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Huile de palme Les producteurs malaisiens répondent à leurs détracteurs

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Un sentiment d’injustice règne en Malaisie suite aux attaques occidentales contre l’huile de palme, accusée de détruire les forêts, tuer les orangs-outans, menacer la santé. La filière a répondu point par point, devant une douzaine de journalistes français invités sur place fin septembre. Reportage.

«La déforestation n’est pas un crime. Cela entre dans tout processus de développement économique. » Yusof Basiron, le président du Conseil malaisien de l’huile de palme (MPOC), déroule ses arguments face à une douzaine de journalistes français invités fin septembre en Malaisie. Il s’agit pour l’organisme de promotion de la filière de corriger une image négative. L’huile de palme, qui connaît un développement fulgurant, est accusée de détruire les forêts, tuer les orangs-outans, menacer la santé humaine. « Aux Etats-Unis, la forêt vierge a quasiment disparu en trois siècles de développement, poursuit-il, diapositives à l’appui. Pour la Malaisie, le point final est un taux de couverture de 50 %. » C’est un engagement pris au Sommet de Rio en 1992. Aujourd’hui, la forêt occupe 56 % de la superficie du pays, deuxième producteur mondial d’huile de palme. « Les nouvelles plantations ne sont autorisées que sur des terres déjà exploitées », avance Yusof Basiron. Leur nombre se fait plus rare : depuis 2011, les surfaces consacrées aux palmeraies plafonnent à quelque 5 M ha. Cela marque une nouvelle étape pour la filière. La croissance repose désormais sur des gains de productivité.
 
« Exemplaire » dans le développement durable
« L’huile de palme est un pilier de notre économie », souligne le ministre de l’Agriculture Douglas Uggah Embas. « C’est un moyen d’éradiquer la pauvreté », dit-il, mettant en avant ses propres origines, très modestes, dans la jungle de Sarawak (Bornéo). Le secteur concerne près de 300 000 petits producteurs, cultivant 40 % des palmeraies, avec des exploitations de moins de 40 ha. « Il est injuste de critiquer l’huile de palme, considère Yusof Basiron. La Malaisie se montre exemplaire, avec une volonté de développement durable. Pour les ONG, la planète est tout ce qui compte. Notre politique va plus loin, en se basant sur les 3 P qui intègrent aussi le peuple, le profit. »
Illustration chez un petit producteur. Ahmad Sidek, au volant d’un pick-up dernier cri, accueille le groupe de journalistes dans sa ferme de 14 ha. La culture des palmiers à huile s’est imposée à lui comme une évidence. Au début des années 90, il a laissé tombé le cacao, faute de débouché local, abandonné le coco, dont le secteur manque d’organisation. « L’huile de palme a du potentiel, souligne-t-il. De meilleures récoltes sont obtenues grâce aux travaux de recherche. » Le profit s’en ressent. D’après les chiffres communiqués par le Cirad, le revenu moyen s’élève à 2 100 euros/ha sur le cycle complet d’une plantation.
 
Un boycott contreproductif
Sur la partie continentale de la Malaisie, les producteurs refusent d’être pointés du doigt à cause des orangs-outans. Le grand singe vit en effet sur l’île de Bornéo. Marc Ancrenaz, directeur scientifique de l’ONG Hutan, se montre rassurant sur leur démographie. « Les 11 000 orangs-outans recensés à Sabah constituent un effectif stable, juge-t-il. Dans cet Etat malais, le paysage est déjà développé, contrairement à la situation dans le Sarawak voisin ou en Indonésie, où la population décroît. S’ils étaient dix fois plus nombreux avant, c’est qu’il y a eu la chasse, des incendies... et le développement des palmiers à huile. »
Autre épine dans le pied, la qualité nutritionnelle. « C’est la meilleure huile au monde », rétorque-t-on au MPOC, en vantant par exemple sa richesse en vitamine E. Un son de cloche différent vient du Fonds français pour l’alimentation et la santé, pour qui « il convient de modérer son utilisation, sans l’exclure, étant donné ses caractéristiques technologiques intéressantes ». La stratégie du rejet serait contreproductive. Voilà la thèse de Marc Ancrenaz, qui déplore le regard tronqué des Européens, en « manque d’informations ». « Un boycott des pays occidentaux entraînerait le retour en arrière des entreprises engagées dans une culture durable, explique-t-il. Mieux vaut tirer la filière vers le haut en encourageant la certification. »

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