marchés plus fragiles et concentrés entre deux entreprises essentiellement (Doux, Tilly-Sabco).

Fragilité des entreprises

La conséquence de cette situation, c’est la fragilité des entreprises. Leur résultat net est généralement proche à 1 % du CA (577 millions d’euros en 2008). Arrivé n’a pas échappé à ce phénomène ces dernières années, connaissant même des pertes en 2006, comme ses confrères, du fait de la grippe aviaire. Les résultats des entreprises sont extrêmement dépendants de la pression des grandes surfaces. Une incertitude qui rejaillira, forcément, sur les élevages fournisseurs des industriels. Cependant, 2008 ne fut pas, sur le plan de la rentabilité, une année catastrophique, témoigne Alain Melot, président de la fédération des industriels (FIA). Pour 2009, les viandes blanches que sont les volailles pourraient même « profiter » d’un certain report de consommation venant des viandes bovines plus onéreuses. Mais rien n’est sûr. Du coup, la plupart des grandes entreprises du secteur se diversifient sur les produits très transformés. C’est le cas de LDC et d’Arrivé notamment (plats cuisinés en « cocotte », poulets basquaises, coq au vin, etc.). Mais cela implique de lourds investissements de même qu’une évolution des circuits d’approvisionnement des industriels. Déveloper des produits très transformés, avec de nouveaux ingrédients, implique une réduction, dans la création de valeur, de la part de la volaille elle-même.

Les limites du capitalisme familial

En passant la main, la famille Arrivé pourrait montrer que le capitalisme familial n’est peut-être plus adapté à ces marchés devenus mondialisés et instables gourmands en investissement, face à des banques qui deviennent elles-mêmes plus exigeantes dans leurs conditions de financement. En tout cas, la famille présente l’opération en cours comme un changement profond pour l’entreprise : « Cette étape majeure de la vie du groupe doit être menée en considérant en priorité l’avenir du personnel de l’entreprise et des éleveurs », affirme son communiqué. Et de poursuivre : « Arrivé va étudier les partenariats possibles en ouvrant le dialogue avec des industriels qui respecteront l’identité du groupe et ses valeurs. » La famille évoque « les évolutions et la croissance du nouvel ensemble qui se fonderont sur les savoir-faire, les synergies industrielles et commerciales avec les marques ». On ne parlerait pas autrement en évoquant une cession pure et simple de l’entreprise.