Le double impératif consistant à vouloir maintenir le volume de production agricole tout en réduisant drastiquement l’usages des produits phytosanitaires est antagoniste, selon les industriels de la protection des plantes qui s’exprimaient lors d’un colloque sur l’agriculture organisé le 13 décembre à Paris.
Peu satisfaite des conclusions du Grenelle de l’environnement, l’industrie agro-chimique a fait entendre sa voix lors des 3 es rencontres parlementaires sur l’agriculture durable, organisées le 13 décembre à la Maison de la chimie. Partenaires de cette journée et présents dans les deux tables rondes, les industriels Ces rencontres parlementaires ont été organisées avec le concours de BASF, Bayer CropScience, Syngenta, l’Unifa (indutries de la fertilisation), Monsanto. Le Crédit Agricole et la Fédération du crédit mutuel agricole et rural sont également partenaires. ont vanté les efforts réalisés par leur profession en matière de protection de l’environnement. A l’image de l’intervention de Denis Tardit, président de Syngenta Agro, les industriels se sont montrés dubitatifs face à la double demande adressée aujourd’hui à l’agriculture française : réduire les l’usage des pesticides tout en maintenant – voire en développant – la production agricole pour répondre à un marché alimentaire en forte croissance.
Moins de phytos, moins de rendement
« Réduire de 50 % les produits phytopharmaceutiques est antagoniste avec une agriculture performante. Personne ne sait faire » a ainsi affirmé Denis Tardit. « Actuellement, la technologie ne permet pas de continuer à produire autant – voire plus – tout en réduisant les traitements phytos », selon lui. Prenant l’exemple d’une culture de blé soumise à 7 traitements, le président de Syngenta Agro passa en revue leur caractère de nécessité : le traitement de semences fut jugé indispensable à l’agriculteur, tout comme les deux herbicides, faute de quoi la productivité de la parcelle chuterait. L’insecticide est également considéré comme essentiel. Quant aux trois traitements fongicides, il est toujours possible de les réduire, note Denis Tardit, … « mais la production française de blé sera baissée de moitié. Il faudra alors assumer les conséquences sur les cours des céréales et de l’alimentation, et accepter que le consommateur dépense 30 à 35 % de son budget (pour l’alimentation) contre 14-15 % aujourd’hui », avertit-il. Et de conclure, sans y croire, qu’ « on peut aussi faire le choix de fermer les exportations ».
Un discours qui fit bondir Jean-Claude Bevillard, secrétaire national en charge de l’agriculture à France Nature Environnement (FNE). « Je suis effaré d’entendre les industriels dire qu’ils ne peuvent pas réduire de 50 % l’usage des pesticides. Il faudrait pourtant rappeller que les industriels sont au service de l’agriculture et pas l’inverse ! », réagit le porte-parole des associations de protection de la nature. Vincent Perrot, le délégué général de la FNAB (fédération de l’agriculture biologique), ajouta pour sa part que tant que le discours politique continuerait d’appeler à « produire plus pour rester exportateur », l’agriculture biologique restera « petite » car « elle n’a pas de vocation exportatrice ».
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1,5 milliard d’ha cultivés
Concilier compétitivité et respect de l’environnement est « le » défi à relever pour les années à venir, renchérit pour sa part Frank Garnier, directeur général de Bayer CropScience France. Devant un auditoire parfois très critique, les industriels jouèrent la carte de l’apaisement, soulignant que tous les types d’agriculture avaient leur place sur la planète. Frank Garnier fit cependant remarquer que les quelque 1,5 milliard d’hectares agricoles cultivés à la surface du globe devraient être multipliés par trois si le recours à la chimie de synthèse devait être abandonné pour protéger les cultures.
Du côté de l’industrie des engrais, Gilles Poidevin (délégué général de l’Union des industries de la fertilisation) mit en avant les gains d’efficacité (+40 %) enregistrés en France depuis 1990 sur les cultures de céréales et colza, et souligna les efforts réalisés par les agriculteurs en termes de bonnes pratiques : plans prévisonnels de fumure, couverture automnale, rotation des cultures… « On encourage le contrôle des épandeurs, y compris par des aides directes de l’industrie », ajouta le représentant de l’Unifa. Au chapitre des bonnes pratiques, Gilles Poidevin se déclara également favorable à ce que l’agriculteur enregistre ses apports en phosphore et potasse, au-delà de l’azote.