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International Les producteurs laitiers chinois traversent une « grave crise »

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Les éleveurs laitiers chinois sont en proie à une grave crise laitière depuis le second trimestre 2014, rapporte l'Institut de l'élevage. Les prix payés aux producteurs ont chuté de 19% entre début 2014 et janvier 2015. Le gouvernement craint de revivre la période de prix bas de 2007-2008 qui avait conduit à la crise de la mélamine.

La production laitière chinoise connaît une « grave crise » depuis le second trimestre 2014, qui « pousse de nombreux éleveurs à vendre leurs vaches et quitter le secteur », observe l'Abcis (Idele, Itavi, Ifip) dans sa note de veille économique sur la Chine, parue le 24 février. Parmi les multiples causes, la première serait « l'ouverture grandissante du marché aux produits importés », estiment les analystes. En 2014, les importations chinoises de produits laitiers ont encore augmenté de 20% en valeur par rapport à 2013, à 8Mrd $, portées par les poudres grasses (+8% à 650 000 tonnes) et les poudres maigres (+7% à 252 000 tonnes). Mais, retrace l'Idele, cet afflux qui a atteint son maximum début 2014 (50% des importations de poudres grasses effectuées sur le 1er trimestre) s'est produit alors même que la consommation chinoise reculait ; les ventes de produits laitiers ont reculé de 4% au 1er trimestre 2014, selon le Bureau national des statistiques chinois. Conséquence logique : les prix payés aux producteurs chinois ont fortement chuté, d'abord au second trimestre 2014, puis début 2015 (-19% entre début 2014 et janvier 2015, - 11% depuis septembre 2014). Certaines provinces sont plus touchées, comme celles du Hebei et du Shandong, au nord-est du pays. Des laiteries, rapporte l'Abcis, y auraient laissé jusqu'à 20% des volumes produits sur les bras des éleveurs. Dans ce contexte, les autorités chinoises ont appelé, ces dernières semaines, les laiteries, par l'intermédiaire des autorités locales, à collecter l'ensemble du lait des producteurs et partager le risque. Elles craignent de « revivre l'épisode 2007-2008 », « une période de prix bas et de décapitalisation », qui avait mené au scandale de la mélamine.

Vers une plus forte concentration

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Cette crise pourrait avoir de lourdes conséquences sur le paysage laitier chinois. Elle « devrait accélérer la restructuration », estime l'Institut de l'élevage, qui rapporte qu'en 2008, les autorités chinoises, ont demandé aux entreprises de transformation d'assurer au moins 70% de leur approvisionnement en lait à partir d'exploitations laitières sous leur contrôle ou de livreurs exclusifs. L'objectif n'aurait pas été atteint, mais le secteur a connu depuis une forte concentration. En 2012, d'après les statistiques chinoises rapportées par l'Abcis, 15% des vaches laitières étaient détenues dans des exploitations de plus de 1 000 vaches, contre moins de 3% dix ans auparavant. L'élevage laitier est devenu un secteur d'investissement courtisé en Chine. L'Institut de l'élevage cite plusieurs exemples récents. Deux fonds d'investissement, dont l'un créé par la société de Jack Ma, le fondateur d'Alibaba, ont dépensé 250 millions d'euros en 2014 pour la prise de contrôle de la filiale élevage du 1er groupe laitier chinois, Yili. Un autre fonds d'investissement asiatique a dépensé la même année environ 190 millions d'euros dans la filiale élevage du 3e groupe laitier chinois, Bright Dairy. « Ces exemples montrent l'intérêt grandissant des financiers asiatiques pour un secteur en fort développement où les besoins d'investissement sont considérables », analyse l'Institut de l'élevage.