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Coopératives Les ténors résistent, malgré tout

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Grippe aviaire, problèmes dans le lait de consommation, et baisse du prix des céréales auront marqué, entre autres, l’exercice 2005 des 15 premières coopératives françaises. Malgré des tailles importantes, elles n’en restent pas moins sensibles à la conjoncture. Leur chiffre d’affaires global a même régressé de 400 millions d’euros, à 25,112 milliards. À la différence de la grippe aviaire, les problèmes dans le secteur du lait semblent être plus structurels que conjoncturels. La troisième coopérative française, Sodiaal, éprouve de réelles difficultés à maintenir son activité sur le lait de consommation face à une grande distribution et à un hard-discount qui « serrent « de plus en plus les prix. Les coopératives polyvalentes, comme Terrena, Coopagri Bretagne ou Unicopa ont maintenu dans l’ensemble leurs activités. Les coopératives de collecte et d’approvisionnement ont affiché une bonne santé financière en 2004/2005, bénéficiant de bons rendements sur la campagne, compensant la baisse des prix. Une récente étude de la Fédération française des coopératives agricoles de collecte d’approvisionnement et de transformation (Ffcat) montre des niveaux de rentabilité en hausse. Mais la tendance pourrait s’inverser en 2005/2006, avec notamment une baisse des ventes et des marges sur les intrants. Au niveau du sucre, l’année 2005 a été calme, contrairement au début de 2006. Les deux « majors » du secteur, Tereos et Cristal Union ont bien maintenu leurs activités l’année passée, avant de réaliser plusieurs acquisitions et rapprochements récemment.

Même si elles ont maintenu dans l’ensemble leur chiffre d’affaires, les coopératives polyvalentes du top 15 ont eu à subir les conséquences de la grippe aviaire en 2005, plus ou moins fortes suivant leurs activités. Malgré un chiffre d’affaires stable de 3,1 milliards d’euros en 2005, le 1er groupe coopératif français, Terrena, a affiché une baisse de 17 % de son résultat net à 8,6 millions d’euros, en partie due à sa filiale Gastronome spécialisée dans la volaille. Mais l’impact de la crise aviaire, estimé à 6 millions d’euros sur le résultat, n’explique qu’en partie la perte nette de 23,9 millions d’euros sur l’exercice. La filiale de Terrena, actuellement troisième groupe volailler français, tarde à voir les effets de son plan de restructuration. Entre 2002 et 2005, 9 sites appartenant à Gastronome ont été fermés, dont 6 abattoirs. Le groupe n’excluait pas dans un communiqué récent « de nouvelles réorganisations selon l’évolution du contexte du marché « Hormis le secteur de la volaille et du porc, également en restructuration, les autres secteurs d’activité de Terrena ont affiché un résultat positif. Lait, viandes bovines, meunerie et semences se sont « bien comportés » en 2005 selon le groupe, et ont permis de maintenir le chiffre d’affaires.

Impact de la grippe aviaire

La grippe aviaire a eu un impact sur les résultats des coopératives polyvalentes dans les derniers mois de 2005. Mais les conséquences pourraient se faire davantage sentir en 2006. Selon le directeur général de Coopagri Bretagne, Jean-Bernard Solliec, « le résultat net 2005 aurait dû se situer à 13 millions d’euros au lieu des 11 millions enregistrés « Malgré tout, la filiale du groupe dédiée aux volailles, Ronsard, a semble-t-il bien résisté en 2005. « Ronsard reste une entreprise solide qui a fait un résultat en hausse malgré la crise. Nous sommes particulièrement polyvalents et réactifs », s’est-il félicité. À l’image de ses confrères, Coopagri n’hésite pas à se dire intéressé par des alliances industrielles dans certains secteurs. « Plutôt que de faire des acquisitions, nous préférons réaliser des alliances stratégiques et complémentaires », confiait le 6 juin Gérard Maillet, directeur adjoint, en rappelant la création en 2005, avec Glon, d’Ovoteam sur les ovoproduits.

De son côté, le 6e groupe coopératif français, Unicopa, estime les conséquences de la grippe aviaire entre « 1 et 1,3 million d’euros sur le résultat de l’exercice (ndlr : 6,1 millions d’euros) », selon le directeur général Rémy Létienne. Bien que le pôle volailles ne représente que 23 % de son activité, le groupe a vu son chiffre d’affaires accuser une légère baisse en 2005, à 1,4 milliard d’euros, contre 1,483 milliard en 2004. La filiale d’Unicopa, Tilly-Sabco, spécialisée dans l’exportation de poulets, a le plus souffert de la crise, avec une chute de 65 à 75 % de ses ventes. À l’image de Coopagri, Unicopa privilégie les alliances industrielles dans ses différents secteurs d’activité et en a montré l’exemple en 2005. En avril, le groupe a fusionné ses activités de nutrition animale avec le privé Evialis, pour la création de Nutréa, pour devenir le premier opérateur dans l’Ouest en fabrication d’aliments du bétail avec 1,6 million de tonnes. Dans la foulée, Unicopa a également conclu un accord avec Entremont dans le lait.

Satisfaction sur la viande

L’année 2005 aura été correcte pour les deux spécialistes majeurs de la viande, Socopa et la Cooperl, absents du marché de la volaille. Le groupe Socopa, contrôlé par des coopératives (Agrial, Coopagri Bretagne, Cam, Cavac entre autres) a affiché une bonne santé en 2005, sur ses deux activités principales : bovine et porcine. Lancée en 2001, la marque Valtero dope l’activité du groupe. « Valtero est notre fer de lance. Notre stratégie se révèle payante», explique Pierre-Yves Perrin, directeur des relations extérieures de Socopa. Le groupe, a affiché une progression de son chiffre d’affaires de 3 % en 2005, à 1,963 milliard d’euros. « Nous voulons désormais asseoir notre notoriété et nous développer dans les produits élaborés. Face à un marché alimentaire quasi-stagnant, la modernisation du produit viandes nous paraît importante », ajoute-t-il. Du côté de la Cooperl, 2005 a été officiellement « une bonne année pour les éleveurs et assez favorable pour la structure », malgré la baisse du résultat à 8,67 millions d’euros (contre 13,3 millions) et un chiffre d’affaires stable à 946 millions. « L’année 2005 et le début 2006 ont été difficiles pour la filière, reconnaît le groupe, tant pour les abattoirs que pour les salaisons, entraînant l’arrêt de quelques outils les moins performants. Cette situation entraîne une réflexion importante au niveau de différents groupes. Des restructurations importantes sont à attendre ».

Bonne année sur le front des légumes

Bien que polyvalente, Agrial réalise le tiers de son activité sur son pôle légumes. En 2005, le groupe a vu son résultat net fortement augmenter : de 22,8 millions d’euros à 26 millions d’euros. Son activité légumes et sa marque phare, Florette, en 4e gamme sont largement responsables de cette évolution. « Nous avons vu progresser nos activités sur l’aval en 2005, mais nous avons subi des décroissances sur l’amont, notamment sur les activités propres à la coopérative», explique Michel Oriac, directeur de la communication d’Agrial. Les activités d’agrofournitures et de ventes de céréales ont affiché une baisse. « Nous avons été confrontés aux diminutions des cours des céréales et des rendements en 2005, ainsi qu’à une baisse structurelle de l’utilisation d’intrants par les agriculteurs », indique Michel Oriac. Les autres activités d’Agrial, nutrition animale, distribution magasins, lait, viandes bovines et volailles se sont bien comportées. « Notre activité sur ces secteurs est totalement maîtrisée, nous répondons à des demandes bien ciblées », explique-t-il. Contrairement à d’autres coopératives, Agrial semble aujourd’hui délaisser la croissance externe et les alliances malgré le rachat du cidrier CCLF en 2004 qui lui a permis de gonfler son chiffre d’affaires par rapport à 2003.

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Autre coopérative centrée essentiellement sur les légumes : Cecab. Le groupe réalise en effet 40 % de son chiffre d’affaires (1,309 milliard d’euros en 2005). Cecab est spécialisée sur les conserves (437 000 tonnes) et les surgelés (73 000 tonnes), via sa marque phare D’Aucy. Gros opérateur sur le secteur des légumes d’industrie, il mène de front croissance interne et croissance externe. Elle vient d’engager la construction d’une usine d’appertisation de légumes en Russie et vient de racheter le premier groupe agroalimentaire hongrois, Globus. Derrière les légumes, le porc forme 30 % du chiffre d’affaires de Cecab, via trois sociétés, Europig (abattage et ventes de carcasses), Aubret (salaisons) et Cedro (négoce international). Mais hors Cedro, l’activité ne s’est pas révélée très profitable en 2005.

Restructurations dans le lait

En lait, la 3e coopérative française, Sodiaal, a éprouvé encore des difficultés en 2005. Sur un marché très concurrentiel et presque atone, sa filiale Candia a terminé l’année dans le rouge. Le groupe Sodiaal dans son ensemble a vu son chiffre d’affaires chuter de 2,66 milliards d’euros en 2004 à 2 milliards, pendant que le résultat d’exploitation a accusé un déficit de 13,9 millions d’euros en 2005. Consolation, la filiale Yoplait, qui n’est plus détenue qu’à 50 % par Sodiaal, a permis au groupe d’atteindre un résultat net part du groupe de 5,2 millions d’euros contre 1,3 million en 2004. Sodiaal a présenté un « plan d’action » concernant ce secteur. Il implique une prise de participation de 10 % dans Orlait (Oise), n°3 du marché du lait de consommation. Les deux activités, dans les marques de distributeurs et premiers prix seront regroupées. De plus, le siège de Candia, la marque de Sodiaal, sera déplacé de Lyon à Paris, générant des économies de fonctionnement. L’ensemble du plan coûte environ 12 millions dont 6 millions provenant des éleveurs adhérents de Sodiaal.

De son côté, l’Alliance agroalimentaire (3A) qui se trouvait devant Limagrain en 2003 en chiffre d’affaires (994 millions d’euros), ne fait, deux ans après, plus partie des 15 premières coopératives françaises. Le groupe toulousain (620 millions d’euros de CA en 2005) a fortement réduit son périmètre. Les activités de lait de consommation en Espagne ont été cédées à Lactalis, tandis que la partie collecte en lait de consommation est vendue à Sodiaal, 3A n’assurant plus qu’une activité de prestataire. « En échange nous avons pris une participation de 18 % dans Candia et Sodiaal nous a apporté ses activités de fromages AOC», explique Henri-Jacques Buchet, directeur général de 3A. « Nous avons retrouvé l’équilibre en 2005 et en 2006, nous allons retrouver la rentabilité », se félicite-t-il.

In Vivo : résultat et chiffre d’affaires en baisse prévus pour 2005/2006

Au niveau des coopératives d’appro et de collecte, la campagne 2004/2005 a été plutôt bonne (voir l’article ci-dessous). L’Union In Vivo (près de 300 coopératives sociétaires) a vu son chiffre d’affaires progresser à 2,92 milliards d’euros en 2004/2005 contre 2,8 milliards la campagne précédente. « Notre chiffre d’affaires agrofournitures a nettement progressé. Cette évolution s’explique en partie par de meilleures conditions climatiques», explique Christian Couttenier, responsable de la communication et du développement chez InVivo. En revanche, le groupe, à l’image de tous les opérateurs du secteur, a eu à subir la tendance baissière du marché de l’alimentation animale. « Cette tendance est accentuée par la montée en puissance de la fabrication d’aliments à la ferme. Mais nous avons mieux résisté que le marché, grâce notamment à la qualité de nos services et de notre recherche et développement », précise-t-il. En revanche, la campagne 2005/2006 pourrait voir un « léger recul du chiffre d’affaires », notamment en agrofournitures et en particulier sur le marché des phytosanitaires. Dans le même secteur, des coopératives régionales ont pris plusieurs initiatives de partenariats en 2005, marchant parfois sur les plates-bandes d’In Vivo. Champagne Céréales, EMC 2 et Nourricia se sont alliées dans la création d’une société financière, baptisée Siclae. Avec Cohesis, elles ont également créé Seveal pour l’achat en commun d’agrofournitures.

Malgré un poids de moins de 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires pour la plupart, les 15 coopératives ont eu à subir en 2005, les aléas de la conjoncture. À moins d’être en position dominante sur un marché, comme c’est le cas pour Agrial avec Florette, toutes se lancent de plus en plus dans des alliances, des rachats ou des partenariats. Pourtant, il se pourrait qu’en 2006, les coopératives aient à souffrir davantage, notamment à cause de la crise aviaire.