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Loups : initiative en solitaire au Parlement européen pour assouplir les règles de protection

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Les eurodéputés de commission de l’Agriculture, sans le soutien de leurs collègues de l’Environnement qui disposent normalement des compétences sur le dossier, préparent une initiative demandant la révision du statut de protection du loup en Europe afin de préserver l’élevage.

La commission de l’Agriculture du Parlement européen (Comagri) a décidé de préparer, seule, une résolution sur « la protection des élevages de bétail et des loups en Europe ». Un dossier théoriquement du ressort de la commission de l’Environnement, mais celle-ci refuse d’y travailler avec la Comagri, surtout s’il s’agit d’affaiblir le niveau de protection des loups dans l’UE. Exprimant son « regret que nos souhaits de coopération et de collaboration avec la commission de l’Environnement n’aient pas encore trouvé de réponse », Norbert Lins s’estime donc fondé à mener ce travail au sein de la seule Comagri. Résultat, à quelques voix discordantes près, les eurodéputés de la Comagri saluent dans leur grande majorité le projet de résolution de leur président Norbert Lins. Celui-ci estime que le succès des mesures de conservation européennes s’est traduit par une augmentation des attaques sur les animaux d’élevage. Il propose donc de « reconnaître que l’état de conservation du loup est désormais favorable dans plusieurs régions » et demande à Bruxelles de revoir la directive Habitat en autorisant une gestion des populations de loups dans l’UE plutôt que leur stricte protection. En octobre 2021, la Commission européenne avait publié un guide pour aider les États membres dans l’interprétation des règles encadrant la protection stricte des espèces animales. Mais pour les eurodéputés, celui-ci n’apporte aucune réelle solution aux problèmes posés par les grands carnivores.

Lire aussi : Loups : la Commission européenne présente un guide pour aider les États membres

Le projet de résolution indique qu’il est désormais devenu « indispensable de mettre en place une gestion de certaines zones » pour remédier aux problèmes et préserver ainsi le développement durable des zones rurales et de l’agriculture locale, en particulier du pastoralisme. Plusieurs eurodéputés de la Comagri ont déposé des amendements. La Française Irène Tolleret (centriste) suggère notamment que les dispositifs de protection des troupeaux contre les grands prédateurs ne soient plus comptés comme aides d’État.

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Un coût important

Dans une tribune publiée le 7 décembre, les organisations et coopératives agricoles de l’UE rappellent que le coût des attaques de grands carnivores pour le contribuable européen s’élève à 28,5 millions d’euros par an pour compenser les dommages causés aux animaux, aux biens et aux infrastructures locales. Selon l’estimation du Copa-Cogeca, le coût moyen par an et par prédateur entre 2005 et 2013 était de 2 400 euros pour les loups et de 1 800 euros pour les ours. « Si l’on ajoute à cela les mesures d’atténuation imposées aux agriculteurs, aux forestiers et aux habitants des zones rurales dans le cadre de leur vie quotidienne, le programme LIFE a coûté 88 millions d’euros depuis sa création, et 36 millions d’euros supplémentaires ont été promis pour d’autres mesures », déplore l’organisation agricole qui soutient l’initiative lancée par la Comagri.

Mais l’eurodéputé vert allemand Martin Häusling prévient toutefois que pour avoir une réelle portée cette initiative ne doit pas aboutir à ce que les députés de la Comagri se retrouvent étiquetés comme « des chasseurs de loups » et la Comenvi comme leurs protecteurs.  « Nous devons être en mesure d’avoir une discussion nuancée », prévient-il.

Lire aussi : Loups : une espèce encore « vulnérable », selon Bruxelles