A la date du 22 juin, vingt-huit départements ont mis en place des mesures de limitation d’usage de l’eau. L’Hérault, les Landes et la Loire-Atlantique sont les derniers à avoir rejoint la liste. La profession agricole juge que les 15 prochains jours seront déterminants pour les rendements des cultures de céréales ou de maïs. Le gouvernement a de son côté de nouveau appelé à gérer les ressources en eau de manière économe, en particulier en matière d’irrigation.
Les semaines se suivent et se ressemblent sur le front de la sécheresse. Les effets continuent d’être perceptibles sur trois zones du territoire métropolitain : en périphérie de l’Ile de France, sur la façade atlantique et dans la vallée du Rhône. Sur la façade atlantique et en Provence-Côte d’Azur, la situation est aujourd’hui plus sévère qu’en 1976 avec 25 à 50% de pluviométrie en moins. Dans ce contexte, les ministres de l’Agriculture et de l’Ecologie ont de nouveau appelé à gérer les ressources en eau de manière économe « en particulier concernant l’irrigation ». Les pouvoirs publics recommandent « une gestion collective de l’eau par bassin versant et adaptée en fonction de la situation locale est nécessaire pour répondre au mieux à cet épisode exceptionnel de sécheresse ».
Le « civisme » des agriculteurs
La sécheresse va être « un sujet de graves préoccupations dans les semaines et les mois à venir», a averti le 22 juin Dominique Bussereau lors de la session d’été de l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture) le 22 juin. « La situation n’est pas celle de 1976, ni celle de 2003, mais entre les deux », a déclaré le ministre de l’Agriculture. Il a précisé que la ville de Niort (Deux-Sèvres) « risquait de manquer d’eau potable cet été et certaines îles du Ponant » en Bretagne « devraient être bientôt approvisionnées par des citernes ». En Charente-Maritime, « en mars les cours d’eau étaient à leur niveau habituel de la mi-août » a souligné Dominique Bussereau. « Les agriculteurs ont donné de très bonnes leçons de civisme » en restreignant leur utilisation pour les cultures, souvent gourmandes en eau, notamment pour le maïs, a t-il ajouté. Le 23 juin, la ministre de l’Ecologie Nelly Olin s’était également félicitée que « beaucoup d’agriculteurs» aient suivi les recommandations de gestion économe de l’eau et de diversification des cultures.
Maïs : situation contrastée selon la date des semis
Qu’en est-il sur le terrain ? Du côté des producteurs de maïs, la tension est palpable. « Ça va se jouer dans les quinze jours qui viennent», explique Jean-Paul Renoux, responsable national « maïs » chez Arvalis. Alors que la situation du maïs grain est pour l’heure « bonne », avec de beaux peuplements et des désherbages réussis, « on peut penser qu’on a déjà entamé les rendements pour les semis les plus avancés», précise Jean-Paul Renoux. Là où l’irrigation est autorisée, la situation reste correcte. Les surfaces de maïs grain ont régressé de 7,5%, entre 2004 et 2005, en raison notamment de transferts de cultures vers le blé tendre, voire vers le pois, l’orge, le sorgho ou le tournesol. « Ceci dit, ceux qui ont fait cela n’ont pas réellement eu de chances car les cultures sont affectées ». Du côté du maïs fourrage, les semis de la mi-mai « sont en train de souffrir », alors que les semis précoces « se défendent mieux ». Un été suffisamment arrosé est jugé indispensable. Les stocks de maïs fourrage sont pour l’heure en bon état, « mais ils peuvent fondre très vite si l’été est difficile» rappelle le représentant d’Arvalis.
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Céréales : le rendement est affecté au dessus de 25 °C
Pour les céréales à paille, ce sont surtout les températures excessives qui risquent d’être préjudiciables. « Chaque jour où la température est supérieure à 25 °C affecte le remplissage des grains de blé», explique Daniel Codron, chef de région Nord-Est à Arvalis. Et les prévisions sont défavorables pour les jours à venir. « On perd tous les jours des quintaux », poursuit-il. Aux températures élevées s’ajoute le déficit hydrique, notamment dans les terres superficielles à faible réserve hydrique. « On commence à voir des blés déssecher sur pied et blanchir », décrit-il. Ce phénomène est plus marqué dans les régions les plus à l’Est, qui ont moins bénéficié de pluies régulières.
Chez les éleveurs de bovins, le discours reste posé, mais attentif. « Les récoltes de foin ont été bonnes », rappelle Eric Chapelle directeur-adjoint de la Fédération nationale bovine (FNB). Les représentants de éleveurs estiment cependant que la prochaine quinzaine sera « cruciale», notamment en cas de baisse de rendement sur maïs, ce qui pousserait une partie des éleveurs à puiser dans leurs stocks d’hiver. La sécheresse sera à l’ordre du jour du prochain conseil de direction de la FNB le 29 juin prochain.