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Les conséquences de la crise du fipronil Loïc Coulombel, président du Syndicat national des industriels et professionnels de l’œuf (Snipo) :

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Les conditionneurs d’œufs coquilles et les fabricants d’ovoproduits réunis au sein du Snipo sont directement confrontés à la forte hausse des prix de l’œuf depuis le mois d’août. Les réductions de capacité de production chez les éleveurs aux Pays-Bas et en Belgique suite à la crise du fipronil ont entraîné une flambée des cours du l’œuf français, le pays ayant été déclaré indemne de contamination à cet insecticide.

Les conditionneurs d’œufs coquilles et les fabricants d’ovoproduits réunis au sein du Snipo sont directement confrontés à la forte hausse des prix de l’œuf depuis le mois d’août. Les réductions de capacité de production chez les éleveurs aux Pays-Bas et en Belgique suite à la crise du fipronil ont entraîné une flambée des cours du l’œuf français, le pays ayant été déclaré indemne de contamination à cet insecticide.

Les fabricants d’ovoproduits (casseries), dont le chiffre d’affaires avoisine les 400 millions d’euros par an, craignent de perdre des marchés auprès de clients industriels qui peuvent substituer l’œuf à d’autres protéines. Sur les marchés tiers, les concurrents ukrainiens, indiens et américains sont en embuscade.

En GMS, la situation s’avère également compliquée. Les professionnels déplorent de ne pouvoir passer les hausses en rapport avec les prix sur le marché. Ils espèrent toutefois que l’adoption d’un nouveau label « Œufs de France » permettra de garantir aux clients un œuf issu d’une filière 100 % française.

Quel est l’impact de la crise du fipronil sur la filière de l’œuf français ?

La crise du fipronil, un insecticide utilisé sur des poules d’élevage alors que cela est interdit, est une fraude que la filière a subie, ce qui a entraîné des réductions de capacités dans les élevages des Pays-Bas et de Belgique. La France, de son côté, a été déclarée indemne de l’utilisation de ce produit, et donc, mécaniquement, les acheteurs se sont rabattus sur l’œuf français, gage de confiance. Le résultat de ces mouvements est une très forte tension sur le marché européen de l’œuf avec une volatilité très marquée.

Quelles sont les conséquences pour les fabricants d’ovoproduits ?

Les fabricants d’ovoproduits sont affectés car ils achètent des œufs dont les cours sont très élevés et sont exposés pour une partie importante de leurs achats au marché (50 %, voire 70 %). En un mois, les prix ont doublé sur le marché spot européen. Quant au coût de l’œuf entier liquide, il est passé de 1,20 euro le kilo à la fin juillet à plus de 2 euros aujourd’hui. Or, les cours de l’œuf coquille et de l’œuf liquide sont fortement corrélés, puisque 80 % du coût du produit fini dépendent de la matière première utilisée. Il n’y a donc pas beaucoup de marge de manœuvre pour les industriels qui dépendent presque entièrement du prix de l’œuf.

Et pour les utilisateurs professionnels ?

Les GMS sont probablement moins exposées directement à la volatilité des cours que les IAA et la RHD car les opérateurs du conditionnement d’œufs sont engagés sur des contrats longs avec les distributeurs, et ont une partie plus importante de leurs approvisionnements est couverte. Néanmoins, ils sont dans la même situation pour certains segments où ils subissent la hausse du marché.

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En revanche, les industriels de la transformation agroalimentaire et tous les acteurs de la restauration hors domicile sont en première ligne car les transformateurs d’œufs sont obligés de passer des hausses de tarifs importantes. Ils sont déjà affectés directement avec des ruptures d’approvisionnement pour certains d’entre eux. C’est sur ce profil de clientèle que c’est le plus difficile car ils peuvent être tentés de substituer quand ils le peuvent l’œuf par des produits alternatifs, en partie ou en totalité, ou bien de passer de l’œuf liquide à la poudre, un marché où des concurrents produisent à moindre coût. Or un client qui a fait les recherches pour adapter une recette, et qui y trouve son compte d’un point de vue organoleptique et financier, peut être perdu pour nous. C’est le risque majeur pour nos produits utilisés par les industriels que sont l’œuf en poudre ou l’œuf liquide.

Dans quelle mesure peuvent-ils répercuter la hausse des prix des ovoproduits ?

C’est très compliqué pour les industriels car les distributeurs leur opposent une fin de non-recevoir. Ils ne veulent pas passer les hausses demandées. Les distributeurs font traîner les discussions, d’autant que nous sommes à la veille de l’ouverture des négociations commerciales. Pourtant ces hausses sont indispensables pour la survie de la filière œufs et ovoproduits.

Existe-t-il un risque de pertes de marchés face à des concurrents pratiquant des prix plus compétitifs que les Français ?

Oui, c’est l’une de nos préoccupations actuelle. En Europe, entre les trois principaux pays producteurs que sont la France, l’Allemagne et l’Italie, les écarts de concurrence sont peu significatifs. Quant aux produits issus de pays tiers, soit ils sont peu compétitifs pour le moment, soit ils ne répondent pas aux exigences du marché en termes de qualité. En revanche, sur les marchés tiers, les choses peuvent être plus complexes. Les Américains fabriquent de l’œuf en poudre et liquide, et les Indiens ainsi que les Ukrainiens sont présents sur le marché de la poudre. Ils sont nos concurrents sur les marchés du grand export où nous sommes aussi actifs comme l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient. Or, il faut savoir que les fabricants français d’ovoproduits réalisent environ 15 % de leur chiffre d’affaires à l’export.

Comment les entreprises françaises vivent-elles cette crise ?

Les très fortes tensions sur le marché de l’œuf menacent la santé financière des fabricants d’ovoproduits, avec des marges qui seront en 2017 en retrait par rapport à l’année dernière. Il y a d’abord le manque de matière première qui empêche l’outil industriel de fonctionner à pleine capacité. Certaines usines ont mis leurs employés en congés ou leur ont demandé de prendre des RTT, mais on n’a pas connaissance pour l’instant de mesures de chômage partiel. Ce sont surtout les plus petites casseries qui sont les plus vulnérables et qui pourraient subir des conséquences dramatiques si la crise durait longtemps. Les entreprises doivent faire face à des difficultés de trésorerie. Et il y a les pertes de marchés qui sont inquiétantes à plus long terme.

Quand voyez-vous un retour à la normale ?

Nous espérons que la pression sur les marchés sera allégée en fin d’année, et que nous reviendrons à des niveaux de marché habituels à l’été 2018. Pas avant, car entre la mise en place du poussin et le début de la ponte, il faut attendre entre 6 et 8 mois. Il faut surtout que les distributeurs, les industriels et la restauration hors domicile entendent les difficultés actuelles et acceptent de passer les hausses que nous demandons. En parallèle, nous avons alerté les pouvoirs publics sur la situation de la filière et nous allons être reçus prochainement au ministère de l’Agriculture.