Pas de niveau de consommation sans danger pour la santé, a tranché l’Inserm dans une expertise collective qu’elle vient de publier. L’institut, sollicité par le ministère de la Santé, recommande d’alourdir les taxes sur les boissons alcoolisées et de davantage encadrer le lobbying des filières de l’alcool.
Sollicité par le ministère de la Santé, l’Inserm a publié le 4 juin une expertise collective sur les effets de l’alcool, dans laquelle il affirme que « toute consommation d’alcool est nuisible pour la santé et qu’il n’y a pas d’effet protecteur, contrairement à ce qui a été mis en avant pendant longtemps ». Les études mettant en avant un « french paradox » souffraient de « problèmes méthodologiques » notamment dans « la définition du groupe témoin et le caractère déclaratif des consommations d’alcool. » En conséquence, conclut l’organisme de recherche médicale, « le niveau de consommation d’alcool pour lequel le risque de dommages est minimal est donc de zéro verre standard par semaine ». Ils rappellent au passage que la consommation « même faible d’alcool » est par exemple associée à un risque augmenté de cancer du sein.
L’exemple de l’Écosse et du Pays de Galles
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Les chercheurs font par ailleurs plusieurs recommandations, qui vont dans le sens d’un durcissement de l’encadrement, en se basant sur les expériences réussies de politiques publiques dans des pays étrangers. La mesure la plus marquante est « l’augmentation du prix des boissons alcoolisées grâce à un système de taxation adéquat (en fixant un prix minimum par unité ou gramme d’alcool) », comme cela a été fait en Ecosse et au Pays de Galles. Et de préciser que « le niveau de taxation devant être assez élevé pour éviter les effets de report sur d’autres boissons (moins alcoolisées mais consommées en plus grande quantité) ».
Autre recommandation : encadrer davantage le lobbying des filières alcool. L’organisme de recherche médicale considère en effet qu’il a été « montré dans la littérature que les stratégies d’influence et de lobbying de l’industrie de l’alcool sont efficaces pour faire évoluer les lois dans un sens défavorable à la santé publique. » Les chercheurs proposent de lui imposer un « principe de transparence des relations d’influence » similaire à celui mis en place pour l’industrie du tabac dans le cadre de la loi de Modernisation du système de santé de 2016. Les chercheurs recommandent ainsi deux mesures : d’abord de mettre en place une déclaration annuelle « de l’ensemble des dépenses liées aux activités directes d’influence et de lobbying (contacts formels et informels avec les membres du Parlement, Sénat ou du gouvernement) de la filière alcool (producteurs, représentants de la filière) ». Et ensuite d'« exiger des informations et la transparence des actions de lobbying "indirectes" », telles que « le financement et les programmes de recherche et d’enseignement d’écoles et d’universités » ou les « actions de prévention mises en place par la filière alcool », ainsi que « la présence et la participation de la filière alcool à des commissions et groupes de travail et d’experts publics ».