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Manifestations agricoles : le mouvement s’étend en France et à Bruxelles

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Les manifestations agricoles qui se multiplient dans l’UE, en Allemagne, en France, en Roumanie notamment, s’étendent aussi à Bruxelles où la politique agricole de l’UE, et plus encore sa politique commerciale, sont décriées. Et de nouvelles mobilisations sont déjà annoncées.

Près d’une semaine après avoir débuté, la mobilisation des agriculteurs français s’est amplifiée le 24 janvier avec une multiplication des barrages routiers dans le pays pour obtenir des réponses du gouvernement. Une mobilisation qui touche aussi Bruxelles où une manifestation s’est aussi tenue le 24 janvier devant le Parlement européen à l’initiative de la Coordination rurale (CR) et de l’European Milk Board. Se sont joints à la centaine de manifestants, des représentants du collectif SOS rural (voir encadré) et du nouveau Mouvement agriculteur-citoyen belge (BoerBurgerBeweging, BBB). Ce parti flamand est né l’an dernier en tant que version belge du BBB, fondé aux Pays-Bas et qui a fait une entrée en force au Sénat néerlandais en mars 2023. Le BBB flamand ambitionne de présenter une liste pour les élections européennes de juin, et de participer aux élections nationales et flamandes qui auront lieu en même temps. En conférence de presse, Véronique Le Floc’h, présidente de la CR, a dénoncé la « politique ultra-libérale » de l’Union européenne qui multiplie les accords de libre-échange et ouvre la porte à « des denrées ne respectant pas nos normes ». Elle participait également dans l’après-midi à une conférence organisée par l’Institut hongrois Mathias Corvinus Collegium (MCC), financé par le gouvernement de Viktor Orban, sur le thème : « Lutter contre la guerre de l’UE contre l’agriculture ».

Lire aussi : Manifestations d’agriculteurs : la droite européenne dénonce « l’écologie punitive »

Pour Via Campesina, qui ne faisait pas partie des manifestants, c’est le « manque de revenu et de perspective d’avenir pour une grande majorité des paysan·ne·s (qui) est à la source de ce malaise, largement lié aux politiques néo-libérales menées par l’Union Européenne depuis des décennies ». Via Campesina appelle, dans un communiqué, à prendre ces mobilisations au sérieux et à changer le cap des politiques agricoles européennes : il est temps d’en finir avec les accords de libre-échange et de prendre résolument le chemin de la souveraineté alimentaire.

Des actions à venir en Belgique

En Belgique, la Fédération wallonne de l’agriculture (FWA), principal syndicat de la région, a annoncé vouloir organiser des « barrages filtrants » la semaine du 29 janvier en coordination avec d’autres syndicats. La présidente de la FWA, Marianne Streel, a annoncé au quotidien belge l’Echo des « actions » à travers la région francophone « chaque jour de la semaine prochaine ». « Il n’est pas question de blocages, mais plutôt de barrages filtrants » afin « d’embarquer les citoyens, de leur expliquer que l’enjeu les concerne également », indique-t-elle. Et d’ajouter que « la colère dans les fermes est telle que les agriculteurs nous demandent de durcir le ton », en écho aux mouvements en France, en Allemagne ou encore en Roumanie. Côté flamand, l’Algemeen Boerensyndicaat (Syndicat général des agriculteurs) n’exclut pas de mener des actions de son côté.

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Et en Allemagne, où d’immenses manifestations ont bloqué le pays, le chancelier Olaf Scholz a promis le 22 janvier aux agriculteurs de réduire la bureaucratie pour la profession. « Nous sommes fermement décidés à discuter concrètement avec les agriculteurs de ce que nous pouvons faire pour simplifier leur activité », a-t-il assuré lors de sa visite à la « Grüne Woche », le salon de l’agriculture allemand.


Une initiative citoyenne européenne enregistrée « pour la défense de l’agriculture »

La Commission européenne a annoncé le 24 janvier l’enregistrement d’une initiative citoyenne européenne « pour la défense de l’agriculture et de l’économie rurale en Europe ». Portée par le collectif espagnol SOS rural (mais aussi soutenue par le Roumain Florentin Bercu, 3e vice-président de la Cogeca, les coopératives européennes), cette initiative appelle à protéger l’agriculture et l’économie rurale en Europe en assurant l’utilisation prioritaire des terres agricoles pour la production alimentaire. Autres revendications : améliorer la gestion de l’eau pour soutenir la sécurité alimentaire et créer une Agence européenne pour l’agriculture et l’économie rurale pour garantir le respect des droits et intérêts de l’agriculture. À ce stade, les propositions n’ont pas été analysées sur le fond. Après l’enregistrement, les organisateurs disposent d’un délai de six mois pour lancer le processus de collecte de signatures. Si, dans le délai d’un an, une initiative recueille un million de déclarations de soutien provenant d’au moins sept États membres différents, la Commission européenne doit justifier sa décision de donner suite ou non à la demande.