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L’Institut de l’élevage confirme la fragilité des exploitations laitières

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Benoît Rubin, délégué régional Bretagne, Pays de la Loire à l’Institut de l’élevage (Idele) a présenté, le 12 avril, les résultats d’une étude sur la trésorerie des exploitations laitières depuis 2007. Des exploitations parfois en difficulté chronique.

Lors de la conférence Grand angle Lait, le 12 avril, Benoît Rubin, délégué régional Bretagne, Pays de la Loire à l’Institut de l’élevage (Idele), a confirmé l’aggravation des difficultés de trésorerie des éleveurs laitiers français. À la suite d’une enquête réalisée au 1er trimestre 2016, auprès des créanciers des éleveurs (coopérative, Cuma, fournisseurs, etc.), « ces derniers confirment une nette augmentation des encours, la présence de nouveaux publics d’éleveurs en difficultés – des gens que l’on n’avait pas l’habitude de voir – et beaucoup de fournisseurs se retrouvent de fait “banquier à la place du banquier” », observe-t-il. Entre 2007 et 2013, l’agrandissement des structures a été à l’origine de « la tension des trésoreries », selon lui. Ainsi, la part des exploitations avec une trésorerie nette négative est passée de 24 % en 2007 à 34 % en 2013 (14 400 exploitations). L’exploitation type est située en zone de plaine. Elle fonctionne avec 1,9 unité de main-d’œuvre (UMO), 72 ha et 405 000 litres de lait produit en 2013. Entre 2007 et 2013, elle a augmenté sa production de 40 800 litres de lait en moyenne, avec une hausse des dettes court terme et fournisseur/UMO de 10 300 €. En parallèle, le revenu disponible/UMO baisse de 2 600 €. Au-delà de la trésorerie nette négative, elle présente des ratios annuités/EBE (1) et dettes totales/actifs supérieurs à 40 %.

Une marge de sécurité toujours en négatif

Dans les exploitations à trésorerie négative et celles endettées à long et moyen terme, Benoît Rubin constate que « la marge de sécurité qui permet d’autofinancer les investissements » est toujours négative, ce qui provoque pour certaines exploitations une augmentation sensible des dettes court terme. « Certaines exploitations présentent un manque chronique de financement », observe-t-il. Depuis 2013, la volatilité des cours, la diminution et la dilution des aides PAC notamment en zone de plaine, la nécessité d’optimiser les performances techniques, l’augmentation des charges, etc., sont à l’origine des difficultés des exploitations qui « s’aggravent depuis trois ans », selon Benoît Rubin. « Il n’y a pas eu non plus de véritable amélioration de la situation lors des années favorables », note-t-il. Alors, quelles solutions ? « Il faut faire mieux avant de faire plus », affirme-t-il. « Il faut raisonner la pertinence de l’investissement, ramener les investissements par litre de lait produit, réfléchir à la délégation de travaux, adapter les modalités de financement », propose Benoît Rubin. « Il y a un vrai enjeu à prendre conscience de la rupture » que vivent aujourd’hui les éleveurs laitiers, continue-t-il. « On a un peu trop tendance à sous-estimer les ruptures notamment dans les conduites zootechniques », a-t-il estimé en conclusion.

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(1) : EBE : Excédent brut d’exploitation

L’agriculture australienne, torpillée par ses dettes ?

La situation du secteur agricole australien, où les exploitations font « un recours démesuré aux financements bancaires dans un contexte incertain, autant sur les risques climatiques que ceux liés aux marchés », est un cas d’école pour Guillaume Joyau, diplômé de l’Isa de Lille. Dans un article mis en ligne le 6 avril sur www.momagri.org, il revient sur le niveau d’endettement des exploitations agricoles australiennes, à l’origine d’une grande fragilité : « la compétitivité de l’agriculture australienne est entamée par un problème d’endettement qui ne cesse de croître. Il était de 32 % de valeur brute de la production en 1980, 51 % en 1990, et atteint 156 % en 2010 ». Et cela malgré la présence d’« avantages comparatifs évidents », comme le prix du foncier « parmi les plus faibles du monde » et « l’accès à de très grandes surfaces » qui « permet de réduire les coûts de mécanisation ». Il rappelle la liquidation de l’exploitation Walton Investment (12 000 ha) qui présentait une dette de 30 millions de dollars australiens. « Le niveau de rémunération des productions agricoles n’est pas suffisant pour que les exploitants agricoles puissent rembourser leur capital. Hors accidents climatiques, les marges sont très faibles, mais la surface agricole utile (SAU) importante permet d’en tirer un revenu suffisant. Or, les accidents climatiques sont de plus en plus fréquents », constate Guillaume Joyau.