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Viticulture Les producteurs de vin européens pour le maintien des droits de plantation

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Les producteurs de vins des grands pays producteurs d’Europe, réunis en France à l’initiative du Sénat, ont fait part d’une volonté unanime de maintenir les droits de plantation pour éviter une dérégulation du secteur qui pourrait être fatale à de nombreuses exploitations viticoles et à la qualité du vin. Le ministre de l’Agriculture leur a apporté son soutien.

Les producteurs de vins des différentes régions productrices d’Espagne (Rioja, Navarre), d’Italie (Chianti, Piémont) et de Hongrie, sont venus participer le 4 avril à Paris, à l‘invitation du groupe d’études « Vigne et vin » du Sénat présidé par Gérard César, à un colloque sur « les droits de plantation et l’avenir de la réglementation européenne dans le secteur viticole ».
Bruno Le Maire, en ouvrant le colloque, s’est dit favorable au maintien d’outils de régulation des volumes dans la filière laitière et dans « toutes les filières agricole ». « L’Europe en ne s’engageant pas dans la régulation fait preuve d’une naïveté désolante », a-t-il ajouté. Il a estimé qu’« en viticulture, les droits de plantation sont une question vitale ».
Les représentants des professionnels et parlementaires européens ont exprimé la même volonté de maintenir les droits de plantation et témoigné de la nécessité d’agir en ce sens auprès de leur gouvernement, du Parlement européen et de la Commission européenne.

Unanimité des appellations d’origine espagnoles
« Toutes les AOC espagnoles sont arrivées à l’accord suivant : nous ne sommes pas d’accord avec la suppression des droits de plantation », a expliqué Fernando Petro Ruiz, président de la conférence des conseils régulateurs en Espagne.
L’abandon de ces droits pourrait entraîner une surproduction, une baisse des prix et de la qualité du vin et par suite, la disparition des petites exploitations viticoles. Avec, dans son sillage, la désertification de territoires de production, notamment les plus difficiles à cultiver, au profit d’une viticulture plus industrielle en zone de plaine, éloignée du modèle culturel vinicole pourtant reconnu comme partie intégrante du patrimoine culinaire, qu’il s’agisse du repas français ou du régime méditerranéen.
« La libéralisation des droits de plantation vaut désertification dans les zones arides », a pronostiqué Roland Courteau, sénateur de l’Aude.
« Dès aujourd’hui, nos exploitations, nos économies sont conditionnées par la perspective de la libéralisation des droits de plantations », a regretté Ricardo Ricci Curbastro, président de la Féderdoc, la fédération des producteurs de vins d’origine italiens. Le prix des terres serait déjà en baisse.
« Les équilibres sont si fragiles que même 5% ou 10% de vin en plus en Europe, tous Etats membres confondus, suffiraient à déstabiliser les marchés », a annoncé Christian Paly, vice-président d’EFOW, syndicat européen des producteurs de vins d’appellations.

PAC : obtenir un traitement différencié pour le vin
Quant à la stratégie à tenir, elle consiste à obtenir le soutien des gouvernements et du parlement européen. Le gouvernement allemand s’est prononcé en faveur du maintien des droits de plantation et le Bundesrat (Parlement) a voté une résolution en ce sens. En France, le ministre de l’Agriculture a annoncé avoir entamé des discussions avec plusieurs Etats membres européens pour adresser une lettre à la Commission européenne afin de défendre le maintien de ces droits mais il a rappelé que la bataille se jouait aussi au parlement européen.
« Si nous associons les droits de plantation aux quotas laitiers et sucriers, il y a un risque d’abandon de tous les quotas. Il serait préférable d’avoir un débat spécifique sur le vin », a recommandé Hubert Dorfmann, député européen. « Il y a un large consensus au Parlement européen contre la libéralisation », a-t-il ajouté.
« Ma formation politique défend le principe que le vin et la vigne doivent avoir un traitement différencié au sein de la Pac », a précisé Fernando Petro Ruiz.
Christian Paly s’est opposé au principe de subsidiarité en matière de droits de plantation : « Il faut être dans un cadre communautaire », a-t-il affirmé. De même, la réglementation ne pourra être efficace si elle ne prend en compte qu’une partie de la production : « Toutes nos régions sont dans un cadre de mixité. Les marchés ne sont pas étanches », a-t-il expliqué.
« Il serait prudent d’évaluer l’impact de la suppression des droits de plantation sur les vignobles de l’Union européenne avant de prendre une décision », a encore conseillé Fernando Petro Ruiz.
Il est actuellement prévu que les droits de plantation prennent fin au 1er janvier 2016 mais qu’ils puissent être prolongés jusqu’en 2018. Les viticulteurs souhaitent les pérenniser au-delà et font remarquer que la mesure est sans conséquence financière pour les contribuables européens.

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