Malgré une polémique grandissante, le Farm bill ne revient pas sur les soutiens apportés aux biocarburants. L’éthanol, tout particulièrement, devrait rester un filet de sécurité pour la production de maïs. Même si cette politique coûte cher.
Quelque 6 à 7 milliards de dollars, c’est ce que coûte aujourd’hui au gouvernement américain le soutien aux biocarburants de première et seconde génération. Un important budget que certains contestent. Devant la flambée des prix de l’alimentation, de plus en plus de voix s’élèvent contre ces soutiens. Il faut dire que le marché de l’éthanol grossit au fil du temps et des obligations d’incorporation. En 2008, le pays devrait produire 340 millions d’hectolitres d’éthanol de maïs, de quoi couvrir près de 8 % de la consommation en essence du pays. 31 % du maïs américain sera consacré à la production, contre 24 % en 2007. De quoi faire réfléchir.
Deux Etats contestent
C’est le gouverneur du Texas qui, le 25 avril, a lancé une première offensive concrète contre la politique menée par le gouvernement. Ce jour-là, il a transmis à l’administrateur de l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA) un courrier demandant une réduction de moitié de la production américaine d’éthanol pour 2008. Motif : la flambée des prix alimentaires mondiaux, imputable entre autres à la hausse de la production de l’éthanol, handicape l’économie du Texas. Une requête tout à fait recevable dans le cadre de la loi sur l’Energie, qui englobe une bonne partie des soutiens à la filière. Selon ce texte, si l’obligation d’incorporation entraîne un « préjudice grave pour l’économie ou l’environnement d’un Etat ou d’une région des Etats-Unis », l’administrateur de l’EPA peut choisir de réduire la production pour l’ensemble du pays sur un an. Le 1 er mai, la gouverneur du Connecticut a rejoint son homologue texan dans sa démarche, soumettant un recours du même type à l’EPA. Elle y a ajouté un second point : supprimer les droits de douane à l’importation d’éthanol. 24 sénateurs ont emboîté le pas à ces deux actions le 5 mai, adressant un courrier collectif à l’EPA, allant dans le même sens. Une offensive contrecarrée peu de temps après par une lettre signée par 18 sénateurs du Midwest.
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Stephen Johnson, l’administrateur de l’EPA, a 90 jours pour se prononcer. Sa réponse arrivera donc très probablement fin août. Une chose est sûre : le gouvernement ne compte pas lâcher le dossier. Lors d’une téléconférence, Ed Schafer, secrétaire d’Etat à l’agriculture, a réaffirmé sa position : le développement des biocarburants peut avoir une influence sur les prix, mais elle n’est ni « majeure », ni « forte ». Un effet secondaire négligeable, de toute façon, au regard de l’atout que représentent les biocarburants en matière d’indépendance énergétique, estime-t-il.
Le gouvernement veut développer les biocarburants
Désaccord ou pas du Congrès avec l’administration, les biocarburants figurent en tout cas en bonne place dans le Farm bill, qui consacre un chapitre entier aux énergies renouvelables et à l’indépendance énergétique. Certes, le montant de la défiscalisation pour l’éthanol devrait passer de 51 cents par gallon à 45. Mais « compte tenu des autres éléments de la loi, il y a une légère augmentation des dépenses pour les biocarburants », estime un observateur. Plusieurs programmes sont mis en place pour soutenir la production de carburants issus de la biomasse, tant pour encourager la recherche que pour pousser les transformateurs actuels à investir dans cette nouvelle filière. Le Farm bill prévoit également des soutiens pour les communes rurales qui souhaitent développer des projets pour devenir autosuffisantes en matière énergétique. Ce nouveau débouché, formidable encouragement pour les producteurs de maïs, ne devrait donc pas se tarir tout de suite.