Pour le directeur général de l'OIE, il est très difficile de détecter les cas d'ESB aux USA où les animaux sont abattus très jeunes, avant la fin de la durée d'incubation de la maladie. Seule une utilisation plus large des tests permettra de déterminer l'étendue de l'ESB. Les Etats Unis devraient s'y résoudre s'ils veulent obtenir une réouverture des frontières des apys vers lesquels ils exportent. Ils vont aussi probablement retirer les tissus à risque des bovins, conformément aux recommandations de l'OIE
Le cas de vache folle qui vient d’être trouvé aux Etats Unis, le seul à ce jour aux Etats Unis et le second en Amérique du Nord, peut-il être apparu de manière spontanée?
C’est une hypothèse qui n’est ni confirmée ni infirmée. L’origine réelle de l’ESB n’est pas encore déterminée avec certitude. Il se peut qu’il s’agisse d’une souche présente chez d’autres espèces, comme la tremblante du mouton, qui aurait muté chez les bovins puis aurait été amplifiée par certaines pratiques d’élevage. Mais il se peut aussi que la maladie existait à bas bruit depuis longtemps, puis qu’elle ait été amplifiée. Le débat scientifique n’est pas tranché sur ce point.
Les Américains du Nord utilisent-ils moins de farines que les Européens?
Pas vraiment. Les Américains ont interdit en 1997 l’utilisation de farines de ruminants pour l’alimentation des ruminants mais n’ont pas interdit l’utilisation d’autres farines. De même, il n’ont pas interdit l’utilisation de farines de ruminants chez les non-ruminants. Cela peut s’expliquer par le fait qu’ils n’avaient pas de cas d’ESB jusqu’alors.
L’absence de cas d’ESB avérés aux Etats Unis, avant celui-ci, peut-il s’expliquer par des pratiques d’élevages différentes des nôtres?
Tout à fait. Aux Etats Unis, les filières de naissage et d’engraissage sont très distinctes. Pendant la période de naissage, les animaux sont nourris essentiellement à l’herbe. Les éleveurs utilisent les grands espaces que nous n’avons pas chez nous. Ensuite, les animaux sont conduits dans des feed lot, où les compléments alimentaires pouvant contenir des farines sont utilisés. Mais les animaux à viandes sont abattus très jeunes, à moins de 30 mois. A ce stade, les signes cliniques ne sont pas visibles puisque la maladie doit incuber 5 ans en moyenne. Même chose pour l’élevage laitier, où les vaches ne font pas plus de trois lactations en moyenne. L’animal qui a déclenché la maladie faisait partie des quelques animaux qui sont conservés un peu plus longtemps.
Pensez-vous, comme le Dr Prusiner (prix Nobel de médecine), que les Américains ne font pas suffisamment de tests?
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Le faible nombre de tests pouvait se justifier avant l’apparition d’un cas au Canada. Depuis, l’analyse de risque faite par les autorités américaines les a conduits à augmenter sensiblement le nombre de tests. Ils vont sans doute encore l’augmenter depuis la découverte d’un cas sur leur sol. A l’OIE, nous avons beaucoup travaillé sur le sujet. Il est possible d’améliorer sensiblement le rendement des tests, et donc d’en diminuer le coût, en les appliquant en priorité sur les populations à risque, comme les animaux aux comportements anormaux, ou les animaux morts en exploitation. Dans leur lutte contre l’ESB, les autorités américaines vont sans doute se référer au cadre de l’OIE, qui est reconnu par l’OMC comme la référence en matière sanitaire.
Quelles autres mesures sont susceptibles d’être prises aux Etats Unis?
La plus importante est le retrait et l’élimination des tissus à risque, comme cela est fait en Europe. Le coût est très important mais cela semble indispensable pour obtenir la réouverture des marchés et la confiance des consommateurs.
Pensez-vous, comme les Américains, que ce cas d'ESB provient du Canada ?
Il est trop tôt pour le dire avec certitude. Auparavant, il faut réaliser des profils ADN cellulaires qui prennent un peu de temps. De notre point de vue, le fait qu’elle soit née ou pas au Canada ne change pas grand chose puisque la situation sanitaire est certainement la même des deux côtés de la frontière. Les échanges d’animaux sont très importants. Les deux pays, qui se conforment au code de l’OIE, vont adapter leur politique sanitaire en conséquence.
L’OIE (Office international des épizooties) se définit comme l’Organisation mondiale de la santé animale. Cette organisation intergouvernementale, qui comptait 165 membres en 2003, vise notamment à garantir la transparence de la situation des maladies animales dans le monde, à apporter son expertise sur les maladies animales et à garantir la sécurité sanitaire du commerce mondial.