Les syndicats majoritaires lancent une mobilisation en trois phases, dont la première dès le 18 novembre pour protester contre l’accord UE/Mercosur et dénoncer « l’Europe passoire ». « Notre objectif n’est pas de bloquer les Français » ni les autoroutes, précise le président de la FNSEA Arnaud Rousseau.
Alors que les discussions sont en cours sur l’accord de libre-échange UE/Mercosur, la FNSEA et les JA appellent leurs réseaux à se mobiliser les 18 et 19 novembre, en même temps que la réunion du G20 au Brésil, pour dénoncer « l’Europe passoire ». Les manifestations seront organisées au niveau de chaque département, devant les préfectures ou sur les voies de circulation dont le nom fait référence à l’Europe. Après cette première séquence, la mobilisation, prévue pour durer jusqu’à la mi-décembre, comportera deux autres phases : une seconde sur les « contraintes à l’agriculture » et une troisième sur « les prix, les revenus et la compétitivité ». Les dates de ces appels à mobilisation ne sont pas encore arrêtées ; elles dépendront de l’avancée des travaux de champs et du débat budgétaire en cours au Parlement.
Plus largement, les syndicats majoritaires mettent en avant « quatre urgences », a rappelé le président de la FNSEA Arnaud Rousseau en conférence de presse le 13 novembre : les trésoreries des exploitations, la simplification administrative, la cohérence des politiques commerciales de l’UE et le renouvellement des générations d’agriculteurs. Alors qu’Annie Genevard a récemment détaillé les contours des futurs prêts garantis par l’État, Arnaud Rousseau a estimé que « les annonces ne suffisent pas ». Et d’appeler la ministre à en préciser les modalités « extrêmement rapidement » (durée, taux, montant).
Quatre interpros en soutien
Sur la forme, « notre objectif n’est pas de bloquer ou d’ennuyer les Français, encore moins de les affamer », a appuyé M. Rousseau. Une référence à peine voilée à la Coordination rurale, qui menace de « paralyser et affamer » la ville de Toulouse. Au niveau national, la CR se mobilisera le 19 novembre, et a promis de « bloquer le fret alimentaire » si son action s’avérait infructueuse. Pour revenir à la FNSEA, le syndicat entend « faire pression sur les pouvoirs publics pour que nos revendications soient entendues », a précisé Arnaud Rousseau. En particulier, « on ne cible pas les autoroutes », contrairement à l’hiver 2023-2024, a-t-il indiqué sur France Inter.
Dans son opposition à l’accord UE/Mercosur, la FNSEA a reçu le soutien des interprofessions de la viande rouge (Interbev), de la volaille (Anvol), des céréales (Intercéréales) et du sucre (AIBS). Lors d’une conférence de presse le 13 novembre, ces organisations ont dit vouloir « donner plus de force » à la mobilisation agricole anti-Mercosur, en disant « non » d’une « seule voix » à cet accord. Sur cinq représentants de ces interprofessions ayant pris la parole, quatre sont des agriculteurs issus des rangs de la FNSEA. « Les filières exhortent le gouvernement français à tout mettre en œuvre pour empêcher la signature de l’accord en utilisant le droit de veto dont elle dispose au Conseil de l’UE », indique leur communiqué commun.
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Trois élus de différents bords – le socialiste Dominique Potier, le LR Laurent Duplomb et un ex-ministre de l’Agriculture (lors du premier mandat d’Emmanuel Macron), Stéphane Travert – étaient présents à cette conférence afin de montrer que le monde politique français affiche une rare unanimité sur le sujet. Plus largement, les filières bovine et volaille et la filière maïs demandent « l’application immédiate de clauses miroir dans les accords existants pour les importations agricoles déjà en cours », et un renforcement des « contrôles européens ».
La Conf’ne rejoint pas l’appel de la FNSEA
De son côté, la Confédération paysanne a indiqué qu’elle n’appellerait pas à rejoindre la mobilisation lancée par l’alliance majoritaire FNSEA/JA, bien qu’ils s’entendent sur leur opposition à l’accord avec le Mercosur. « Nous serons mobilisés la semaine prochaine, mais avec nos propres modes d’action », a expliqué sa porte-parole Laurence Marandola, lors d’un rassemblement à Paris le 13 novembre contre l’accord de libre-échange UE/Mercosur, auquel les principaux syndicats agricoles français s’opposent. « Sur ce sujet, il semblerait que l’on soit d’accord, mais sur d’autres sujets, on ne promeut pas le même modèle agricole », a justifié Laurence Marandola, dont le syndicat défend une « agriculture paysanne ».
« Si cet accord devait être signé, ce serait un déferlement énorme de viande bovine, de volaille, de sucre ou d’éthanol sans aucune protection, ni contrôle de normes », redoute-t-elle, citée par l’AFP. La Conf’a mené ses propres actions le 12 novembre dans le Cantal et l’Allier, rapporte la presse locale, puis dans le Haut-Rhin le 14 novembre et dans le Tarn le lendemain. Le 13 novembre, le syndicat a aussi participé à une manifestation à Bruxelles organisée par la Coordination européenne Via Campesina.
Attente de précisions sur les prêts garantis par l’État
Suivront des actions sur les « contraintes », puis sur « les prix et le revenu »
Manifestations de février : « justifiées » pour une majorité de Français, comme les précédentes
À l’occasion d’un sondage réalisé par l’Ifop pour Ouest-France et diffusé le 14 novembre (article payant), 88 % des Français interrogés ont déclaré, début octobre, que le mouvement des agriculteurs de l’hiver passé était « justifié », un niveau similaire à celui observé face aux précédentes grandes mobilisations agricoles. Et les sondeurs de rappeler les taux d’adhésion à la mobilisation des éleveurs en 2009 (85 %), en 2010 (92 %), en 2015 (86 %) et en 2016 (84 %). Par ailleurs, seulement 16 % des personnes interrogées estiment que « le monde agricole a obtenu des avancées suffisantes » à l’issue de ces mobilisations. En entrant dans le détail, ils sont seulement 33 % à penser que « certaines concessions et réponses qui ont été apportées aux agriculteurs par les pouvoirs publics sont synonymes de recul pour la défense de l’environnement ». En tête des revendications perçues comme prioritaires pour le monde agricole : la rémunération (71 % des répondants la classent en première ou seconde priorité), la concurrence étrangère (68 %), la simplification (35 %) et la hausse des aides pour accompagner les transitions environnementales (25 %).