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Marc Fesneau promet un point mensuel aux ONG

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Les ONG de protection de l’environnement ont été reçues par Marc Fesneau début juin durant deux heures. Une entrée en matière sous le signe de l’ouverture, lors de laquelle le nouveau ministre de l’Agriculture a promis un rendez-vous mensuel dédié à des thématiques spécifiques.

« Nous avons senti chez Marc Fesneau des dispositions au dialogue qui sont cohérentes par rapport à nos échanges avec Mme Borne, ainsi qu’avec le discours du président à Marseille. » À l’issue d’un premier rendez-vous avec Marc Fesneau, le président de France Nature environnement (FNE) Arnaud Schwartz veut croire que la « planification écologique », promise par Emmanuel Macron et son Première ministre, s’appliquera bien au ministère de l’Agriculture.

Pour preuve en veut-il, ce rendez-vous rue de Varenne avec l’ensemble des ONG de protection de l’environnement intervient deux semaines à peine après la nomination du gouvernement, et une semaine après un autre rendez-vous avec Elisabeth Borne. Une discussion ouverte, au cours de laquelle les ONG et Marc Fesneau ont réaffirmé leur volonté de « dialoguer », et d’éviter les conflits, tels que les récentes manifestations et dégradations autour du loup ou de l’ours. Gage de sa bonne volonté, le ministre aurait même fait la promesse d’un rendez-vous mensuel, « pour discuter de sujets spécifiques ».

Chez Humanité et biodiversité, on remarque aussi un nouveau ton. « Contrairement à certains de ses prédécesseurs, le nouveau ministre assume ne pas être un expert de tous les sujets, et de ne pas avoir d’opinion sur tous les dossiers, pour lesquels il pourra s’appuyer sur nos éléments », se réjouit Bernard Chevassus-au-Louis, le président de l’association. On comprendra, entre les lignes, qu’il s’agit là peut-être de l’une des différences avec Julien Denormandie, qui revendiquait fréquemment son passage par Agro Paris Tech.

Mauvaise gestion sur les grands prédateurs

Les cantines pour les collectivités, la déclinaison nationale de la Pac (PSN) pour le ministère, et les pesticides pour l’Europe : « Le ministre s’est montré assez incisif sur l’échelon politique auquel se traitent les dossiers », complète Bernard Chevassus-au-Louis. D’après cet ancien chercheur, le ministre aurait aussi reconnu « une mauvaise gestion de l’État » sur les grands prédateurs comme le loup. Des erreurs qui seraient, selon Marc Fesneau, à l’origine de l’incompréhension du monde agricole bien plus que l’action des associations.

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Les premiers points mensuels entre les ONG et le ministre pourraient être dédiés à la déclinaison française de la Pac (PSN), dont la France doit livrer une deuxième version à la Commission dans les prochains jours. Marc Fesneau aurait notamment montré sur ce dossier une certaine « ouverture » pour retravailler certains aspects du socle de conditionnalité. Autre porte ouverte : une meilleure différenciation entre bio et HVE dans les écorégimes, dans la lignée des remarques de la Commission sur le Plan national stratégique français.

Un programme "techniciste" pour les législatives

D’autres ONG, dont Greenpeace, se montrent plus prudentes à l’issue de ce rendez-vous. Principale inquiétude : la vision de la transition agroécologique n’aurait pas changé avec le nouveau ministre. Le programme du parti du président pour les législatives l’illustre. Dans son analyse publiée début juin, France Nature environnement (FNE) reproche d’ailleurs à Ensemble !, une approche « très techniciste de l’agriculture », comprenant « robotique, numérique, sélection variétale ». Pis, l’ambition environnementale « semble céder le pas devant la pression du lobby de l’agriculture conventionnelle », tranche l’association.

Malgré les signes d’ouverture, les ONG jugeront donc sur pièce. Trois dossiers sont dans la ligne de mire : la seconde version du PSN, que le ministre doit renvoyer d’ici la mi-juin à Bruxelles, et dans lequel la place du bio ou de la HVE sera examinée de près. Le cadre révisé que l’administration proposera sur la HVE entre fin juin et début juillet sera aussi un étalon des arbitrages rendus par Marc Fesneau. Et le projet de loi de finance pour 2023, qui sera examiné par les deux Chambres à l’automne, dessinera la place du bio ou des produits locaux dans l’éventuel chèque alimentaire promis par le gouvernement. Autant de rendez-vous sur lesquels les ONG seront attentives aux positions du nouveau ministre, au risque de voir le nouveau dialogue se tendre.

« Le nouveau ministre assume de ne pas être un expert de tous les sujets »