Selon les professionnels et les associations environnementales, les pouvoirs publics envisageraient d’octroyer aux éleveurs prédatés des tirs de défense contre le loup sur simple déclaration, au lieu d’une autorisation préfectorale.
Une simple déclaration en préfecture, pas d’obligation de moyens de protection : de sources concordantes, l’État envisagerait de faciliter largement l’accès aux tirs de défense contre le loup après le récent abaissement de son statut de protection. La préfète coordinatrice du Plan loup a présenté ce futur cadre au Groupe national loup le 23 septembre, a confirmé Claude Font, élu de la FNO (éleveurs d’ovins, FNSEA) à Agra Presse. Aujourd’hui, pour bénéficier de tirs de protection, les éleveurs demandent une autorisation du préfet ; ils doivent préalablement avoir mis en place des moyens de protection de leur troupeau. Deux conditions que les pouvoirs publics veulent donc supprimer.
« Les louvetiers et les brigades loup n’interviendraient que dans les élevages protégés », ajoute l’éleveur ovin. Surtout, un « plafond annuel du nombre maximum de loups pouvant être tués » serait maintenu, comme l’avancent plusieurs associations environnementales dans un communiqué le 22 septembre (1). D’après Jean-David Abel, de France Nature environnement, après l’abaissement du statut de protection juridique du loup, un groupe de travail sur l’évolution de la réglementation a démarré en juin (il était prévu par le Plan loup). Le futur cadre aurait été présenté lors d’une nouvelle réunion de ce groupe le 8 septembre ; il aurait fait l’objet d’un arbitrage du Premier ministre François Bayrou avant sa chute. Autant d’éléments corroborés par la FNO auprès d’Agra Presse.
Menace de recours des ONG
Dans leur communiqué, les ONG dénoncent « l’ouverture d’une chasse aux loups », estimant que le futur cadre va « libéraliser complètement les possibilités de tir ». L’État « est dans l’incapacité de dire comment il pourra contrôler les destructions de loups, et donc très concrètement les moyens de faire respecter [le] plafond annuel », appuient-elles.
Après la Convention de Berne en décembre 2024, le statut de protection du loup a été abaissé dans la directive européenne Habitats en juin : Canis lupus n’est plus « strictement protégé », mais simplement « protégé ». Comme le rappellent les associations environnementales, les États membres doivent toujours assurer la viabilité de l’espèce. Or, avec le cadre actuel en France, « la population [de loups] est aujourd’hui " au seuil de mortalité supportable " », pointent-elles. Une conclusion issue d’une récente étude (CNRS, OFB, MNHN) « que l’État refuse de publier ». Conclusion des associations, qui menacent de recours : « L’État piétine les engagements internationaux de la France ».
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De son côté, Claude Font estime que les tirs sur déclaration constituent « une avancée », car « cela permettra aux éleveurs de bénéficier au plus tôt des tirs de défense ». Il se félicite aussi de la fin de l’obligation de mettre en place des moyens de protection, qui constituait « le premier handicap pour accéder aux tirs en zone de colonisation ». Mais l’éleveur de Haute-Loire ajoute dans la foulée plusieurs « bémols », en demandant « d’aller au-delà du plafond de prélèvement de 19 % » des effectifs de loups (estimés à 1 013 individus fin 2024).
Pour cela, la FNO propose que ce plafond ne soit plus uniquement basé sur la seule estimation de la population lupine, mais qu’il prenne en compte un critère de pression de prédation. Pour 2025, un maximum de 192 loups peuvent être prélevés (sachant que 146 ont déjà été tués, selon M. Font). En 2024, ce plafond était de 209 individus. Au contraire, « les constats d’attaques sont en hausse de 26 % cette année », appuie Claude Font, pointant « l’incohérence entre l’estimation de la population et le niveau de prédation observé sur le terrain ». « Notre objectif n’est pas un nombre de loups tués, mais de réduire la pression de prédation », insiste-t-il.
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Par ailleurs, l’élu de la FNO dit avoir demandé au Groupe national loup de « réfléchir à l’éventualité de valider de nouvelles mesures de protection ». Les mesures actuellement financées par les aides de la Pac sont de trois ordres : gardiennage (berger), chien de protection et clôtures électrifiées. M. Font propose d’y ajouter différents outils de surveillance (drones, colliers GPS pour ovins, etc.). Le but ? Détecter les mouvements de panique au sein des troupeaux et prévenir le plus rapidement possible le berger ou l’éleveur d’une attaque.
En pratique, l’adaptation française à l’évolution du statut du loup se fera en deux temps. Un décret a été mis en consultation publique le 24 septmbre, jusqu’au 14 octobre, qui doit permettre la parution ultérieure d’un arrêté interministériel qui fixera les nouvelles modalités de gestion de l’espèce. Ce texte fera également l’objet d’une consultation publique.