Les trois syndicats agricoles représentatifs, de même que l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture, ont exprimé leur surprise et leur contestation face aux données du revenu agricole. Après les manifestations de l’été qui ont mobilisé les éleveurs, ces chiffres positifs sont jugés comme une « provocation ». La FNSEA juge même que « la publication de ces comptes de décembre n’a plus lieu d’être ».
Vive réaction de la FNSEA après l’annonce des données sur le revenu prévisionnel issu ce 15 décembre des travaux de la Commission des comptes de l’agriculture. Dans un communiqué publié le même jour, la centrale syndicale qualifie de « comptes hors sol » ces évaluations qu’elle estime sans lien avec la réalité du terrain. « Annoncer un revenu prévisionnel 2015 en hausse est une véritable provocation, affirme le syndicat. Qui peut, un seul instant, croire de tels chiffres, au regard de la situation économique exceptionnellement critique que vivent des dizaines de milliers d’agriculteurs ? », insiste la FNSEA qui juge que « cette publication de décembre n’a plus lieu d’être au regard de l’instabilité qui caractérise désormais notre activité. Elle doit être purement et simplement supprimée. Communiquer à tout (ou n’importe quel) prix ne pas être une fin en soi. »
APCA : attention à la situation des éleveurs laitiers et de porcs
Dans un communiqué envoyé à l’occasion de la réunion de la Commission des comptes de l’agriculture ce 15 décembre, l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture alerte sur la situation de contraste en matière de revenus agricoles 2015. Même si les chiffres moyens indiquent une hausse de 8,8 % de revenu par actif et 16,2 % pour les seules exploitations agricoles (non salariés). « L‘année 2015 est marquée par une crise sévère dans le domaine de l’élevage et aussi par des tensions importantes sur les cours des grandes cultures », rappelle l’APCA. « Au regard des chiffres de la commission, le secteur laitier subirait un recul de son chiffre d’affaires de -11,1 % et -6,1 % pour l’élevage porcin, ce qui conduirait à des replis particulièrement forts du revenu pour ces deux filières. »
Les céréaliers « au bas de l’échelle »
Orama a contesté le 15 décembre les chiffres du revenu 2015, en pointant une « situation aggravée » pour les céréaliers qui les situe « au bas de l’échelle ». « Les comptes de l’agriculture font apparaître pour 2015 un revenu prévisionnel global à la hausse alors que dans tous les secteurs, la tendance est à la baisse, selon un communiqué. Incompréhensible ! » Et de poursuivre : « En ce qui concerne les producteurs spécialisés en céréales et oléoprotéagineux, les travaux d’Orama ne laissent pas de place au doute : pour la troisième année consécutive, leur revenu moyen sera au bas de l’échelle, plus encore qu’en 2013 et 2014 puisqu’il avoisinera zéro avant impôts et cotisations sociales. » Le président Philippe Pinta invite les pouvoirs publics à « ouvrir les yeux » sur la situation des grandes cultures. « Si (le gouvernement) veut éviter une autre crise sectorielle, il doit cesser d’agir comme si les producteurs de céréales et d’oléoprotéagineux pouvaient tout supporter, discriminations dans le cadre de la Pac, contraintes environnementales injustifiées et atermoiements face à la volatilité des prix et à la baisse des revenus », déclare-t-il dans le communiqué.
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« Une année noire présentée en rose », selon la Coordination rurale
Réagissant à la publication du revenu agricole 2015 par l’Insee, la Coordination rurale estime dans un communiqué le 15 décembre, qu’il s’agit d’une « année noire présentée en rose », rappelant que 2015 a été marquée par de nombreuses manifestations d’agriculteurs. Le syndicat remet en question la fiabilité des chiffres fournis, « alors qu’une bonne partie des productions n’est pas vendue, avec des prix devenus très volatils, et quand se mélangent les productions dans leur grande diversité ». La CR pointe également l’incertitude que font porter, selon elle, les aides Pac (« retard de traitement des dossiers », « incertitude » sur les enveloppes de conseils régionaux) sur les revenus 2015.
Les comptes « ne reflètent pas la complexité de la réalité » selon la Confédération
Pour la Confédération paysanne, les revenus 2015 publiés le 15 décembre par l’Insee « ne reflètent pas la complexité de la réalité », notamment les écarts de revenus. Le syndicat prend l’exemple du secteur viticole dans lequel « les 10 % qui gagnent le moins sont à -3 000 euros par an, et les 10 % qui gagnent le plus dépassent les 118 000 euros ». De plus, tout comme la Coordination rurale, la Conf' estime que les chiffres sont d’autant plus « incertains » que la réforme de la Pac « laisse beaucoup d’incertitudes sur sa mise en œuvre ». Le syndicat s’étonne enfin que le rapport se veuille « rassurant », alors « qu’on admet que les prix du lait étaient à l’automne, inférieurs de 15 % à ce qu’il faudrait pour vivre ». La Confédération préconise de « se pencher sur les résultats des centres de gestion pour se rapprocher du terrain ».