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Les producteurs bretons d’artichauts dans le dur

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Les producteurs bretons d’artichaut sont en surproduction. Ils cherchent à stimuler la consommation pour s’en sortir.

Il y a quelques années que les 270 producteurs d’artichauts bretons (20 200 tonnes en 2021, soit les deux tiers de la production nationale) n’avaient pas connu pareille crise. Depuis le lancement de leur campagne début mai (elle prend fin en novembre), ils subissent tous les jours le prix de retrait (4,50 euros le colis de quinze têtes) au marché au cadran. Début juin dans les Côtes d’Armor, plusieurs dizaines d’entre eux ont réalisé des opérations de distribution gratuite des invendus qui représentent « entre 30 et 50 % des dernières ventes », constate Christian Bernard, producteur à Taulé et président de la section artichaut à Prince de Bretagne, marque de l’association d’organisation de producteurs Cerafel. Une situation de crise « qui plonge les producteurs dans le désarroi », poursuit-il.

Car les producteurs de ce produit emblématique de la Bretagne légumière ont subi l’an passé les affres de la sécheresse qui fait baisser les rendements d’environ 15 % à 17 000 tonnes. Et ce sont encore les fortes chaleurs de 2022 qui ont durablement perturbé le cycle végétatif de la plante quadriennale et décalé les périodes de récolte. Ainsi les producteurs d’artichauts des Pyrénées-Orientales (second bassin de production) étaient encore présents sur le marché en mai alors qu’ils finissent leur campagne plus tôt habituellement. Les Bretons ont également vu leur production décalée sur ce printemps. Le télescopage a donc été brutal. « On peut considérer qu’il y a 20 à 30 % d’artichauts en trop sur le marché actuellement », précise Pierre Gélébart, chef produit « artichaut » chez Prince de Bretagne.

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Débouché industriel disparu

Les années précédentes, les Bretons disposaient d’un débouché industriel (surgélation) pour soulager le marché du frais quand il était trop surchargé. Ils l’approvisionnaient à hauteur de 4 000 à 5 000 tonnes chaque année. Mais l’industriel a fermé son site il y a un peu plus d’un an et les Bretons n’ont plus que le débouché du frais pour écouler leur production. Le retour à la normale ne pourra être que progressif. Il passera par une réduction de l’offre « qui devrait intervenir à partir du 19 juin », estime Christian Bernard. Et par la stimulation de la consommation. En plus de la communication classique organisée chaque année pour lancer le produit, Prince de Bretagne devait afficher l’artichaut dans le métro parisien dès le 15 juin pendant un mois.

Mais il n’est pas sûr que cela suffise. Pierre Gélébart rappelle que « l’artichaut est consommé en France à 70 % par les 60 ans et plus. Seulement 7 % des moins de 40 ans en mangent. » Le service marketing de la filière bretonne a donc du pain sur la planche pour renverser la tendance. Prince de Bretagne signale par ailleurs s’être lancé dans la rédaction d’un cahier des charges en Indication Géographique Protégée (IGP). Mais il s’agit là d’une perspective à long terme.

La sécheresse a décalé le cycle végétatif