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Prix L’UFC-Que Choisir dénonce les « marges injustifiées » des industriels et des distributeurs

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L’UFC-Que Choisir vient de proposer la création d’un coefficient multiplicateur pour remédier aux « abus » des distributeurs et des industriels en matière de prix. L’association de défense des consommateurs a mené une enquête dans 1 250 magasins qui lui a permis d’observer que la baisse des prix agricoles de la volaille, du porc et du lait n’a pas été répercutée dans les rayons, bien au contraire. Un point de vue contesté par la FCD (Fédération des entreprises du commerce et de la distribution), qui brandit les données de l’Observatoire des prix et des marges pour contredire l’étude de l’UFC.

L’association de défense des consommateurs, UFC-Que Choisir, vient de rendre publique une enquête démontrant selon elle que les industriels et les distributeurs n’ont pas répercuté la baisse des prix agricoles sur les prix aux consommateurs. 102 associations locales UFC-Que Choisir ont effectué des relevés des prix en rayon de trois produits (côte de porc MDD , escalope de poulet, lait demi-écrémé) dans 1 250 magasins. Le résultat est sans appel pour l’UFC : le différentiel entre le prix agricole et le prix en rayon (au kilo ou au litre) s’élève à 9,88 euros pour les escalopes Le Gaulois (vendue 11,99 euros), 9,67 euros pour les escalopes MDD, 5,20 euros pour les côtes de porc (MDD/sans marque), 0,53 euros pour le lait Viva de Candia et 0,43 euros pour le lait demi-écrémé MDD.

Hausse des marges brutes
Entre septembre 2007 et septembre 2009 (source FranceAgriMer, Insee, UFC-Que Choisir), l’association constate que le prix du lait payé aux éleveurs a chuté de 7 %, tandis que le prix du lait Candia a progressé de 5 % et le lait MDD de 11 %. « La hausse des prix aux consommateurs n’est donc pas liée à la hausse des matières premières », affirme Olivier Andrault, chargé de mission alimentation à l’UFC-Que Choisir. « La cause réelle est la hausse des marges brutes », poursuit-il, avant d’ajouter : « On ne constate pas ce différentiel sur des produits comme les yaourts, le camembert ou le beurre, par exemple ». L’association observe que la hausse du prix du lait entre septembre 2007 et 2008 a été immédiatement répercutée en rayon alors que la baisse n’a commencé à être répercutée que très récemment.

Une politique de prix « inadmissible »
L’UFC considère que l’évolution des prix en rayon est sans lien strict avec les prix agricoles et donne quelques chiffres INSEE qui vont dans le sens de son argumentation. Le prix agricole des escalopes de poulet a progressé de 2 % entre 1992 et 2009, et de 41 % en rayon sur la même période. Le prix des côtes de porc payé aux agriculteurs a chuté de 26 %, alors qu’en rayon il a augmenté de 25 %. Selon Alain Bazot, président de l’UFC-Que Choisir, les victimes de ces pratiques se situent « à l’échelon de la consommation et à l’échelon de la production. Notre combat se situe au milieu ». L’association considère que cette politique de prix est « inadmissible », alors que le pouvoir d’achat des Français est en chute et que le budget de l’alimentation, quasiment incompressible pour les ménages – sauf à manger moins ou à manger moins bien –, représente 15,5 % de leur budget.

Un coefficient multiplicateur
Pour lutter contre ces abus, l’UFC-Que Choisir propose la création d’un coefficient multiplicateur sur les produits alimentaires bruts et peu transformés. Il s’agirait de l’extension d’un dispositif existant déjà pour les fruits et légumes depuis la loi de 2005. « Notre enquête est la preuve que l’observatoire des prix et des marges ne fonctionne pas. Nous proposons donc la création d’un coefficient multiplicateur qui permettra de définir un prix de vente maximal en fonction du prix agricole. Quand le marché ne fonctionne pas, il faut réguler », résume Alain Bazot. Reste à définir le fonctionnement de ce coefficient : il est difficile de discerner dans une hausse de prix ce qui découle de la hausse de la matière première agricole et le reste (prix du pétrole, coût de la transformation, hausse des normes sanitaires…).

Une instance de concertation
Sur ce problème, l’UFC botte en touche. « Les industriels et distributeurs doivent fournir les chiffres nécessaires. Ensuite, il appartiendra au législateur de mettre en œuvre ce coefficient », affirme Olivier Andrault. L’UFC propose que l’Observatoire des prix et des marges constitue une instance de concertation entre l’ensemble des parties prenantes concernées : administrations, professions agricoles, industrie, distribution et consommateurs. L’association de défense des consommateurs vient de saisir les parlementaires français pour qu’ils mettent en place cette idée. Quoi qu’il arrive, le coefficient multiplicateur ne sera pas la règle mais l’exception : il sera mis en place si des prix trop élevés aux consommateurs sont identifiés. Il variera selon l’origine du produit, français ou importé.

Une étude contestée par la FCD
La FCD (Fédération des entreprises du commerce et de la distribution) conteste les résultats de l’étude de l’UFC-Que Choisir et rappelle son soutien à l’Observatoire des prix et des marges mis en place par la DGCCRF et le ministère de l’Agriculture. Selon la FCD, les données publiques de l’Observatoire des prix et des marges contredisent l’étude de l’Insee utilisée par l’UFC : elles indiquent une hausse des prix de l’alimentaire de 4,74 % entre août 2007 et juillet 2008, soit un chiffre bien plus bas que l’augmentation de 6,8 % dont parle l’UFC. La FCD considère que les chiffres de l’Observatoire des prix et des marges sont plus fiables car ils tiennent compte des promotions et des volumes.

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