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Vins et spiritueux Les vins français se laissent croquer par les vins du Nouveau monde

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Les exportations de vins et spiritueux ont légèrement progressé en 2003, gràce à la bonne performance des champagnes et des grands crus bordelais. Les spiritueux stagnent en valeur, tandis que les vins AOC poursuivent leur descente aux enfers notamment sous la concurrence des vins du Nouveau monde. Une attitude de passivité que dénonce la Fédération des exportations de vins et spiritueux (FEVS). Les vins de pays s’en tirent bien, mais il s’agirait principalement de vrac.

Malgré la hausse de l’euro et la crise irakienne, les exportations françaises de vins et spiritueux sont en progression en 2003. En hausse de 1,7% en valeur par rapport à 2002, elles ont représenté 7,8 milliards d’euros ce qui, d’après la Féderation des exportateurs de vins et spiritueux de France, correspond à “l’équivalent de 160 Airbus ou de 11 paquebots Queen Mary 2”. La FEVS se refuse pourtant à crier victoire sachant que “cette légère progression des exportations est due principalement à la bonne progression des ventes de champagne avec 1,677 milliard d’euros (+6,5%)”. Les exportations de vin ont aussi été dopées par les ventes records de grands crus de Bordeaux 2000, un millésime que Patrick Ricard, président de la FEVS, qualifie de “ grandissime”. Sorti de ces productions exceptionnelles ne souffrant aucune concurrence internationale, presque tous les indicateurs sont au rouge. Les exportations de vins tranquilles sont en baisse de 2,4% en volume, tirées vers le bas par la plongée des vins AOC (-8,2%). Les vins de pays s’en sortent mieux (+8,4%) mais, fait-on savoir à la FEVS, “il s’agit pour une bonne part de vins de cépages en vrac”. La morosité du secteur viticole n’est pas réellement compensée par le secteur des spiritueux, qui représente un quart des exportations. Si les exportations sont en progression de 25% en volume, elles ne progressent que de 0,3% en valeur. La hausse de 10,8% des volumes de cognac s’est traduite par une baisse de 2,8% en valeur.

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"L'appellation n'est qu'une présomption de qualité"

Les vins AOC, quant à eux, souffrent plus que jamais de la concurrence des vins du Nouveau monde. Patrick Ricard, président de la FEVS, n’a pu que déplorer la relative passivité des opérateurs français. Selon lui, “ l’offre française est d’une complication extrême et nous manquons de marques puissantes comme celles qui existent dans le champagne”. Yves Bernard, directeur général des activités champagne de Moët Hennessy, a ainsi expliqué que “ l’appellation, qui garantit l’origine, n’est que le premier étage de la fusée. Le deuxième étage, c’est la marque. C’est elle qui garantit la qualité constante au consommateur”. L’organisation de la production pourrait expliquer la difficulté des opérateurs français à se lancer dans une stratégie de marques. D’après Bertrand Devillard, vice-président de la FEVS ,“ la coopération a sauvé nombre d’appellations dans les années 30-40. Malheureusement, aujourd’hui, nous sommes trop dans une culture d’appellations prises comme marques. Or, l’appellation est une présomption de qualité, pas une garantie”. “ Tout ça s’est un peu endormi”, regrette Patrick Ricard.