« Le rapport du « Pesticides Action Network » (PAN-Europe) dénonçant la présence de pesticides dans le vin est inacceptable car la consommation de vin ne comporte aucun risque lié à la présence de quantités infimes de résidus de pesticides ». C’est ainsi qu’a réagi le Secrétaire général du CEEV (Comité européen des entreprises de vins), José Ramon Fernandez, au rapport du lobby anti-pesticides européen qui a présenté au Parlement européen une étude faisant état de la « contamination généralisée des vins d’Europe et du monde entier par des résidus de pesticides .
« L’industrie du vin prend très au sérieux les préoccupations des consommateurs en matière de sécurité alimentaire. Les pesticides permettent de protéger les vignobles des insectes et des maladies conformément aux bonnes pratiques agricoles (BPA), souvent en complément de méthodes agricoles biologiques et intégrées ». Droit dans ses bottes, José Ramon Fernandez, le secrétaire général du CEEV, explique que « des évaluations de risques pour la santé des consommateurs ont démontré que la présence de résidus dans les aliments ne constitue pas un risque pour le consommateur ». Selon lui, le risque dépend à la fois du niveau de résidu présent dans l’aliment et de la quantité de nourriture réellement ingérée par le consommateur : « Une limite maximale de résidus (LMR) dépassée ne constitue pas nécessairement un risque pour la santé humaine puisqu’il ne s’agit pas d’une limite de sécurité ». José Ramon Fernandez ajoute que « l’utilisation de pesticides et le contrôle des résidus sont régulés par des législations européennes et nationales, rigoureusement contrôlées par des scientifiques indépendants ».
Et d’évoquer une étude de 2005 du ministère français de l’Agriculture analysant des raisins et des vins produits entre 1999 et 2003, selon laquelle « seul 0,3% des raisins présentait un taux de résidu supérieur à la limite maximale de résidus (LMR) autorisée, et aucun n’approchait les taux potentiellement dangereux pour la santé humaine ». Pour celui qui ferait encore preuve de scepticisme, le secrétaire général du CEEV assène que de toutes les façons, «les résidus qui ont été détectés se résument à de très petites quantités dans les vins analysés » et que « tous les pesticides cités dans l’étude du PAN sont par ailleurs autorisés au sein de l’UE ».
Les producteurs montent au créneau
Encore plus offusquée est la riposte des producteurs européens de vins qui condamnent le rapport du PAN qu’ils qualifient « d’alarmisme irresponsable ». Réunis au sein du Copa-Cogeca, les producteurs de vins européens minimisent la porté de l’étude du PAN et se demandent « si cet échantillon de 40 bouteilles est vraiment représentatif, quand on sait que le secteur vitivinicole de l’UE produit en moyenne 184 millions d’hectolitres par an ». Les traces de produits phytosanitaires trouvées dans les bouteilles de l’échantillon étaient, selon eux, « toutes des traces de produits autorisés ». Ils ajoutent que les quantités de produits étaient « nettement inférieures à la limite maximale considérée scientifiquement comme sûre. »
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Les producteurs européens de vin assurent que le secteur vitivinicole européen « a toujours défendu le caractère naturel de ses produits et que le vin européen est un produit agricole qui fait partie intégrante de la culture des régions productrices ». Et le secrétaire général du Copa-Cogeca, Pekka Pesonen, de conclure « l’alerte déclenchée par ce rapport ne fera qu’éveiller des craintes chez les consommateurs. Il est totalement injustifié, inapproprié et irresponsable. »
Appel aux autorités européennes
Selon les auteurs de l’étude réalisée par le PAN, l’utilisation « très intensive de pesticides en viticulture – 20% des pesticides utilisés sur 3% de la surface agricole – a comme conséquence la présence systématique de nombreux résidus dans les vins ». « Il est grand temps que la viticulture réduise sa consommation de pesticides pour réduire l’exposition des consommateurs en privilégiant les techniques alternatives aux pesticides », estime François Veillerette, président du MDRGF Réseau d’ONG européennes militant contre la présence excessive de pesticides dans les aliments dont fait partie notamment le MDRGF (Mouvement pour le droit et respect des générations futures). Son siège est à Londres. et administrateur du réseau PAN-Europe. Les représentants du gouvernement français devraient, selon lui, « absolument tout faire pour que les législations européennes sur les pesticides en préparation éliminent les pesticides les plus dangereux et favorisent les systèmes qui réduisent fortement, ou se passent complètement, de ces toxiques ». Un appel appuyé par Pierre Jonckheer, député vert européen de Belgique, qui estime qu’à l’occasion de la révision en cours de l’autorisation des pesticides, l’UE doit saisir l’opportunité d’interdire des pesticides dangereux. « Contrairement aux appels de mise en garde en provenance de l’industrie chimique et des groupes de pressions viticoles, une telle interdiction des pesticides CMR (agents chimiques cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques) et de ceux nuisibles pour le système hormonal ne concernerait que 4,5 % des 507 pesticides autorisés en Europe ». « Cette interdiction, souligne-t-il, ne serait qu’un petit pas pour l’industrie chimique alors qu’elle constituerait un grand pas pour la santé des populations et la protection de leur environnement. Elle favoriserait surtout la confiance des consommateurs envers les viticulteurs européens ». Lors de l’adoption de la position commune prévue pour le mois de mai 2008, « nous appelons tous les Etats-membres de l’UE — mais avant tout les ministres français Jean-Louis Borloo et Michel Barnier ainsi que le ministre allemand de l’alimentation Horst Seehofer – à soutenir l’exigence du Parlement européen d’une plus grande sécurité alimentaire et interdire les pesticides dangereux », a-t-il conclu.