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L’UE réchauffe ses relations avec les États-Unis

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À l’occasion du Forum économique mondial à Davos le 22 janvier, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président américain, Donald Trump, se sont engagés mutuellement à faire avancer l’agenda commercial transatlantique. La signature d’un accord serait même programmée dans quelques semaines, selon Ursula von der Leyen. Toutefois, cette nouvelle surprend à Bruxelles. En parallèle, la France et les États-Unis ont réussi à s’entendre pour reporter la taxe sur les géants du numérique à décembre 2020 tout en trouvant le 22 janvier un « cadre global commun ».

Après une période de relations conflictuelles et de menaces commerciales réciproques entre l’Union européenne et les États-Unis, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est engagée à l’occasion du Forum économique mondial à Davos le 22 janvier de faire avancer l’agenda transatlantique. « Nous prévoyons d’avoir dans quelques semaines un accord que nous pourrons signer ensemble. Ce n’est pas une bonne idée de s’engager dans des différends commerciaux pendant des mois, et nous nous sommes assis ensemble tous les deux pour négocier et trouver des solutions » a-t-elle assuré, précisant que l’accord couvrira le commerce ainsi que les secteurs technologiques et énergétiques - mais vraisemblablement pas l’agriculture dont Bruxelles refuse de discuter. Ces propos de la présidente de la Commission européenne ont surpris. D’après l’AFP, une source européenne évoque seulement la signature d’une simple « déclaration politique entre von der Leyen et Trump ». De son côté, le président américain s’est réjoui de ces avancées alors qu’initialement, il voulait attendre les élections d’octobre prochain et finaliser l’accord avec la Chine et avec le Mexique-Canada avant d’entamer ces pourparlers avec l’UE. Maintenant que toutes les planètes sont alignées, Donald Trump a déclaré le 22 janvier dans une interview donnée à la chaîne américaine CNBC que « l’UE n’a pas d’autre choix que de négocier un nouvel accord commercial avec les États-Unis ». Ce dernier a même menacé l’UE d’imposer des droits de douane de 25 % sur les voitures européennes si un accord commercial n’était pas conclu. D’après l’hôte de la Maison-Blanche, les États-Unis ont un déficit commercial énorme avec l’UE depuis de nombreuses années de plus de 150 Mrds $ au total. Pour réduire ce déficit, il a exhorté lors de son discours à Davos, les pays européens à acheter du gaz naturel américain et ainsi « atteindre une véritable sécurité énergétique ».

Report de la taxe GAFA

Deux jours avant, les relations entre Européens et Américains avaient déjà pris une tournure plus constructive lorsque les présidents français et américain Emmanuel Macron et Donald Trump sont tombés d’accord pour prolonger les discussions sur la taxation des géants du numérique (taxe GAFA) jusqu’à la fin de l’année 2020, écartant ainsi la menace de nouvelles sanctions sur des produits français, notamment agricoles (1). Le même jour, Emmanuel Macron a indiqué dans un tweet, que « nous allons travailler ensemble sur un bon accord pour éviter toute escalade des tarifs douaniers. » Ce laps de temps permettra aux deux parties de trouver une solution dans le cadre de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE). Le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire a d’ailleurs assuré le 22 janvier après une entrevue à Davos avec son homologue américain, Steven Mnuchin, que Paris et Washington avaient trouvé un « cadre global commun ». En marge du Forum économique mondial de Davos, ce dernier a souhaité préciser que « la France n’acceptera ni retrait ni suspension de sa taxe tant qu’il n’y aura pas de solution internationale ». De son côté, la FNSEA (principal syndicat agricole français) a salué cette décision de reporter à la fin de l’année la taxe GAFA alors que celle-ci aurait eu des conséquences « dramatiques » pour la filière agricole, avec des droits de douane additionnels qui auraient pu atteindre 100 %. Toutefois, l’organisation syndicale a indiqué qu’elle restera attentive à l’évolution des discussions au sein de l’OCDE.

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(1) Voir n°3724 du 13/01/2020

L’accord États-Unis/Chine inquiète Bruxelles

L’UE saisira l’OMC si l’accord commercial entre Chinois et Américains est contraire à ses intérêts, a averti le 17 janvier la Commision européenne. Bruxelles redoute de voir les entreprises européennes pénalisées sur le marché chinois face à leurs concurrentes américaines. L’accord commercial de phase 1 signé le 15 janvier entre les États-Unis et la Chine pourrait en effet, selon le think tank européen Farm Europe, perturber les relations commerciales mondiales pour deux raisons, d’une part parce qu’il s’agit « d’un commerce géré, et non d’un accord de libre-échange en vertu des règles multilatérales de l’OMC. Par exemple, il réduit les obstacles aux normes sanitaires et phytosanitaires aux exportations américaines en acceptant le bœuf traité aux hormones ». D’autre part, « il évincerait d’autres pays du marché chinois ». En effet, Pékin pourrait par le biais de son économie contrôlée par l’État, diriger davantage d’importations en provenance des États-Unis au détriment des autres (UE, Brésil, Argentine, Australie). Aujourd’hui, cet accord qui prévoit d’augmenter les importations chinoises de 12,5 Mrds $ en 2020 et de 19,5 Mrds $ en 2021, soit un total d’importations agricoles américaines de 40 à 50 Mrds $ en 2021, pourrait ainsi perturber et réduire les exportations agroalimentaires de l’UE vers le marché chinois. Telles sont les craintes des Européens.