Tenant son congrès le 11 février à Roullet Saint-Estèphe (Charente) sur le thème « Les biocarburants, quels enjeux pour les agriculteurs ? », l’Organisation des producteurs de grains (OPG), proche de la Coordination rurale, est dubitative sur la capacité de l’Europe à entrer en compétition avec le Brésil et les États-Unis, et penche pour les filières courtes comme les chaudières à déchets de grains et l’huile en direct dans les moteurs.
Pour l’OPG, le problème de la compétitivité avec le Brésil et les États-Unis en éthanol notamment vient surtout de la transformation. « Même si nous donnions gratuitement nos céréales pour faire de l’éthanol, les industries européennes ne seraient pas encore tout-à-fait compétitives avec les gros transformateurs mondiaux», estime Nicolas Jaquet, président de l’OPG.
La parole a été donnée à deux invités : Dominique Paret, directeur à l’Ufip (Union française des industries pétrolières) et Jean-Claude Sourie, chercheur en agroéconomie à l’Inra de Grignon.
Dominique Paret a développé les arguments techniques de l’industrie pétrolière pour démontrer la difficile faisabilité de l’incorporation d’éthanol dans les essences : sa volatilité, incompatible avec le système français de transport des carburants par pipe-line, et le caractère peu pratique de la loi des finances 2005, qui exige que la concentration en biocarburant puisse être vérifiée à la distribution. Si, pour les pétroliers, l’incorporation de diester dans le gazole est tout à fait envisageable, le coût de production des biocarburants, 2 à 3 fois plus cher que les carburants classiques, limitera leur viabilité, selon le direxteur de l’Ufip.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Jean-Claude Sourie : les biocarburants viables sur jachère
Jean-Claude Sourie quant à lui a insisté sur le caractère rémunérateur des cultures énergétiques lorsqu’elles sont implantées sur jachère, car elles procurent du revenu supplémentaire. Un hectare de colza sur jachère nécessite cinq heures de travail et apporte un revenu supplémentaire de 120 euros, a-t-il calculé. La culture la plus rémunératrice est la betterave-éthanol, grâce à l’adossement de cette production à l’industrie sucrière.
Dubitative sur la compétitivité des biocarburants, en revanche l’OPG estime que les filières courtes (chaudières grains et moteurs à huile) peuvent être économiques. Deux expériences ont été décrites : une chaudière à Lescherolles, village de Seine-et-Marne, alimentée au grain de blé comme combustible, assure le chauffage d’une école et d’une mairie. Ce projet fonctionne aujourd’hui, et 2,5 tonnes de blé procurent la même énergie que mille litres de fioul. Et une presse à colza et à tournesol, l’huile alimentant des moteurs diesel et le tourteau étant vendu à des éleveurs. Le taux d’huile résiduelle de ces tourteaux artisanaux est supérieur à celui des tourteaux industriels, d’où une plus grande richesse en énergie nutritionnelle.