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Les valeurs de l’alimentaire plus ou moins malmenées en Bourse

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La crise sanitaire qui a démarré en Chine, puis la crise financière qui s'est propagée à l’ensemble des Bourses mondiales, n’ont pas épargné les valeurs de l’agroalimentaire. Un secteur défensif, qui même s’il est touché par cette panique financière, baisse néanmoins un peu moins que d’autres secteurs, dont l’activité est frappée de plein fouet par les conséquences de cette épidémie.

À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Alors que les places boursières mondiales sont largement secouées depuis plusieurs semaines au gré des annonces sur la propagation de l’épidémie de coronavirus dans le monde, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a interdit mardi 17 mars les ventes à découvert sur les valeurs pour 24 heures. Une manière d’enrayer le plongeon sans fin sur certains titres. La fermeture des places boursières, que d’aucuns appellent de tous leurs vœux, est un dispositif qui pourrait aussi être utilisé de manière temporaire par les autorités pour faire face à la crise financière.

En attendant, ce mouvement de panique des investisseurs n’a pas épargné les valeurs de l’agroalimentaire. Néanmoins grâce à leurs caractéristiques défensives en période de crise, celles-ci ont plutôt mieux résisté à la baisse générale que certains autres secteurs, tels que l’aviation ou l’automobile.

Sur un mois (cours arrêtés à la clôture du 17 mars, source Euronext), notre sélection des valeurs liées à l’agroalimentaire, qu’il s’agisse de fabricants, de distributeurs mais aussi de spécialistes de la restauration, a connu des évolutions assez disparates. Si certains groupes sont déjà concernés par l’épidémie qui a démarré en Chine, d’autres non. Mais la propagation du virus et les mesures drastiques pour l’éradiquer auront un impact sur l’ensemble de ces groupes, de manière plus ou moins négative.

Ainsi, déjà, les deux groupes de distribution cotés, Casino et Carrefour, tirent plutôt bien leur épingle du jeu, ne baissant respectivement sur un mois que de 6,3 % et 9,43 %. Une évolution à rapprocher des achats massifs de la part de certains consommateurs ces dernières semaines dans la grande distribution, alors que les cours de ces groupes, tous les deux dans une période compliquée, entre réorganisation et redressement, n’étaient pas au plus haut.

Révisions à la baisse en cascade des prévisions annuelles

Dans l’alimentaire, Danone (-19,86 % sur un mois) avait dès le mois de février alerté sur les conséquences de la crise sanitaire, qui à l’époque touchait essentiellement la Chine, un pays qui représente 10 % de son chiffre d’affaires mondial. De fait, le groupe avait même revu à la baisse ses prévisions de 2020 et visait « une croissance du bénéfice net par action courant d’environ 5 % ». La croissance du chiffre d’affaires en données comparables devrait être comprise entre 2 % et 4 % (contre +4 % à +5 % précédemment) et la marge opérationnelle courante devrait être supérieure à 15 % (contre supérieure à 16 % précédemment). Savencia (-22,22 %) n’échappe pas non plus à la crise sanitaire. Le groupe qui publiait ses résultats la semaine dernière, même s’il ne donne pas de prévisions chiffrées pour 2020, ne cache pas que la situation est compliquée (lire page Industrie : Savencia : résultats 2019 en hausse, interrogations pour 2020)

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Même chose pour Pernod Ricard (-27,26 %) qui fin février, à l’occasion de la publication de ses comptes semestriels dont la croissance était qualifiée de « solide » par le p.-d.g. Alexandre Ricard, avait révisé à la baisse ses prévisions de résultat opérationnel courant (ROC) pour l’ensemble de l’exercice en cours (clos le 30 juin). Outre un environnement géopolitique particulièrement incertain, le groupe mettait en avant l’épidémie de coronavirus. « Prenant comme hypothèse un impact très significatif du Covid-19, principalement sur le troisième trimestre, nous anticipons à ce stade une croissance interne du résultat opérationnel courant pour l’exercice 2019/20 entre +2 % et +4 % ». En octobre lors de la publication du chiffre d’affaires du premier trimestre, Alexandre Ricard avait confirmé l’objectif de croissance interne du ROC de 5 % à 7 %, pour 2019/2020.

De son côté, MBWS, qui accuse un repli de 52,82 % sur un mois, avait commencé à baisser bien avant l’arrivée du coronavirus en raison de grandes difficultés financières. Le groupe, en plein redressement, a annoncé le 16 mars, qu’il devenait le distributeur exclusif de la marque Paddy sur le marché français, la 2e marque de whisky irlandais la plus vendue sur le territoire.

Advini (-31,82 %) n’a pas échappé à la morosité ambiante sur les marchés. Pourtant, le groupe viticole avait indiqué lors de la publication de ses comptes annuels le 25 février que « dans un contexte marqué par d’importantes incertitudes géopolitiques et sanitaires », il visait « une poursuite de la croissance de son activité en 2020 et reste en veille quant aux opportunités de croissances externes ».

Pour les fabricants de champagne, leur contre-performance avait commencé avec la mise en place de la loi Egalim et des difficultés dans la grande distribution en général. Ainsi, Lanson-BCC (-28,23 %), expliquait fin janvier lors la publication d’une baisse de 9,8 % de son chiffre d’affaires annuel à 250,3 millions d’euros, que la raison était essentiellement liée à la non-répercussion de la hausse de prix des matières premières sur les tarifs de vente à la grande distribution. Une situation qui, ajoutée à la mise en place de la loi Egalim réglementant les promotions, « aura un impact significatif sur les résultats de 2019 », prévenait le groupe. Même son de cloche chez Vranken Pommery (-20,91 %) dont les résultats annuels seront publiés le 30 mars prochain. Déjà, le groupe a vu son chiffre d’affaires reculer de 8,6 % à 274,6 millions d’euros sur l’exercice écoulé.

Dans la restauration collective, Sodexo (-47,85 % sur un mois) qui doit annoncer ses résultats semestriels en avril prévoit d’atteindre ses objectifs. « Les résultats du premier semestre incluent un impact modéré en Chine et en Italie en raison du Covid-19, que nous avons pu absorber », explique-t-il dans son communiqué du 18 mars. Mais la propagation du virus à l’échelle mondiale l’oblige à ce stade à suspendre ses objectifs confirmés en janvier. Actuellement, selon les premières estimations, « l’impact pourrait être d’environ 2 milliards d’euros sur le chiffre d’affaires annuel », précise Sodexo. Dans ce contexte un peu particulier, son concurrent Elior, qui devait tenir son assemblée générale annuelle le 20 mars, a quant à lui invité in extremis le 17 mars ses actionnaires à voter par correspondance et envoyer leurs questions au plus vite. Alors que le groupe se dit dans l’impossibilité d’évaluer l’impact de l’épidémie, le titre accuse un repli de 64,05 % sur le mois écoulé.