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Focus Tunisie L'indépendance des syndicats agricoles tunisiens à l'épreuve

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Les résultats des élections législatives tunisiennes, connus le 29 octobre, placent le parti séculier Nidaa Tounès en tête. Après moults promesses non tenues, le syndicat agricole minoritaire tunisien espère enfin être reconnu par le futur gouvernement.

«EN Tunisie, la pluralité syndicale a du mal à être acceptée », relate Karim Douad, co-fondateur et vice-président du Synagri, syndicat minoritaire agricole, seule alternative au syndicat majoritaire agricole historique, l'Utap (1). Ce dernier existe depuis des de nombreuses années. « Il est financé par les pouvoirs publics. C'est le ministère des Affaires sociales qui finance », poursuit cet éleveur de tarentaises qui souligne que son syndicat ne touche aucune aide du gouvernement. La proximité du syndicat avec l'ancien gouvernement n'est un sujet tabou ni au Synagri, ni à l'Utap. Son vice-président Omar El Bahi explique : « Trois syndicats sont financés par l'Etat. Ils sont historiques : c'est celui des patrons, celui des ouvriers et celui des agriculteurs ». La principale ligne de défense de l'Utap est la refonte du règlement intérieur du syndicat au lendemain de la Révolution de 2011: « Dans un souci d'indépendance du syndicat, nous avons rédigé une réglementation interne avec l'appui du juriste Chafik Sarsar, après la Révolution de Jasmin ». Chafik Sarsar est l'actuel président de l'ISIE (instance supérieure indépendante pour les élections). « Le président de l'Utap a démissionné de ses responsabilités à l'Ennahda (parti islamique, NDLR) avant de prendre la tête du syndicat », insiste Omar El Bahi.

Une indépendance fragile ?

La Révolution de Jasmin en 2011 a fait naître des nouveaux syndicats. Mais les promesses de reconnaissance n'ont jamais été tenues. Karim Daoud prend l'exemple des subventions sur le son de blé utilisé pour alimenter le bétail. Les éleveurs ne peuvent percevoir cet argent des caisses de l'Etat que s'ils ont « une attestation du syndicat de l'Utap ». Au nom de la reconnaissance syndicale, le Synagri a demandé de pouvoir également délivrer des attestations. « On pensait avoir avancé. Puis, finalement le ministère de l'Agriculture a fait marche arrière, il y a quelques mois. Il y a du lobbying politique derrière », assure Karim Daoud. Autre dossier : le financement même des syndicats. L'Utap est en partie financé par l'Etat. Le vice-président Omar El-Bahi justifie : « Nous ne sommes pas seulement un syndicat. On fait aussi de la vulgarisation auprès des agriculteurs, des études… ». Omar El-Bahi fait aussi référence à l'implication de l'Utap dans un site industriel : celui d'une usine d'aliments du bétail en Tunisie. Selon un communiqué de Sanders Tunisie en 2012, le syndicat agricole majoritaire fait partie du capital de cette usine aux côtés d'industriels français et tunisiens. Mis à part l'implication de l'Utap dans l'usine, ce qui dérange Karim Daoud, c'est que tous les syndicats ne sont pas logés à la même enseigne. Quant à Omar El-Bahi, il insiste: « Depuis la Révolution de Jasmin, l'Utap est indépendant du gouvernement ».

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Un espoir de reconnaissance

Ces points posent question d'une part sur l'indépendance du syndicat majoritaire vis-à-vis du gouvernement et d'autre part sur la reconnaissance de la pluralité syndicale en Tunisie. Karim Daoud espère qu'ils bougeront avec le nouveau gouvernement. Avant le scrutin du 24 octobre, son syndicat a rencontré le président du nouveau parti majoritaire, le Nadaa Tounès. « Il semble vraiment bien connaître l'agriculture et ses enjeux », explique le cofondateur du Synagri. L'entretien avec le Nadaa Tounès sur les sujets clefs (morcellement des terres agricoles, désenclavement des zones agricoles, structuration des filières) ne s'est pas soldé par des engagements concrets. Néanmoins, Karim Daoud précise : « Allez, soyons optimiste. Nous verrons…

(1) voir Agrapresse du 8 juillet 2013