Le conseil extraordinaire sur la crise agricole à Bruxelles le 7 septembre n'a pas apporté les solutions attendues. Les ministres européens de l'agriculture doivent à nouveau se retrouver le 15 septembre à Luxembourg. La Commission a proposé de débloquer 500 millions d'euros d'aide d'urgence pour les agriculteurs, en particulier les producteurs laitiers. Une somme jugée insuffisante, voire « insultante », par les milliers d'agriculteurs et d'éleveurs venus en masse manifester leur désarroi dans les rues de Bruxelles.
Les ministres européens de l'agriculture se sont réunis le 7 septembre en conseil extraordinaire. Pour apporter sa réponse à la crise qui sévit au sein du monde agricole européen, la Commission européenne a annoncé qu'elle débloquait 500 millions d'euros d'aide d'urgence pour les agriculteurs, en particulier les producteurs laitiers. Elle propose également de relancer les exportations, en intensifiant la promotion des produits agricoles européens et grâce à la conclusion de nouveaux accords commerciaux bilatéraux. Pour répondre au manque de liquidités des agriculteurs, elle suggère de donner la possibilité aux Etats membres de verser par anticipation dès le 16 octobre (au lieu du 1er décembre), les aides directes de la politique agricole commune (Pac) à hauteur de 70 %. En revanche, l'exécutif européen s'oppose catégoriquement au relèvement du prix d'intervention pour le lait, l'une des principales mesures réclamées par plusieurs ministres de l'agriculture (France, Belgique, Italie, Espagne, Portugal et Irlande), mais rejetée par d'autres (Royaume-Uni et Allemagne).
Le commissaire européen, Jyrki Katainen, chargé des affaires économiques et monétaires (il a remplacé au pied levé le commissaire à l'agriculture, Phil Hogan, hospitalisé, ndlr), l'a lourdement rappelé lors d'un point de presse : « A un moment où s'établit clairement un déséquilibre du marché, augmenter le prix payé pour l'intervention publique ne fera rien pour restaurer l'équilibre du marché, mais créerait à la place un débouché artificiel pour les produits laitiers de l'UE. Cela pèserait sur la com-pétitivité de l'UE pour les 10 % (ou plus) de la production laitière qui doivent être exportés ». Pour lui, l'existence même de stocks publics au sein de l'UE ne ferait qu'accentuer la chute des prix et prolonger ainsi la situation difficile actuelle.
Au lendemain du conseil européen des ministres de l'Agriculture, la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL) a déploré « des choix insuffisants et sans effet sur les marchés ». « Malgré l'ampleur de la crise, la Commission européenne refuse toujours de mettre à disposition l'argent des superprélèvements de manière significative et s'abstient de relever les seuils d'intervention, même de façon provisoire : nous le regrettons vivement », a ainsi déclaré Dominique Chargé, président de la FNCL dans un communiqué daté du 8 septembre. Selon la fédération, les 500 M€ annoncés pour toutes les filières sont loin de l'enveloppe disponible des superprélèvements : rien que pour le lait, elle est estimée entre 750 M€ et 900 M€ ! Des marges de manœuvre au niveau communautaire sont donc encore possibles pour aider les éleveurs et la filière dans son ensemble à passer ce cap extrême. « Au-delà des aides financières de court terme, rappelons que l'Europe doit aussi initier la mise en place d'outils de prévention et de gestion de crise, efficaces et réactifs, qui permettront d'éviter à l'avenir des situations aussi graves. Nous continuerons donc à œuvrer pour que les prochaines négociations de la PAC prévoient, par exemple, un système d'assurance marge pour les éleveurs », a encore indiqué Dominique Chargé.
UNE APPROCHE LIBÉRALE DE LA PAC
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Alors que plusieurs Etats membres, dont notamment la France et la Belgique, réclament davantage de régulation sur les marchés du lait, de la viande porcine et des fruits et légumes pour répondre à la crise actuelle, la Commission européenne s'est bornée à ne proposer que son éternelle approche orientée sur la logique du marché. Elle ne jure que par l'aide au stockage privé, un mécanisme qui n'agit pas directement sur les marchés mais qui conforte son approche libérale de la Politique agricole commune (PAC). « La réponse de la Commission est insuffisante voire indécente par rapport à la crise du monde agricole et à la détresse de nombreuses exploitations », a même indiqué Willy Borsus, le ministre libéral belge de l'agriculture. Avec d'autres, il considère que les propositions de la Commission sont « imprécises et incomplètes » et se demande d'où viendraient les fameux 500 millions annoncés et comment ils seraient ventilés entre les différentes mesures ainsi que leur répartition entre États. La présidence luxembourgeoise de l'UE a indiqué que les ministres européens de l'agriculture se reverront le 15 septembre à Luxembourg pour débattre et préciser toutes les questions restées en suspens.
SYNDICATS EUROPÉENS DIVISÉS
Si l'ensemble des plus de 5 000 agriculteurs et éleveurs qui ont manifesté sous les fenêtres des ministres ont dénoncé la chute dramatique de leurs revenus, le Copa-Cogeca, principal syndicat agricole européen, et l'European Milk Board (EMB), qui revendique représenter quelque 100 000 producteurs laitiers européens, ne partagent pas la même analyse de la situation. Pour les dirigeants de l'EMB, « l'Europe n'a pas pris la mesure de la crise du secteur agricole, avec l'embargo russe et la disparition des quotas » et il est impératif, à leurs yeux, « de prévoir une régulation des marchés et des solutions à court terme ». L'EMB demande aux autorités européennes de mettre sur pied un mécanisme de réduction des volumes produits alors que la demande est en recul en particulier dans l'UE, et ce afin de permettre aux producteurs laitiers d'obtenir un prix équitable. Le Copa-Cogeca, de son côté, réclame essentiellement « une stratégie d'exportation forte et notamment de nouveaux débouchés, la levée des obstacles inutiles au commerce dans les secteurs du lait, de la viande porcine, de la viande bovine et des fruits et légumes ». L'EMB reproche au Copa-Cogeca d'avoir soutenu la dérégulation des marchés qui est, selon lui, à l'origine de la situation actuelle. Pour le Copa-Cogeca, les producteurs « sont avant tout victimes de la politique internationale et principalement des restrictions sur les exportations imposées par l'embargo russe ».