À la sortie de sa procédure de sauvegarde de Flunch en novembre 2021, Agapes Restauration, son actionnaire, avait présenté un plan à cinq ans, ainsi que le retour à l’équilibre dès 2022. Depuis, la nouvelle direction tarde à donner des indications sur la réorientation stratégique et les salariés s’impatientent.
Plan social, procédure de sauvegarde et désormais débrayages : la grogne des employés de Flunch s’intensifie en pleine crise des salaires, face à une nouvelle direction muette sur sa stratégie pour régénérer son modèle de cafétérias (Agra Alimentation du 24 novembre 2021). Depuis le 29 janvier, plus d’une vingtaine de restaurants, sur la centaine que possède encore l’enseigne de la galaxie Mulliez, débrayent à tour de rôle à l’heure du déjeuner à l’appel d’une intersyndicale large (CGT-FO-CFDT-CFTC-CFE/CGC). « Chez moi, 80 % du personnel a débrayé alors qu’il n’y a qu’un seul syndiqué dans mon restaurant. On a perdu 60 % du chiffre d’affaires du service. C’est ça qui touche la direction », assure Philippe Delahaye (CFE-CGC).
« Flunch va ouvrir le 3 mars les négociations de 2022 sur les salaires et les conditions de travail, anticipant d’un mois la date initialement prévue », s’est contenté d’indiquer la direction dans un communiqué à l’AFP.
Reçus le 12 janvier par le nouveau directeur général, les représentants du personnel restent sur leur faim, alors que les nouvelles orientations stratégiques censées relancer l’entreprise se font toujours attendre. « Depuis, le contact est coupé », déplore Isabelle Sobkowiak (CGT). « La direction veut tout renvoyer à l’automne, elle conditionne tout à des résultats qui ne sont pas brillants », poursuit Philippe Delahaye.
Les revendications, sur le modèle de ce qui a été accordé dans l’hôtellerie-restauration à laquelle n’appartient pas la branche Restauration commerciale en libre-service, portent notamment sur 5 % d’augmentation générale.
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Vers une cession du parc ?
Placée sous procédure de sauvegarde en 2021, l’entreprise, dont les déboires datent d’avant la Covid, a supprimé 980 postes dans le cadre d’un PSE et fermé 49 établissements.
L’actionnaire Agapes, la branche alimentation de l’Association familiale Mulliez, a pourtant réinjecté 57 millions d’euros pour soutenir l’enseigne et promis d’en débourser 135 autres pour la développer.
« Flunch n’avançait déjà pas dans la bonne direction avant la pandémie », analyse de son côté Bernard Boutboul, dirigeant du cabinet de conseil Gira. « Il y a un désamour du consommateur pour le concept et, comme dans d’autres chaînes également à contre-courant, la direction ne sait pas quelle stratégie déployer. » Pour redresser Flunch, ce spécialiste de la restauration pense que l’enseigne devrait profiter de ses atouts (grandes surfaces, implantations stratégiques) pour s’orienter vers le "food hall" et proposer des stands de cuisine du monde. Pour l’expert, les atermoiements de l’actionnaire pourraient cependant cacher un projet moins avouable. « Quand une nouvelle direction arrive, normalement elle agit vite, rappelle Bernard Boutboul. Là, elle ne prend pas d’initiative. Je me demande si Mulliez n’a pas envie de se débarrasser de tout le parc, s’il ne travaille pas déjà à sa cession ».
De quoi renforcer les inquiétudes des salariés, qui étaient encore près de 6 000 il y a cinq ans contre environ 3 500 aujourd’hui au sein de la plus grande chaîne de cafétérias du pays.