La culture du soja remonte de plus en plus au nord. Partie du Sud-Ouest dans les années 1990, elle s’est développée en Bourgogne et Franche-Comté, et apparaît maintenant de façon significative en Ile de France, avec 400 hectares dans cette région de grandes cultures, a indiqué Charlotte Canale, chargé d’études à l’interprofession des huiles et protéines végétales (Terres Univia), le 10 juillet en Seine et Marne.
Sur les 400 hectares de soja en Ile de France, 340 sont implantés en Seine et Marne. Dans ce département, les surfaces sont passées de 30 hectares à 340 en quatre ans. Cette expansion s’explique par la forte demande en protéines, pour laquelle la France est fortement déficitaire. La France n’est auto-suffisante qu’à 60 % en matières riches en protéines, tourteaux notamment, a rappelé Charlotte Canale. « La demande est forte, notamment des filières de poulets labels, en soja non OGM et certifié conforme aux critères de durabilité de la Pac » (préservation de la biodiversité, diversité des assolements, usage approprié des produits de traitement), a-t-elle précisé.
L’expansion du soja s’explique aussi par la recherche de diversification des producteurs de grandes cultures. « S’il fallait continuer avec un prix du blé à 130 € la tonne, voire 115-120 €, on n’aurait plus qu’à mettre la clé sous la porte », a témoigné Philippe Brayer, céréalier qui cultive 65 hectares de soja sur son exploitation de 380 hectares, à Rebais en Seine et Marne.
Une économie d’engrais azotés et de tours d’irrigation
Si le soja se développe à de telles latitudes, sur les terres à blé, ce n’est pas uniquement parce que le blé n’est plus assez rémunérateur. C’est aussi parce que le soja a des propriétés agronomiques intéressantes. En tant que légumineuse, il capte l’azote de l’air, et « il enrichit le sol à hauteur de 30 kilos d’engrais azoté par hectare. La culture qui vient après en profite : + 5 quintaux par hectare pour le blé, + 8 quintaux pour le maïs », a souligné Bastien Remurier, ingénieur agronome à Terres Inovia, l’institut technique des oléo-protéagineux. Quand le maïs nécessite 4 tours d’irrigation, le soja n’en demande que 2,5, a-t-il complété. De plus, « il faut de nouvelles cultures peu exigeantes en engrais et en phytos. Or le soja ne nécessite que 200 € d’investissement en intrants à l’hectare, contre plus de 500 pour le blé », a précisé Philippe Brayer.
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« Les jeunes générations feront comme mon père avec le maïs, qui était une culture marginale »
Pour Philippe Brayer, les jeunes générations feront avec le soja comme son père dans les années 1960 avec le maïs, qui était une culture marginale, et qui a fini par devenir la deuxième céréale française. « Mais on ne pourra pas en faire partout : c’est une plante qui a besoin d’eau et qui n’aime pas les sols crayeux."
Le soja couvre 140 000 hectares en France, l’interprofession oléoprotéagineuse Terres Univia espère 250 000 en 2025-2030.