Alain Melot, président de la Fédération des industries avicoles (FIA) annonce la création d’une interprofession de la filière d’ici la fin de l’année… si son fonctionnement est défini comme « pragmatique et économique, et non politique ». Le dirigeant chiffre également le coût de la crise de la grippe aviaire à 120 millions d’euros pour les abattoirs, et rappelle que 5 000 à 6 000 emplois CDD ou intérimaires ont dû être supprimés. Du côté des aides publiques, sur les 20 millions d’euros annoncés pour les abattoirs, la FIA ne s’attend qu’à une remontée de 2 millions d’euros. Heureusement, le consommateur semble reprendre goût à la volaille française.
A la veille de l’assemblée générale de la Fédération des industries avicoles (FIA), qui se tiendra le 22 juin, Alain Melot revient pour Agra alimentation sur les conséquences de la crise de la grippe aviaire pour les industriels de la filière. Président de la FIA depuis 2002, le dirigeant détaille le montant des aides attendues et fait le point sur l’avancée de l’interprofession.
Agra alimentation : Six mois après le début de la crise de la grippe aviaire, le consommateur boude-t-il toujours la viande de volaille ?
Alain Melot : Les consommateurs ont retrouvé le chemin de la volaille française et sont beaucoup moins inquiets. Selon le dernier point Ifop, seul 13% de la population reste inquiète de la grippe aviaire, contre 43% au plus fort de la crise. Ceux qui souhaitent consommer moins de volaille sont passés de 21 % à 7%. Beaucoup de communication informative a été faite par le Centre d’information des viandes ou par l’Association de promotion de la volaille française (APVF) (1), qui a investi 1 million d’euros depuis plus d’un an, dont 60% sur les 6 derniers mois.
Au niveau de la consommation, on est sur la bonne pente. La baisse de la consommation n’est plus que d’environ 5% contre 25% il y a quelques mois. On ne peut cependant pas dire que la situation est revenue à la normale.
La réduction d’activité des industriels est-elle chiffrée ?
A. M. : La filière a su prendre ses responsabilités et s’adapter à la demande, donc diminuer ses mises en place… avec les problèmes de rentabilité que cela peut entraîner. Sur les 4 premiers mois de l’année, les mises en place ont ainsi baissé de 17% sur le label, de 20% sur la dinde, et entre 10% et 15% sur le poulet à destination du territoire national ou européen en frais. Mais sur les poulets exportés vers des pays tiers, la baisse atteint les 50%. Cela engendre logiquement des baisses d’activité importantes : on estime que 5 000 à 6 000 emplois CDD et intérimaires ont été supprimés.
Les stocks atteignent sans doute des sommets…
A. M. : Nos métiers fonctionnent sur des cycles : les décisions de baisse d’activité, qui n’interviennent qu’en fin de cycle, ont des effets logiquement décalés par rapport à la demande. Et lorsque les volailles sont mises en place mais ne sont pas commercialisées normalement, c’est une baisse d’activité cachée : elles sont abattues, mais sont stockées congelées. On atteint ainsi à l’heure actuelle un surplus total de 50 000 tonnes. Alors qu’en année normale, les stocks s’élèvent environ à 15 000 tonnes.
A date, à combien estimez-vous le coût de la crise ?
A. M. : Au final, la filière perd 40 millions d’euros par mois dont 20 millions pour les abattoirs. Lorsque l’on fait les comptes, la crise a coûté pour l’instant 120 millions d’euros à ces derniers.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
On avait parlé de 30 millions d’euros d’aides pour les industriels. Ce montant n’a pas changé ?
A. M. : Il avait été annoncé au départ 20 millions d’euros pour les abattoirs, et 10 millions pour les grands exportateurs. Mais les 20 millions sont devenus 18 millions et ont été répartis entre les abattoirs, les accouveurs, et le commerce de gros. Et les 10 millions destinés aux exportateurs se sont transformés en une aide à la restructuration pour « entreprises en danger ».
Les 18 millions d’euros rentraient dans les 150 000 euros d’aides maximum par entreprise autorisés par Bruxelles. Ils ont été distribués aux régions, qui les ont répartis selon des critères publics : les régions ont finalement fait des choix assez inattendus, totalement différents de ceux que l’on espérait. Ce qui fait que pour les abattoirs, a priori, à fin avril, nous avons annoncé à nos adhérents une remontée possible de 2 millions d’euros.
Le dossier avance à Bruxelles ?
A. M. : Les demandes faites à Bruxelles concernent essentiellement l’amont, (cassage des œufs, abattage prématuré, indemnisation des éleveurs concernant les vides sanitaires). Les négociations pour les aides au stockage sont en cours. Reste la ligne budgétaire « restructuration des entreprises en difficulté », qui concerne les 10 millions destinés en premier lieu aux exportateurs, auxquels s’ajoutent les 20 millions supplémentaires apparemment annoncés récemment par l’Etat. Cette approche des aides nous laisse par ailleurs dubitatifs : toutes les entreprises ont souffert, mais avec ce système la majorité de l’argent s’en va vers des entreprises en difficulté, sans doute pour des restructurations qui étaient déjà nécessaires avant la crise. Ce qui peut déboucher sur un semblant de concurrence déloyale. Nous ne sommes pas contre cette solution, mais nous demandons une certaine transparence et une certaine équité. La FIA souhaiterait ainsi être associée davantage à la répartition de ces aides.
Les prix de la volaille ont beaucoup baissé ces 6 derniers mois. Une revalorisation est nécessaire à hauteur de combien ?
A. M. : Il y a eu des baisses de nos prix de vente envers nos clients distributeurs. Certes, durant la crise, un certain nombre de distributeurs ont joué le jeu. Mais la baisse de rentabilité est réelle. Si l’on veut redonner confiance à la filière, pour retrouver une production normale, un taux de service normal, il serait également normal que les distributeurs acceptent une revalorisation des tarifs, nécessaire à hauteur de 6%.
Cette période de crise aura forcé la filière à beaucoup dialoguer avec les pouvoirs publics comme avec le consommateur. Pour simplifier les choses, une interprofession va-t-elle enfin voir le jour?
A. M. : Durant la crise, c’est l’APVF qui a fait office d’interprofession. Elle regroupe tous les maillons de la filière et s’est trouvée en première ligne pour la gestion de la crise. Elle a été un interlocuteur tout-à-fait conséquent pour les pouvoirs publics. Mais une interprofession dynamique est évidemment nécessaire. Dynamique signifie qu’elle ne soit pas trop politique. Il ne faut pas qu’elle soit trop politisée, et qu’elle s’occupe surtout de dossiers économiques. Les industriels sont une cheville importante de sa formation, et nous voulons y avoir toute notre place et y défendre nos intérêts financiers, ainsi qu’en terme d’image. Les plus grosses prises de risque sur le marché sont tout de même prises par les abattoirs, qui mettent en place les volailles.
Mais le dossier ne traîne pas tant que cela : le porc a mis dix ans pour y arriver ! Nous, on en parle depuis 2004. Les évènements récents, notamment du fait de la pression du ministère, ont effectivement accéléré les choses. Et je pense que cette interprofession sera faite dans l’année 2006… si on se met d’accord sur un fonctionnement pragmatique, économique, et non politique. Cette interprofession regroupera tout les acteurs de la filière : en plus des représentants de l’alimentation animale, des accouveurs, et de l’industrie, la structure sera ouverte au commerce et aux distributeurs.