Pas de trêve hivernale pour les maladies animales. A l’échelle internationale, les risques de diffusion des pathogènes par la voie du commerce ou des mouvements de population sont « toujours là » selon Bernard Vallat, le directeur général de l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale). Pour l’OIE, la défaillance d’un seul pays peut mettre en danger la région et « même la planète entière ».
Ne pas baisser la garde. Tel est le message formulé par Bernard Vallat lors de la présentation de ses vœux à la presse le 7 janvier. Le directeur général de l’OIE rappelle que 75% des nouvelles maladies émergentes touchant l’homme sont d’origine animale. En outre, si une pandémie humaine devait survenir un jour elle viendrait d’un pathogène animal, assure-t-il. Les services vétérinaires nationaux ont donc un rôle central dans la maîtrise de ces risques sanitaires. Les enjeux économiques et sociaux sont également majeurs. On estime actuellement que les maladies animales seraient responsables de plus de 20% de pertes pour la production de lait, d’œufs ou de viande dans le monde, souligne le représentant de l’OIE. « Un milliard de personnes dépendent de la vie de leurs animaux ». D’où l’importance, pour les 172 pays adhérents à l’OIE, de combattre efficacement les maladies animales et d’investir dans le domaine de la prévention et de la surveillance. « Lutter contre les maladies animales c’est lutter contre la faim dans le monde et réduire la pauvreté », selon Bernard Vallat.
Grippe aviaire : le risque de mutation du virus reste présent
En ce début d’année 2009, quelques bonnes nouvelles arrivent à percer. « On peut considérer que la crise de l’ESB (encéphalopathie spongiforme bovine) est derrière nous », estime ainsi le directeur de l’OIE. De fait, 72 cas d’ESB ont été notifiés à l’organisation en 2008, contre 1 959 durant l’année 2000 et 8310 en 1996. Grâce à cette évolution, l’assouplissement de certaines mesures sanitaires serait possible, note Bernard Vallat, sans toutefois arrêter la surveillance. Autre motif de satisfaction : la régression de la peste bovine. « On est proche de son éradication dans le monde. La maladie existe peut-être encore en Somalie mais on n’a pas actuellement les moyens de le savoir, compte tenu de l’instabilité politique du pays. Mais si tel était le cas, ça serait la première fois qu’on pourrait annoncer l’éradication finale d’un virus animal. La seule fois où cela est arrivé au niveau humain, ce fut avec la variole » rappelle le vétérinaire.
Concernant la grippe aviaire, si la maladie est de moins en moins présente dans le monde chez les animaux sauvages, elle reste endémique en Egypte, en Indonésie, en Chine et au Vietnam. Le risque lié au commerce « existe toujours » et celui – théorique – d’une mutation du virus « reste présent ». Bernard Vallat ne trouve toutefois « pas inquiétant ni surprenant » qu’à l’échelle d’un pays comme la Chine, un cas humain apparaisse de temps en temps, comme ce fut le cas le 6 janvier pour une Chinoise.
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La fièvre aphteuse continue elle aussi à être une grande priorité de l’OIE : seuls 50 pays dans le monde sont indemnes de la maladie, dont les 27 Etats membres de l’Union européenne. La maladie continue donc d’être un phénomène épidémiologique grave dans plus d’une centaine de pays, surtout au sud. Une conférence mondiale sur l’éradication de la fièvre aphteuse se tiendra au Paraguay en juin 2009.
Des maladies peu contrôlables
Nombre de maladies dangereuses restent par ailleurs peu contrôlables. « La fièvre de la vallée du Rift peut débarquer dans le sud de l’Europe à tout moment », fait remarquer Bernard Vallat. Pour ce qui est de la fièvre catarrhale ovine (FCO), très répandue dans le monde, elle est désormais endémique en Europe. « Aujourd’hui, au moins 4 sérotypes se promènent sur le continent. Il faudrait vacciner les animaux contre les 4, ce qui est impossible (…) On s’acheminera certainement vers une vaccination ciblée sur les élevages destinés à l’export ou sur les animaux à haute valeur génétique » estime le directeur de l’OIE.
Quant à la récente découverte d’un cousin du virus Ebola sur des porcs aux Philippines, Bernard Vallat s’est voulu rassurant : « On ne peut dire que ce virus est pour le moment dangereux pour l’homme ».