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Manifestations agricoles : la mobilisation s’étend jusqu’au Sommet européen

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Les mobilisations agricoles prennent de l’ampleur dans toute l’UE. Récemment, les agriculteurs espagnols, italiens, portugais et belges ont rejoint les protestataires. Une journée de manifestations s’est tenue à Bruxelles, le 1er février, en marge du Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’UE. Mais le dossier agricole n’était pas officiellement à l’agenda.

Après les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie et la France, les mouvements de grogne agricole ont continué à s’étendre dans l’UE avec des appels aux manifestations lancés le 30 janvier en Espagne en Italie et au Portgal. Le 1er février, un millier de tracteurs (arrivant principalement de Belgique mais certains manifestants venant aussi d’Italie) ont bloqué la circulation dans le centre de Bruxelles, en marge du sommet des dirigeants de l’UE. Les manifestations agricoles à Bruxelles se sont concentrées sur la place du Luxembourg, devant le Parlement européen où quelques échauffourées ont éclaté avec les forces de l’ordre qui ont réagi en usant de jets d’eau face aux œufs et pétards lancés par les manifestants. La mobilisation a aussi bloqué le rond-point Schumann devant le bâtiment du sommet européen où se réunissaient les chefs d’État et de gouvernement de l’UE. Le dossier de l’Agriculture n’était pourtant pas à l’ordre du jour de la réunion consacrée à l’aide à l’Ukraine et au budget européen. Le président de la République française, Emmanuel Macron, a toutefois eu un entretien de trente minutes sur le sujet durant la matinée avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Il n’a fait aucune déclaration à la sortie.

Lire aussi : Manifestations agricoles : le mouvement s’étend en France et à Bruxelles

Les jeunes agriculteurs européens (CEJA et ses organisations nationales adhérentes) indiquent dans un communiqué être descendus dans la rue « pour réclamer des conditions de vie et de travail dignes » après des années de frustration et le sentiment de ne pas être entendus. Le CEJA met en garde contre les tentatives de politisation et d’instrumentalisation de leurs revendications qui portent sur la faiblesse des prix, la complexité réglementaire et administrative, les pratiques commerciales déloyales, les risques climatiques et les objectifs environnementaux sans aucun moyen pratique pour les atteindre. Également présente dans les cortèges, la coordination européenne Via Campesina insiste, elle, pour mettre fin aux accords de libre-échange et garantir des prix équitables aux agriculteurs.

Tache d’huile

En Espagne, les trois principaux syndicats agricoles ont annoncé le 30 janvier, rejoindre le mouvement de colère des agriculteurs européens, avec une série de « mobilisations » dans l’ensemble du pays au cours des « prochaines semaines ». « Le secteur agricole en Europe et en Espagne est confronté à une frustration et un malaise croissants », en raison notamment « de la bureaucratie étouffante générée par les réglementations européennes », ont expliqué dans un communiqué commun l’Asaja, l’UPA et la Coag. Ces trois organisations, qui ne précisent pas, à ce stade, les dates exactes des manifestations, disent vouloir un « assouplissement » et une « simplification » de la Pac, ainsi qu’un « plan d’action ambitieux » au niveau « de l’UE, de l’Espagne » et des « régions » espagnoles. Les agriculteurs européens « luttent contre un marché déréglementé qui importe des produits agricoles de pays tiers à faible prix, qui tirent à la baisse » les prix des denrées produites « dans l’UE » et « en Espagne », soulignent les trois organisations, majoritaires chez les agriculteurs espagnols. « Ces produits extracommunautaires ne respectent pas les règles européennes » en matière de respect de l’environnement et sont à l’origine d’une « concurrence déloyale », qui « menace la viabilité de milliers d’exploitations agricoles en Espagne et en Europe », ajoute le communiqué.

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En Italie, des dizaines d’agriculteurs ont protesté le 30 janvier, avec leurs tracteurs près de Milan, dernier épisode en date d’une série de manifestations à travers le pays, motivées par des craintes pour leurs revenus. Des manifestations improvisées se sont déroulées ces dernières semaines de la Sicile jusqu’au nord du pays, et des convois de tracteurs bloquant les routes sont désormais régulièrement signalés, même si l’ampleur du mouvement n’a pas atteint le niveau des manifestations d’agriculteurs en France, en Allemagne ou en Belgique. Leurs revendications vont des plaintes sur les réglementations de l’UE à l’impact de l’inflation et du coût du carburant. « L’Europe nous impose des règles qui n’ont aucun sens. Nous n’arrivons plus à joindre les deux bouts, nous voulons améliorer nos revenus et obtenir que nos produits soient valorisés pour ce qu’ils sont », a déclaré au téléphone à l’AFP Luisito Naldi, l’un des organisateurs de manifestations dans le nord de l’Italie.

Et maintenant, le Portugal

En Grèce aussi, le mouvement prend de l’ampleur. Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis, a promis le 30 janvier d’accélérer le versement des aides financières aux agriculteurs victimes des graves inondations l’an dernier. En Thessalie, région agricole du centre du pays gravement affectée par des inondations dévastatrices, les agriculteurs ont déjà reçu une première aide d’urgence de 2000 euros et qui doit être portée, selon M. Mitsotakis, « à entre 5 000 et 10 000 euros ». Le ministre du Développement rural et de l’Alimentation Lefteris Avgenakis a également appelé les agriculteurs à une rencontre afin d’élaborer des solutions à leurs problèmes. Après avoir commencé à bloquer des axes routiers d’importance, les agriculteurs grecs en colère veulent intensifier leur mouvement et prévoient notamment une forte mobilisation en marge d’un salon de l’agriculture à Thessalonique du 1er au 4 février.

Et le 1er février, ce sont des centaines d’agriculteurs portugais qui ont rejoint le mouvement de colère de leurs collègues européens afin de réclamer une « valorisation » de leur activité, en bloquant plusieurs axes routiers dont deux passages à la frontière avec l’Espagne.