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Etude scientifique Les rendements du bio inférieurs de 25 % au conventionnel

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L’agriculture biologique : solution ou erreur ? Une étude de chercheurs canadiens et américains a relancé le débat. Retour sur l’étude et les composantes de la question : « La bio peut-il nourrir le monde » ?

Face aux défis à la fois alimentaires et environnementaux, l’agriculture biologique, qui vise à limiter les impacts sur l’environnement de la production agricole, pourrait être une solution. Mais on lui reproche de présenter des rendements moindres. Donc d’impliquer davantage de déforestation et de requérir plus de surface cultivée. Pour comparer les rendements de cultures biologiques et conventionnelles, des chercheurs canadiens et américains ont rassemblé et analysé conjointement 66 études comparant ces deux modes de production, soit 316 comparaisons entre bio et conventionnel et 34 espèces cultivées différentes. Bilan global : en moyenne, sur ces études, les rendements du bio sont inférieurs de 25% à ceux du conventionnel, avec de fortes disparités selon les cultures et les conditions du milieu.
La presse qui s’est fait écho de cette étude, s’est focalisée sur l’une des conclusions de l’étude, celle d’un nécessaire mix bio/conventionnel pour nourrir le monde. De fait, les auteurs achèvent leur article en écrivant : « Pour assurer la sécurité alimentaire mondiale nous aurons probablement besoin de plusieurs techniques – dont le bio, le conventionnel, et peut-être des systèmes “hybrides” – afin de produire plus de nourriture, à des prix supportables, d’assurer des conditions de vie décentes pour les agriculteurs, et de réduire le coût environnemental de l’agriculture. »
Pour autant, l’étude présente une série de résultats et de remarques plus larges et nuancées que cette seule conclusion.

Les écarts de rendement dépendent de nombreux facteurs

D’une part, le corps de l’article s’attache à montrer que ces écarts de rendements sont variables. D’abord, la différence de rendement est peu significative pour les fruits et les oléagineux (-3 et -11% respectivement pour le bio) alors qu’elle est plus importante pour les céréales et les légumes (26 et 33%). Ensuite, les conclusions des études comparant bio et conventionnel dépendant beaucoup du type de sol, des pratiques agricoles employées aussi bien en conventionnel qu’en bio (et qui constituent un large panel) et des conditions de chaque étude.
Cet article scientifique remet à jour une controverse qui n’est pas nouvelle : la bio peut-elle nourrir le monde ? Déjà, en 2007, la FAO avait publié un communiqué concluant positivement, avant de démentir officiellement cette annonce. Partisans de la bio ou des agricultures s’affrontent sur la réponse à apporter, tandis que les études scientifiques tantôt confirment, tantôt infirment. Pourquoi des analyses aussi contrastées ? « On n’a que des réponses partielles, notamment parce qu’il s’agit d’une discussion qui repose sur des hypothèses : accès à l’alimentation, évolution des rendements, de la demande…, explique Sébastien Treyer, directeur des programmes à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). « Les études ne tranchent pas, mais ce genre d’analyses statistiques à grande échelle permet de repérer des cas où l’agriculture biologique est la plus intéressante. » Il ajoute : « La prospective Agrimonde, menée par l’Inra et le Cirad, a montré qu’on peut imaginer des scénarios ou la bio ou l’agro-écologie ont une part importante, sans que les équilibres mondiaux et la sécurité alimentaire ne soient en danger. »

Besoin important de recherches sur le bio

Car dans la question « le bio peut-il nourrir le monde », c’est bien de sécurité alimentaire dont il s’agit. Or, elle repose sur quatre facteurs, selon les Nations unies : la nourriture doit être disponible, certes, mais aussi économiquement et physiquement accessible aux hommes, en quantités suffisantes et stables dans le temps, et permettre un régime alimentaire équilibré. En promouvant des systèmes plus diversifiés, plus rémunérateurs pour les agriculteurs, et moins dépendants des prix des intrants, la bio fait partie de la réponse, explique Sébastien Treyer. Des études en Afrique et Asie ont montré les bénéfices de systèmes bio pour les petits exploitants, rapporte l’Icrofs, (International Center for Research in Organic Food Systems), lesquels sont les premiers touchés par la faim dans le monde. Les bénéfices d’une conversion dépendent intimement de l’agriculture biologique mise en place, mais aussi de l’agriculture « conventionnelle » qui l’aura précédée. L’Icrofs souligne d’ailleurs le besoin important de recherches sur les systèmes agricoles bio et sur les principes de l’agro-écologie.
L’étude canado-américaine ne se donne d’ailleurs pas pour but de répondre à cette question, son objet étant de comparer les rendements. Les auteurs précisent : « Les rendements ne sont qu’un des critères parmi un ensemble de facteurs économiques, sociaux et environnementaux qu’il faut prendre en compte lorsque l’on compare différents modes de production ». En ouverture, l’étude souligne : « Il n’est pas possible de distinguer qui [du bio ou du conventionnel ] serait clairement “gagnant” quel que soit le contexte agricole. Nous devrions plutôt nous attacher à évaluer méthodiquement les coûts et bénéfices des différentes options qui existent en termes de systèmes de production agricole au lieu d’alimenter le débat idéologique “bio versus conventionnel”. »

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