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Crise Les producteurs de pêches et nectarines du Roussillon au pied du mur

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Trois années mauvaises, voire terribles, ont mis les producteurs de pêches et nectarines des Pyrénées-Orientales à genoux. À moins d’une saison exceptionnelle, la casse sera importante chez les producteurs.

Les producteurs de pêches et nectarines du Sud de la France sont à l’aube d’une saison cruciale. Alors que les premiers fruits sont apparus en rayon, la filière craint le pire. « Nous n’avons pas le choix, il nous faut faire une excellente année, sinon il y aura des morts. Beaucoup. Les producteurs sont repartis sous perfusion et ont le plus souvent entre zéro et six mois de trésorerie de retard, une demi-saison », témoigne François Bés, directeur d’Ille Fruits, une des principales coopératives des Pyrénées-Orientales. Dans une étude menée en 2011– au plus fort de la « pire saison » que les producteurs ont connue –, le Centre d’économie rurale du département a pu mesurer l’ampleur de la crise. Résultat : un tiers d’exploitations « saines » a conservé sa capacité à emprunter tandis que les deux autres s’avéraient en difficulté ou en grande difficulté, avec un endettement dépassant le plus souvent 15 % du produit brut.« Donc ils n’ont quasiment plus de moyen pour rémunérer la main-d’œuvre pour la taille d’hiver, sans même parler des investissements qu’il faudrait réaliser dans les vergers », a commenté à l’automne dernier Claire Verdier, auteure de l’étude.

Une pêche espagnole à des prix attractifs
« Tout le monde est reparti cette année, sous perfusion, mais tout le monde est reparti », modère François Bés et le début de saison, plutôt favorable, laisse quelques espoirs. Le gel important survenu dans le sud de l’Espagne a supprimé des volumes précoces conséquents. Reste que le 20 juin, la pêche espagnole étaient encore très présente à des prix très attractifs (de 70 centimes à 1,30 €) quand la pêche française, dont la production arrive à son rythme de croisière estival, s’échangeait entre 1,50 et 1,80 selon la catégorie A ou B. « On ne sait pas si les distributeurs n’ont pas réalisé la bascule vers l’origine France à cause d’un manque de volumes ici ou simplement parce que les prix espagnols sont très très attractifs », s’interroge le directeur d’Ille Fruits. Chargé des productions fruitières à la Cambre d’agriculture des Pyrénées-Orientales, Éric Hostalnou a estimé à 1,2 euro départ station le prix au-dessous duquel la casse serait importante chez les producteurs. François Bès estime pour sa part que c’est au-delà, « plus près de 1,35 ou 1,40 si on veut que la majorité des producteurs s’en sortent ».

L’outil de production payera à crédit
L’année passée, en plus des problèmes de qualité de fruits, de calibres et de tonnages, les prix ont chuté jusqu’à 90 centimes, mettant à mal des exploitations déjà éreintées par une très mauvaise année 2009 et une année 2010 pour le moins moyenne. Si elle affecte durement les producteurs, cette tension touche aussi les structures, coopératives et expéditeurs privés. Les rumeurs de rapprochement vont bon train ici et là, l’hiver fut parfois chaotique dans les conseils d’administration, et l’outil de production payera, à crédit, les pots cassés. Trois mauvaises années, des trésoreries à sec, des capacités d’emprunts réduites à néant, le renouvellement des vergers est stoppé net.

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