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Grandes cultures Lutter contre l’ambroisie relève de la santé publique

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L’ambroisie à feuille d’armoise est une plante annuelle très envahissante, surtout installée dans la région Rhône-Alpes. Sa zone d’extension s’agrandit régulièrement sur le territoire national. Son pollen, très allergisant, est responsable d’un grave problème de santé publique. Pour être efficace, la lutte contre l’ambroisie passe par une concertation entre tous les acteurs du territoire. Arvalis et le Cetiom mettent en place des journées d’information sur ce sujet.

L’ambroisie à feuille d’armoise gagne du terrain. Cette adventice venue des Etats-Unis depuis environ un siècle et installée historiquement en région lyonnaise, est en train de coloniser notre territoire national et fait des ravages. Son pollen, émis à partir du mois d’août, est responsable de graves allergies respiratoires dont les symptômes sont conjonctivite, rhinite et gêne respiratoire pouvant aller jusqu’à la crise d’asthme. Des études épidémiologiques ont permis de montrer que près de 16 % de la population de la région lyonnaise et plus de 10 % de la population de la région Rhône-Alpes étaient allergiques aux pollens d’ambroisie. Les relevés polliniques faits par le réseau national de surveillance (RNSA) sur le territoire français montrent que sur Lyon, le Dauphiné et la vallée du Rhône de Lyon à Montélimar, le risque allergique provoquant des symptômes était présent plus de 40 jours du 10-15 août au 15-30 septembre. Dans les zones limitrophes, le risque reste important, entre 10 et 20 jours par an. « Le coût des soins contre cette allergie est élevé, explique Michel Thibaudon, directeur du RNSA. Il se chiffre à 600 euros par malade, soit 60 millions d’euros pour la région Rhône-Alpes ».

Une plante pionnière et sournoise

« Cette plante estivale, de la famille du tournesol, est pionnière, dans le sens où elle couvre toutes les surfaces dénudées », explique Louis Garin, agriculteur et président du comité de pilotage sur l’ambroisie qui s’est mis en place à l’initiative de la filière agricole, afin de coordonner la lutte contre cette mauvaise herbe. « En grandes cultures, on la maîtrise relativement bien, sauf en tournesol, dans la mesure où elle appartient à la même famille botanique », explique-t-il. Mais la plante est sournoise : dans le blé, tant que la culture est en place, l’ambroisie germe, puis reste naine. « Mais dès que le blé est récolté, l’ambroisie se met à se développer dans les chaumes même s’il fait sec, et elle aura le temps de monter à graines avant la destruction des chaumes », met en garde Louis Garin. « Pour la profession agricole, l’enjeu est d’éviter à tout prix la montée à graine de l’ambroisie », poursuit-il. C’est un enjeu à la fois agronomique et de santé publique. Des travaux sont réalisés par l’Inra de Dijon (UMR Biologie et gestion des adventices) afin de dégager des stratégies herbicides les plus efficaces pour gérer l’ambroisie en interculture. D’autres travaux ont pour but de mieux connaître la biologie de cette mauvaise herbe et quelles sont les conditions écologiques qui limitent ou favorisent son développement. Une thèse financée par le Conseil régional Rhône-Alpes est en cours sur ce sujet.

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L’agriculture n’est pas la seule concernée

Les territoires agricoles ne sont pas les seuls à être concernés par l’ambroisie. Elle s’installe aussi dans les milieux naturels, les friches, les chantiers ou le long des infrastructures (fluvial, ferroviaire, routes, autoroutes). De nombreux départements ont mis en place des arrêtés préfectoraux afin de lutter contre l’ambroisie. Mais tout le monde le reconnaît : le contrôle de cette mauvaise herbe n’est pas satisfaisant. Il est nécessaire de mettre en place une lutte concertée entre les différents gestionnaires de l’espace. C’est pourquoi les instituts techniques Arvalis et Cetiom ont organisé des colloques sur ce thème dans la région Rhône-Alpes, la plus touchée, les 21 et 22 septembre 2005. Ces colloques s’articulent autour de cinq ateliers : les conséquences pour la santé, la connaissance de la plante (biologie, écologie, génétique), la lutte dans le domaine non agricole, la lutte en culture et la lutte en interculture. Ces journées d’information s’adressent au milieu agricole (agriculteurs et techniciens) ainsi qu’aux autres acteurs concernés par la gestion du territoire, aussi bien dans les zones les plus infestées que sur les fronts de colonisation.