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Chimie du végétal Les professionnels s’organisent pour parler d’une seule voix

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Une nouvelle structure professionnelle vient d’apparaître dans le paysage agricole : l’association Chimie du végétal. Créée à l’initiative des industriels de la chimie et des agro-ressources, la nouvelle structure veut être la voix de la filière et promouvoir les bioproduits. Les dossiers sur la table sont nombreux à l’image des débats qui ont animé le colloque « Bioproduits-Bioénergies » organisé les 13 et 14 novembre à Paris par l’Ademe et le groupement d’intérêt scientifique Agrice.

La date du 9 novembre restera marquée d’une pierre blanche pour les défenseurs de la chimie du végétal. Les entreprises Rhodia et Roquette, le pôle de compétitivité Industrie et Agro-Ressources (IAR), l’Usipa (Union des syndicats des industries de l’amidon et de la fécule) et l’UIC (Union des industries chimiques) ont en effet organisé ce jour-là l’assemblée générale constitutive de l’association Chimie du végétal. Pascal Barthélemy, directeur des relations extérieures et valorisation chez Rhodia – et président de la nouvelle entité –, a annoncé l’évènement le 13 novembre lors du colloque Bioproduits-Bioénergies organisé par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et le groupement d’intérêt scientifique Agrice (Agriculture pour la chimie et l’énergie). Les objectifs de cette nouvelle structure sont les suivants : établir des positions communes pour la filière, promouvoir les bioproduits, définir des agendas stratégiques et de recherche, établir des axes de communication et de veille… associant les acteurs de la filière. « L’association Chimie du végétal ne vient pas en substitution des pôles de compétitivité », a insisté Pascal Barthélemy, souhaitant visiblement rassurer certains acteurs. Les adhérents de l’association devraient voir leur nombre rapidement croître, avec l’arrivée attendue de Sofiprotéol (l’établissement financier de la filière des huiles et protéines végétales), ou celle des chimistes Arkema, Solvay et BASF. Pascal Barthélemy, président, c’est Christophe Rupp-Dahlem, directeur du programme chimie du végétal chez Roquette Frères, qui assure la vice-présidence. Le premier conseil d’administration est programmé le 23 novembre.

Priorité aux intermédiaires chimiques

L’association Chimie du végétal ne manquera pas de sujets de travail pour les mois à venir, à l’image des perspectives dressées par la nouvelle étude de l’Ademe sur les bioproduits « Marché actuel des bioproduits énergétiques et industriels et des biocarburants, et évolution prévisibles à échéance 2015-2030 ». Disponible sur le site de l’Ademe dans les jours à venir. lors du colloque des 13 et 14 novembre. Commandée au bureau d’études Alcimed, l’étude met en scène quatre scénarios de développement des filières d’agro-ressources. Selon le scénario n°3, « le plus plausible » aux dires d’Arnaud Gabenisch (Alcimed), la dynamique la plus forte au sein des filières d’agro-ressources concerne les biopolymères et les composites, ainsi que les biomatériaux. Les biocarburants arrivent en seconde position, suivis des biolubrifiants, des solvants et des peintures. A quelles évolutions peut-on s’attendre ?

Pour les intermédiaires chimiques, la production – quasi inexistante actuellement – pourrait passer à 1,4 million de tonnes en 2015 et 6 Mt en 2030. Pour les biopolymères, les 10 000 tonnes recensées en 2005 pourraient bondir à plus de 900 000 tonnes en 2015, voire 2,2 Mt en 2030, soit une multiplication par 223 ! Ce type de hausse exponentielle pourrait également toucher les matériaux composites dont la production passerait de 13 500 tonnes à 1,1 Mt en 2030. Du côté des biolubrifiants, les 1000 tonnes actuelles (0,1% de part de marché) laisseraient la place à 42 000 tonnes (5,3%) en 2015 et 64 000 t en 2030 (9%). Un marché « dynamique mais limité », note Arnaud Gabenisch qui précise notamment que « la France est en retard sur l’Allemagne ». Le marché des tensioactifs d’origine végétale est, lui, « déjà mature » avec une production de 110 000 tonnes (27% du marché) en 2005. Les volumes pourraient passer à 173 000 t (40%) en 2015 et 208 000 t en 2030 (45%), soi un doublement en 25 ans. Du côté des encres et des peintures végétales, le potentiel de croissance est d’un facteur 3 : 30 000 tonnes en 2005, 63 000 t en 2015 et 95 000 t en 2030. Les agro-solvants (nettoyants, traitements phytosanitaires…) pourraient quant à eux voir leur volume quadrupler, les 9000 tonnes actuellement produites laissant place à 24 000 t en 2015 et 39 000 t en 2030.

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S’il fallait classer les filières par ordre de priorité, les intermédiaires chimiques seraient en première position, selon Alcimed, devant les biocarburants et les biomatériaux. Pour Arnaud Gabenisch, il y a une nécessité à mettre au point de nouveaux procédés en matière d’intermédiaires chimiques, à créer un cadre d’échange associant les coopératives, les transformateurs et la recherche. La chimie de la ligno-cellulose doit également être développée. Côté biomatériaux, l’accent devra être mis sur la communication, la mise au point d’argumentaires, la fabrication de sites de production, le soutien aux PME innovantes, l’élargissement des gammes de produits. Quant aux biocarburants, c’est la transition entre la première et la seconde génération qu’il convient d’assurer. « L’éthanol peut être davantage poussé que le biodiesel dans cette perspective » note le représentant d’Alcimed. Ces biocarburants de seconde génération nécessiteront de très grands programmes d’investissement, ajoute-t-il.

Mémorandum européen

S’il existe donc de réelles opportunités pour la biomasse – et pour la chimie du végétal en particulier –, il convient cependant de garder en tête les échelles de proportions et de ne pas faire la mariée plus belle qu’elle n’est. « Les solvants, les polymères, les lubrifiants… sont des marchés de niche qui représentent 400 000 ha de cultures, soit 0,5% de la surface agricole utile des grandes cultures en France », rappelait Claude Roy, le coordonnateur interministériel pour la biomasse, en introduction du colloque le 13 novembre. « D’ici 2020, ce sera probablement le double, voire le triple, mais ce sera toujours un marché de niche », poursuit-il. Certes les Etats-Unis annoncent 10% des parts de marché en 2020 et 50% en 2050, mais « on peut être un peu sceptique », estime Claude Roy. « Cela donne toutefois un cap ». Point positif pour les professionnels, le coordonnateur interministériel place les biomatériaux et la chimie végétale devant la valorisation énergétique en termes de priorités d’usage de la biomasse. Il ajoute : « Il faudra un cadre européen sur les bioproduits beaucoup plus clair », notamment en matière de normalisation et de certification. Une vision partagée par le ministre de l’Agriculture. Dans le discours prononcé en son nom en clôture du colloque, Michel Barnier indique en effet que le mémorandum sur la chimie du végétal et les biomatériaux adressé au premier trimestre 2007 par la France à ses partenaires européens Cf Agra Valor n°147, janvier 2007. se veut un premier pas vers un plan d’action européen « pour le développement des ressources renouvelables dans l’industrie ». A l’heure actuelle, le mémorandum a été signé par l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique et la Finlande. Il pourrait l’être « prochainement » par l’Espagne et la Lituanie, selon le ministre. La demande est forte du côté des professionnels car, comme l’a rappellé Samuel Gabory – directeur général du laboratoire Alvend –, il n’existe aucun cadre européen permettant de définir ce qu’est un bioproduit.