Abonné

Loups : une espèce encore « vulnérable », selon Bruxelles

- - 4 min

Les premiers résultats du rapport sur l’état de conservation du loup dans l’UE montrent, selon la Commission européenne, que cette espèce « n’est pas encore en état de conservation favorable » dans l’UE. La Commission européenne ne devrait donc pas remettre en cause le statut du loup dans le cadre de la directive Habitats, au grand dam des éleveurs en système pastoral fortement affectés par les populations grandissantes du prédateur.

Malgré les demandes pressantes du secteur agricole, la Commission européenne ne semble pas encline à réviser la directive Habitat – ou au moins à donner plus de flexibilité aux États membres dans ce cadre – pour permettre la gestion des populations grandissantes de loups dans l’UE. À ce stade, selon des données partielles, le loup « n’est pas encore en état de conservation favorable dans la plupart des évaluations » faites par les États membres, a indiqué un représentant de la Commission lors d’une audition organisée conjointement par les commissions des Pétitions, de l’Environnement, de l’Agriculture du Parlement européen le 5 décembre sur l’évaluation des populations de loup dans l’UE.

Conformément à la directive Habitats, les États membres doivent, tous les six ans, faire rapport sur l’état de conservation des différentes espèces, dont le loup. Ce processus devrait se terminer l’année prochaine : l’agence européenne pour l’environnement travaillera avec les États membres pour mettre la dernière main aux évaluations, qui feront l’objet d’une consultation publique en janvier 2020, puis en juin, les premiers résultats seront rendus publics et les résultats complets seront disponibles à l’automne.

« La menace le plus tangible »

Aujourd’hui la population européenne de loups est estimée à 17 000 individus (pour 16 000 ours, 9 000 lynx et 1 300 gloutons) dont environ 14 000 dans l’UE. Globalement, même si cette situation varie selon les régions – les experts considèrent qu’il existe dix grandes populations de loups en Europe – le loup est une espèce « faiblement vulnérable », estime Luigi Boitani, président de l’Initiative de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) pour les grands carnivores en Europe.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre

Et l’impact de ces loups sur l’élevage européen est évalué à environ 20 000 moutons tués chaque année, soit moins de 0,05 % du cheptel ovin de l’UE. Mais « au niveau local les conséquences peuvent être bien plus importantes », précise John Linnell, de l’Institut norvégien de recherche sur la nature. Même si, selon lui, « le cas du loup s’ajoute aux nombreuses autres difficultés auxquelles sont confrontés les éleveurs et comme il s’agit de la menace la plus tangible, il focalise l’attention ».

Coexistence difficile

Mais pour de nombreux éleveurs en système pastoraux, la coexistence n’est plus possible. Malgré l’argent dépensé pour des moyens de protection (clôtures, chiens…), les dommages augmentent et si le nombre d’attaques diminue c’est uniquement parce que le nombre d’animaux dans les pâturages diminue lui aussi. Michèle Boudoin, éleveuse dans le Puy de Dôme et présidente du groupe de travail du Copa-Cogeca sur la viande ovine, estime qu’il faut « réapprendre au loup à avoir peur de l’homme. Et pour cela, il faut déclasser le loup de son statut d’espèce protégée stricte (dans le cadre de la convention de Berne) afin de pouvoir au moins procéder à des tirs d’effarouchement ». La France, l’Estonie, le Danemark, la Lettonie et l’Italie ont récemment appelé l’UE à réviser le guide interprétatif de la directive Habitat dans le sens d’une gestion plus efficace et mieux adaptée à l’évolution des populations de loups (1). Mais la Commission européenne ne paraît pas prête à sauter le pas.

(1) Voir n° 3713 du 21/10/2019