Parmi les dossiers prioritaires de Nicolas Sarkozy, alors que la France prend la présidence de l’Europe en juillet 2008, la Pac se place en « troisième priorité ». Ce que le président appelle le « paquet climatique » est en « quatrième priorité ». En tête de peloton, on trouve logiquement la politique de l’immigration et la sécurité. Pour le chef de l’État, « l’Europe doit avoir le courage de faire la préférence communautaire » pour des questions d’indépendance alimentaire. Quant à la Pac, c’est un « sujet qui fâche », résume le chef de l’État. Nicolas Sarkozy, qui s’exprimait le 30 janvier à la convention pour l’Europe de l’UMP, ne croit pas si bien dire. Angela Merkel invitée en « guest star » à cette convention a plaidé pour une renationalisation partielle de la Pac. Ce qui est très loin des intentions françaises.
«On ne verra pas bien ! », a lancé Nicolas Sarkozy au sujet de la Pac dans son discours de clôture de la convention pour l’Europe de l’UMP, le 30 janvier. Une drôle de formule pour répondre à tous ceux qui lui disent de ne pas « trop parler » de la Pac car « c’est un sujet qui fâche », a-t-il expliqué, visiblement amusé. « Je connais trop le système, a-t-il rappelé. Je lève le tapis, je mets la poussière en dessous, et puis on verra bien pour les successeurs ! ». Ce « sujet qui fâche » et « dont le financement est prévu jusqu’en 2013 », Nicolas Sarkozy entend bien le mettre sur la table avant. Il l’a expliqué en septembre 2007 lors de sa participation au salon Space à Rennes. Que dit-il aujourd’hui ?
L’indépendance alimentaire est « un sujet politique de sécurité majeur pour le continent » européen au nom du « pouvoir vert » et de « la qualité sanitaire ». L’agriculture de l’Europe doit donc demeurer « productive » et rémunérer les agriculteurs d’Europe « par les produits qu’ils vendent et non par des subventions ». Et le chef de l’État en appelle au « courage » de l’Europe de « faire la préférence communautaire ». Le président de la République entend profiter de la bonne conjoncture au niveau des prix des matières premières pour « garantir à nos agriculteurs des prix dignes de ce nom ».
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La renationalisation à l’allemande
Évidemment, la proposition d’Angela Merkel, présidente de la CDU, dans son intervention du 30 janvier, de « peut-être renationaliser certains éléments de la Pac » ne plaide pas en faveur de la France. D’autant que l’Allemagne est depuis longtemps un allié de poids dans les négociations sur la Pac. La pérennité du financement de cette politique jusqu’en 2013 avait été obtenu de haute lutte par Jacques Chirac… aidé de Gerhard Schroeder, ancien chancelier. Aujourd’hui, Michel Barnier, ministre de l’Agriculture, s’emploie à défendre coûte que coûte le premier pilier qui rapporte chaque année près de 10 milliards d’euros d’argent bruxellois aux paysans français. L’idée globale est d’éviter autant que possible un transfert du premier pilier vers le second pilier qui est « cofinancé » par les Etats de l’UE. Mais, Angela Merkel enfonce le clou : « Il faut donc voir ce qui peut rester à l’échelon européen et ce qui doit rester à l’échelon national ».
Autre priorité de Nicolas Sarkozy : « le paquet climatique ». L’Europe doit être « moteur sur la préservation de la planète ». Mieux, il faut donner l’exemple en « prenant des engagements en matière de développement durable extrêmement sévères ». « Que l’on ne vienne pas me dire que l’on a le temps ! il est déjà tard ! très tard ! », a-t-il conclu.