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Libre-échange : des gains pour le lait et le porc, le bœuf le plus vulnérable

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Des gains commerciaux pour les secteurs du lait et du porc, un impact négatif pour le bœuf, le riz ainsi que le mouton, la volaille et le sucre : telles sont les conclusions, plutôt prévisibles, de l’étude sur les effets cumulés des douze accords de libre-échange conclus par l’UE ou en cours de négociation, qui a été présentée par la Commission européenne aux ministres de l’agriculture des Vingt-huit. Ceux-ci reviendront sur le sujet lors de leur réunion de janvier prochain.

Jyrki Katainen, vice-président de la Commission européenne chargé de l’emploi, la croissance, l’investissement et la compétitivité, et le commissaire à l’agriculture, Phil Hogan, ont présenté le 15 novembre au Conseil agricole de l’UE l’étude en préparation depuis plusieurs mois sur « l’impact économique cumulé des futurs accords commerciaux », qui a été réalisée en collaboration par le Centre commun de recherche (CCR) et les services bruxellois.

Globalement, selon les résultats de ce travail, l’impact des douze accords en question – qui sont conclus (Canada, Vietnam), en cours de discussion (États-Unis, Mercosur, Japon, Thaïlande, Indonésie, Philippines), qui doivent encore être négociés (Australie, Nouvelle-Zélande) ou qui doivent être « modernisés » (Turquie, Mexique) – est « relativement équilibré ent termes d’échanges, de production et de prix aux producteurs », a résumé Phil Hogan devant les ministres. Les perspectives sont « très prometteuses » pour les produits laitiers, le fromage en particulier, et le porc « avec des taux de croissance significatifs pour les exportations, la production et les prix au producteur ». Des « bénéfices potentiels » sont également attendus pour les céréales, le blé notamment, ainsi que les vins et les boissons.

Des risques également pour le riz, la volaille, la viande ovine et le sucre

En revanche, a poursuivi le commissaire européen, l’étude confirme que le secteur de la viande bovine est « le plus vulnérable », et, selon les hypothèses retenues, il faut s’attendre à « une baisse des prix dans l’UE et de la production à long terme ». Le riz est aussi « un des secteurs les plus sensibles », tandis que la volaille, la viande ovine et le sucre devraient être « confrontés à des importations plus fortes, avec un impact indirect sur les niveaux de production et les prix ».

Un travail très théorique

L’étude la Commission ne prend toutefois en compte, en raison de contraintes méthodologiques, ni les barrières sanitaires et phytosanitaires, ni les contingents tarifaires qui seraient ouverts pour les produits sensibles, ni le Brexit.

De plus, les gains prévisibles pour des produits à haut potentiel commercial tels que les fruits et légumes, le vin, l’huile d’olive et les produits transformés en général, qui représentent 70 % des exportations agroalimentaires de l’UE en valeur, n’ont pu être quantifiés de façon détaillée, et il en va de même pour les bénéfices à attendre de la protection améliorée des indications géographiques.

« Un solide argument pour une Pac forte »

« Nous avons un intérêt clair à maintenir notre calendrier international pour garantir que nous n’abandonnons pas des parts de marché existantes à nos concurrents commerciaux », a conclu Phil Hogan. Les résultats de l’étude confirment aussi « ma détermination à agir pour protéger » les produits sensibles, a-t-il souligné.

Enfin, selon le commissaire à l’agriculture, ce travail « fournit un solide argument pour une Pac forte et dotée de ressources suffisantes à l’avenir ».

Mercosur : vigilance et transparence

Les réactions des ministres, qui découvraient le document (1), sont restées prudentes à ce stade, d’autant que le sujet est à l’ordre du jour de leur réunion de janvier.

La France, l’Allemagne et la Pologne, appuyées par d’autres (Irlande, Slovénie, Belgique, Autriche, Bulgarie), ont néanmoins tenu à appeler à la vigilance et la transparence dans les pourparlers avec le Mercosur. Jyrki Katainen en a fait la promesse, le vice-président de la Commission précisant toutefois que les négociateurs ne peuvent pas tout dévoiler pour des raisons tactiques évidentes.

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L’Irlande a souligné les risques que présentent les accords commerciaux pour le secteur de la viande bovine, tandis que l’Italie a insisté sur le riz et la protection du modèle agricole européen. L’Espagne s’est déclarée favorable à de tels accords, à condition de bien tenir compte des secteurs les plus sensibles. La Suède, le Danemark et le Royaume-Uni ont favorisé une approche libérale.

Quant au TTIP en discussion avec les États-Unis, il « va être probablement au congélateur » après l’élection de Donald Trump, avait confirmé quelques jours auparavant la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström (2).

Une évaluation trop partielle, selon le Copa-Cogeca

Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) ont mis en garde sur le fait que l’étude de la Commission sur l’impact des accords commerciaux avec les pays tiers ne permet pas une évaluation globale puisqu’elle n’inclut pas les principaux produits méditerranéens comme le vin, l’huile d’olive et les fruits et légumes ou ne tient pas tient compte des effets des barrières non tarifaires sur les échanges.

Ce travail « confirme notre point de vue selon lequel le secteur européen de la viande pourrait être durement frappé par certains accords, à moins que soient imposés des contingents tarifaires à l’importation appropriés, en particulier pour celui en cours de négociation avec le Mercosur », a commenté le président du Copa, Martin Merrild. « Nous pensons qu’un accord potentiel avec le Mercosur pourrait frapper gravement l’agriculture de l’UE, en particulier la viande bovine ».

Les ONG contre « la promotion aveugle du commerce agricole »

Selon l’ONG les Amis de la Terre, l’étude de Bruxelles conclut que « l’existence de secteurs agricoles entiers de l’UE – comme celui de la production de bovins élevés en pâturage – sera en danger avec de tels accords », dans lesquels les agriculteurs sont les « perdants ».

L’Union devrait « repenser les accords commerciaux internationaux qui favorisent l’agriculture industrielle », estime pour sa part Greenpeace, qui met en garde sur le fait que « la promotion aveugle du commerce agricole peut avoir des conséquences destructrices pour l’environnement, les producteurs et les consommateurs ».

Préoccupations confirmées, souligne l’eurodéputé Éric Andrieu

« Cette étude d’impact promise depuis des mois confirme nos préoccupations concernant un certain nombre de produits agricoles, à commencer par le bœuf », souligne lui aussi, dans un communiqué, le parlementaire européen Éric Andrieu (France, groupe socialiste et démocrate). « Nous ne sommes pas défavorables aux échanges commerciaux, à condition qu’ils soient fondés sur des principes de réciprocité et d’équilibre, mais aussi sur le respect de normes sanitaires, sociales et, environnementales. Et force est de constater que sur le plan sanitaire, environnemental, de la traçabilité et du bien-être animal, l’Europe a bien souvent une longueur d’avance sur ses partenaires commerciaux », ajoute-t-il.

(1) http://ec.europa.eu/agriculture/trade-analysis/impact-assessment/cumulative-fta-study_en.pdf

(2) Voir même numéro