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Expertise Inra-CNRS Les variétés tolérantes aux herbicides nécessitent des précautions d’usage

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Des variétés tolérantes aux herbicides – de maïs, tournesol et peut-être bientôt de colza – commencent à être cultivées en France. Le développement de ces cultures qui ont la réputation d’entraîner une hausse de l’utilisation d’herbicides (en Amérique du Nord), inquiète. Les conclusions de l’expertise scientifique collective, réalisée à la demande des ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, montrent que l’introduction de ces variétés doit être accompagnée d’une diversification des cultures pour être durable.

Pour être durable et compatible avec le plan Ecophyto 2018, l’utilisation des variétés tolérantes aux herbicides (VTH) qui commencent à se développer en France (maïs, tournesol, et bientôt colza) doit être accompagnée précautions d’usage comme une formation des agriculteurs pour diversifier leurs cultures et par des stratégies de gestion du territoire. C’est une des principales recommandations de l’expertise scientifique collective menée par l’Inra et le CNRS, pendant 18 mois, à la demande des ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, présentées le 16 novembre. « Les conclusions de ce travail montrent qu’il va falloir réfléchir avant de prendre des décisions » et tenir compte de l’accompagnement des agriculteurs en autorisant ces plantes, estime Claire Hubert, chef du service de la recherche du ministère de l’Environnement. Cet été, plusieurs fauchages de tournesol résistants aux herbicides, obtenus par mutagénèse, ont été menés dans la région Rhône-Alpes.

Hausse de la consommation d’herbicides à moyen terme

Les chercheurs se sont principalement basés sur les expériences nord-américaines. Ils montrent que l’intérêt de ces VTH (OGM ou non) n’est pas une augmentation de rendement mais une simplification du travail (non labour, semis précoce...) et donc un gain de temps pour les exploitants. Les études collectées révèlent également que dans un premier temps, ces VTH permettent de réduire les doses d’herbicides utilisées mais à moyen terme l’apparition de résistances entraîne une utilisation accrue de ces produits par rapport aux variétés conventionnelles. « Cet accroissement au fil du temps des quantités d’herbicides utilisées sur des VTH s’explique par le recours curatif à des traitements herbicides supplémentaires : augmentation des doses et du nombre de traitements », indique le rapport.
Or, ces herbicides sont déjà retrouvés en grande quantité dans les eaux. Le glyphosate et son produit de dégradation, l’AMPA, sont les molécules les plus présentes dans les cours d’eaux, se trouvant respectivement dans le quart et la moitié des points de mesure, montre le dernier « bilan de présence des micropolluants dans les milieux aquatiques continentaux » portant sur la période 2007-2009, publié par le Commissariat général au développement durable. Et le dernier bilan de suivi du plan Ecophyto 2018 montre que le nombre de doses unités (NODU, retenu comme indicateur de référence par le Grenelle) pour les usages agricoles et non agricoles, hors traitement de semences, a connu une augmentation de 2,6% entre 2008 et 2010, essentiellement en raison d’un usage accru des herbicides.

Diversification des cultures

Mais, comme le soulignent les chercheurs, il est difficile de transposer ces exemples nord-américains (fondés sur des rotations très courtes ou des monocultures) au modèle agricole européen. « Les systèmes de culture français sont plus complexes même s’ils se simplifient », souligne Michel Beckert, président de l’Inra de Clermont-Ferrand et coordinateur de l’expertise.
« Si j’ai bien compris les conclusions de ce rapport, la durabilité des VTH tient à la diversification des rotations ce qui n’est pas du tout le mouvement actuel de l’agriculture », estime pour sa part Quentin de la Chapelle, du réseau Agriculture durable. Selon lui cette technologie qui simplifie le travail va même « nous faire revenir cinq années en arrière ». Jean-Marc longuet, agriculteurs dans l’Aube, est moins négatif : « C’est un outil parmi d’autres qui peut être utile à certain moment pour répondre à une problématique particulière ». « On peut gérer, on a des solutions, on a des réponses », assure Réné Baratin de l’Union française des semenciers.
Les pouvoirs publics ont désormais les cartes en main pour autoriser ces variétés.

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