La Commission européenne a accepté, le 24 mars, de laisser la possibilité aux producteurs de vins rosés non issus de coupage entre vins blanc et rouge d’utiliser de façon exclusive le terme « traditionnel ». En revanche, elle a refusé de revenir sur l’autorisation de ces mélanges pour les vins de table. Pour les vins de qualité, la possibilité de couper ou non un vin reste réglée par le cahier des charges de l’appellation.
«Je ne vois pas pourquoi nos producteurs européens ne bénéficieraient pas des mêmes possibilités que leurs concurrents étrangers », a défendu, le 23 mars, la commissaire européenne à l’agriculture, en marge du Conseil agricole. Mariann Fischer Boel campe sur sa position qui vise à permettre aux industriels du vin de table européen de rivaliser sur le marché mondial avec les mêmes armes que celles employées par les producteurs situés au Chili, aux Etats-Unis, en Australie ou en Afrique du sud. Elle a néanmoins accepté, à la demande de la France, de maintenir un étiquetage spécifique pour les rosés élaborés selon les méthodes traditionnelles : macération courte, saignée ou pressurage direct.
Ce nouvel étiquetage « rosé traditionnel », par opposition aux vins issus de coupages, a été entériné, le 24 mars, par les experts des Vingt-sept. L’expression « rosé par coupage » est aussi introduite. Mais les deux mentions ne seront rendues obligatoires que si les Etats membres le souhaitent, leur décision ne s’appliquant que pour leur production nationale. La France ne pourra par exemple pas l’imposer aux vins produits en Espagne commercialisés sur son territoire. Enfin, une mention plus valorisante telle que « rosé véritable » pourrait être étudiée par Bruxelles, si toutefois elle n’entraîne pas d’entrave au marché.
Les industriels du vins (CEEV), à l’origine de la demande du coupage pour la fabrication des rosés, ont estimé que le cadre européen « rénové » – pratiques œnologiques et étiquetage – allait permettre de « préserver la qualité des produits, l’information des consommateurs et les intérêts économiques de la filière vinicole européenne ». Le CEEV met l’accent sur le fait que « chaque production sera libre de mettre en place ou conserver des règles plus restrictives qui lui paraitraient nécessaires pour garantir la qualité de ses produits ».
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
« C’est le moins que l’on puisse faire »
A l’inverse, le syndicat des vignerons du Var, principale région de production de rosé en Europe, s’est insurgé contre cette « décision d’étiquetage spécifique qui ne correspond pas à la demande des vignerons provençaux ». Il faut « interdire, pour les vins sans indication géographique, la pratique du mélange du rouge et du blanc pour élaborer les rosés, afin de ne pas tromper les consommateurs », insiste le syndicat.
« C’est le moins que l’on puisse faire », avait estimé de son côté le ministre français de l’agriculture, Michel Barnier, le 23 mars, en marge de la réunion mensuelle avec ses homologues européens, en commentant la possible autorisation de la mention « rosé traditionnel ». « Je souhaite qu’on dise la vérité aux consommateurs. Et la vérité est qu’un vrai vin traditionnel rosé n’est pas la même chose qu’un vin rosé issu d’un coupage, tels que ceux faits par nos concurrents hors d’Europe », avait-il défendu.
Pour sa part, le député Gilles Savary, originaire du Sud-ouest de la France a réitéré, le 25 mars, sa demande de « retrait » du projet de la Commission. « Sur un sujet comme le vin, la France peut, si elle le veut, bloquer un projet de texte néfaste pour l’avenir de ses terroirs et de ses indications géographiques », défend l’élu dans un communiqué. Selon lui, « la reconnaissance d’un rosé (…) issu d’un mélange de vins rouges et de vins blancs plutôt que de terroirs, constituerait le signal d’une reddition dans la défense des indications géographiques et des produits de terroirs ».