Les annonces de Phil Hogan face à la crise agricole ne satisfont pas les producteurs de lait français, ni le ministre de l’Agriculture, même si une évolution de la position du commissaire européen à l’agriculture est constatée. Lors de l’assemblée générale de la Fédération des producteurs de lait, les 16 et 17 mars à Saint-Didier-sur-Beaujeu, les dissensions européennes ont été au cœur des débats, tout comme celles présentent au sein du Cniel.
À peine 48 heures après les annonces de Phil Hogan, commissaire européen à l’agriculture, la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) tenait son assemblée générale à Saint-Didier-sur-Beaujeu (Rhône). Pas d’ambiance électrique. Au contraire. L’assemblée est à la discussion. L’Europe est sur toutes les bouches. « L’Europe, c’est comme les intercommunalités », tente d’expliquer Michel Dantin, député européen le 16 mars, devant une salle de producteurs qui le matin même a fait part de leurs griefs aux responsables du syndicat : des dégâts des rats taupiers à la perte de la valeur ajoutée et au prix du lait toujours plus bas. « Nous sommes nous, Français, dans un extrême isolationnisme », continue-t-il. Pour autant, il se veut positif : « Depuis un mois, Phil Hogan a pris conscience de la réalité ». Le lait est en excédent depuis plusieurs mois sur le marché européen et les prix chutent. C’est la crise, seulement certains pays comme l’Irlande ou ceux du Nord de l’Europe persévèrent dans la course à la production. « Si on continue comme ça, au nom du libéralisme, demain ce sera une catastrophe sociale. […] Il faut arrêter de produire pour polluer et peser sur les marchés » lançait Stéphane Le Foll, lors de son discours de clôture le 17 mars. En continuant, face à des Irlandais imaginaires : « Si tout le monde fait comme vous les Irlandais, produire pour mettre à l’intervention, on ne sera pas d’accord ! ».
« Les Français ne vont pas être les cocus de la farce »
Stéphane Le Foll se veut offensif. Effectivement, la solution que propose Bruxelles où chaque pays régulerait sa production ne convient ni aux syndicalistes ni au ministre. « Les Français ne vont pas être les cocus de la farce », s’exclamait Xavier Beulin, président de la FNSEA, la veille. Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, constate que « cet Europe qui bouge politiquement ne nous donne aucune assurance à ce jour de sortir les producteurs de lait de la crise ». Michel Dantin tient indirectement le même discours : « Je ne crois pas à l’intérêt de la mesure de réduction volontaire de la production ». Par contre, il évoque « la tétanie des gouvernements » face à la question politique des migrants. Il propose de faire d’une pierre deux coups et d’utiliser l’article 222 du règlement de l’Organisation commune des marchés plutôt dans le sens d’une aide alimentaire envers les réfugiés. Une idée que reprend Xavier Beulin, dans une Europe où « 40 à 50 millions de personnes » ne se nourrissent pas suffisamment bien. Il évoque aussi la possibilité de mettre en place des « mesures de sanctions si des États membres continuent à produire dans un tel contexte ».
Les industriels européens ne jouent pas le jeu
Stéphane Le Foll rappelle aussi qu’« à l’échelle européenne, pour faire bouger les choses, il faut trouver des alliés ». Dans ce sens, il « demande aussi à être aidé par le syndicalisme agricole européen ». Car pour l’heure, à part les propositions de la FNPL, il ne voit rien venir du côté du syndicalisme communautaire. Il souhaite aussi organiser prochainement une réunion avec « tous les industriels européens », notamment allemands et polonais, à Bruxelles « pour être convergents » et tenir un même discours. Il dénonce d’ailleurs l’attitude des industriels qui n’hésitent pas à produire pour vendre à l’intervention publique et tiennent « des déclarations » du type « il n’y a pas de problème ». Pour lui, la solution est simple : « Soit chacun se prend pour un petit malin qui va penser s’en sortir tout seul et piquer des parts de marchés au voisin, soit on résoudra le problème ensemble », au niveau européen. Un discours qui a de quoi faire rougir de plaisir la FNPL. Car comme le disait Thierry Roquefeuil dans son discours : « Les opérateurs économiques de l’aval s’en sortent globalement très bien. […] Le marasme économique n’est pas pour tout le monde… ».
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Le Cniel, pomme de discorde au sein de la filière
« Si le Cniel [interprofession, N.D.L.R.] ne devient pas politique et reste autour de ses seules missions, alors réduisons notre part de financement et investissons le ailleurs ! », s’est exclamé André Bonnard, vice-président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), le 16 mars. Lors de la 72e assemblée générale de la FNPL, les tensions au sujet du Cniel se sont fait sentir durant les discours et les questions des éleveurs. André Bonnard annonce même un conseil extraordinaire le 7 juin afin de savoir quelle suite donner à la présence des producteurs au sein de l’interprofession. Même en région, dans les CRIEL, les éleveurs partent. « On a envie d’avancer dans l’interprofession. Mais on ne peut pas avancer tout seul. Nous l’avons quittée en septembre, désespérés », témoigne un président de fédération régionale. Tous prendront la parole au sujet de l’interprofession, plutôt pour afficher la Maison du lait comme un élément positif dans la filière, une maison à conserver, même si comme le présente Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la FNPL : « Il y a le feu car la maison brûle et les producteurs sont dedans ! ». « Je ne suis quand même pas naïf sur le fonctionnement des interprofessions », répond Xavier Beulin, président de la FNSEA. « Mais d’autres pays nous envient nos cotisations volontaires obligatoires (CVO). Cela nous a permis de mener beaucoup d’actions collectives dans le pays », estime-t-il. Stéphane Le Foll le soutient : « On a besoin de retrouver des lieux de discussions », comme l’interprofession. Thomas Diemer, président des Jeunes agriculteurs, suivra le même mouvement.
Stéphane Le Foll annonce une réunion le 22 mars avec tous les opérateurs de la filière lait
Lors de son discours de clôture de l’assemblée générale de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), le 17 mars, Stéphane Le Foll a annoncé pour « la semaine prochaine (le 22 mars), une réunion avec tous les opérateurs de la filière lait » afin de « stabiliser et organiser la production » suite aux annonces de Bruxelles. Il s’agira aussi de décliner « la charte laitière de valeurs au niveau de la restauration hors foyer ». Il a également annoncé : « Oui, la non-cessibilité des contrats laitiers sera dans la loi Sapin 2 », tout en précisant qu'« il faut réfléchir à l’avenir de cette cessibilité dans les contrats d’organisations de producteurs (OP) » afin qu'« ils ne soient pas onéreux ». Il a évoqué la possibilité d’un décret supprimant l’obligation de rendre la dotation aux jeunes agriculteurs (DJA) si ces derniers n’avaient pas eu des résultats économiques suffisamment bons du fait d’une crise comme celle que traverse la filière aujourd’hui. Mais il a clairement refusé la demande de la FNPL d’une aide couplée à la vache laitière.