Les producteurs de pomme de terre sont inquiets : la campagne est difficile, les distorsions de concurrence jouent à plein et l’impact de la réforme de la Pac provoque des sueurs froides. Pour faire face, l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) a décidé de débattre lors de son assemblée générale – le 3 février à Rouen – des outils permettant de sécuriser leur revenu. Les producteurs ont également demandé l’aide des pouvoirs publics.
Déjà, parer au plus pressé : face aux difficultés de la campagne actuelle, marquée notamment par de bonnes conditions climatiques dans toute l’Europe, les professionnels ont formulé un certain nombre de doléances aux pouvoirs publics. Ils demandent l’étalement des cotisations de la MSA, voire une prise en charge partielle pour les producteurs les plus en difficulté, et une aide à la trésorerie, en particulier pour les jeunes agriculteurs. Un système de prêt de consolidation à taux très bas est également sollicité pour permettre l’étalement dans le temps des remboursements. Si les difficultés sont réelles, « toutes les pommes de terre ne sont pas en crise », souligne néanmoins Philippe Dequidt le président de l’UNPT, en citant la pomme de terre sous contrat ou la pomme de terre de très bonne qualité lavable. Pour le chef de file des patatiers, le risque majeur se concentre aujourd’hui sur le secteur des pommes de terre transformées.
La crainte de restructurations
Au-delà de ces mesures conjoncturelles, l’UNPT fait valoir trois demandes en lien avec la mise en œuvre de la réforme de la Pac, et qui laissent entendre que le secteur redoute un certain nombre de restructurations. On notera que Gaelle Regnard, la représentante du ministère de l’Agriculture (DPEI) n’apporta aucune réponse sur les points évoqués. Quelles sont ces demandes ? Tout d’abord, les professionnels souhaitent que les restructurations dans le secteur de la production de pommes de terre fassent partie des « cas prioritaires » dans le cadre de la réserve nationale, permettant ainsi l’octroi de DPU (droits à paiement unique) aux producteurs concernés. Ils demandent ensuite au ministère de l’Agriculture la mise en place d’un groupe chargé de constater « la réalité des distorsions de concurrence », pour en référer à Bruxelles. Ils désirent enfin que des mesures d’accompagnement des restructurations soient intégrées dans la nouvelle programmation 2006-2013 du développement rural.
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Dernier mandat pour Philippe Dequidt
« Je voudrais dire aux producteurs que les prochaines années risquent d’être difficiles », avertit Philippe Dequidt, tout en annonçant que le combat devra être mené par de nouveaux leaders. De fait, 2005 sera l’année de son dernier mandat à la tête de l’UNPT, Philippe Dequidt ayant décidé de tirer sa révérence à 58 ans, 42 ans après avoir commencé le métier d’agriculteur. « Pour pouvoir tirer un juste revenu de notre travail, nous devrons continuellement faire des efforts pour répondre aux besoins de tous nos marchés et des consommateurs. Ces efforts seront peut-être parfois insuffisants pour garantir ce revenu, c’est pourquoi aujourd’hui nous avons voulu explorer avec vous les pistes permettant de stabiliser le revenu de chaque agriculteur », poursuit-il. La table ronde organisée l’après-midi a en effet rappelé que la deréglementation des marchés agricoles allait entraîner une volatilité des prix et donc un risque économique accru pour les producteurs. Face à cela, Martin de Jager, agriculteur hollandais, vint vanter les mérites du marché à terme sur la pomme de terre lancé aux Pays-Bas il y a quelques années. De même Jean-Philippe Folco (Crédit agricole) expliqua aux producteurs la nécessité de se doter d’un outil financier pour gérer le risque de prix. Un discours que Renaud de Kerpoisson – responsable d’une structure de formation dénommée « Offre et Demande agricole » – reprit à son compte : « Le marché à terme, c’est-à-dire la possibilité de connaître le niveau de prix avant les semis, vous permet de calculer les marges prévisonnelles par avance ». Mais, précise-t-il, il est primordial que les agriculteurs qui s’engagent sur ces marchés soient préalablement formés, ce qui n’est pas le cas actuellement.