Marc Roquette, patron du groupe du même nom, le leader européen de l’amidon replace la crise dans un contexte de long terme : cette situation, qui s’accompagne dans un premier temps d’une chute des cours du pétrole, ne fait que ralentir l’essor inéluctable de la végétochimie, qui remplace une part croissante de pétrochimie. Mais elle ne l’arrête pas.
Agra-Presse : Votre secteur, celui de l’amidonnerie, prend peu à peu des parts de marché à la pétrochimie. Pensez-vous que la crise économique accélèrera cette tendance ou qu’au contraire elle la ralentira ?
Marc Roquette :Le mouvement de fond de remplacement des produits dérivés du pétrole vers les produits dérivés des céréales est appelé à durer pendant tout le XXI ème siècle. La crise actuelle a tendance à ralentir cette évolution à court terme. Le développement des débouchés de la végétochimie est très lié au rapport de prix entre les céréales et le pétrole. Le ralentissement économique général entraîne un repli sensible des cours du pétrole.
Courant 2008, nous avons vu le prix du pétrole représenter, à la tonne, trois fois celui du blé. Ce ratio allait dans le sens de l’accélération du mouvement de fond de la pétrochimie vers la végétochimie.
Depuis cet été, le prix du pétrole a chuté plus brutalement que le blé. Le ratio est donc pour l’instant moins favorable aux débouchés de l’amidonnerie.
En fait, pour savoir si le mouvement de fond de la pétrochimie vers la végétochimie se ralentit ou s’accélère, il faut avoir l’œil sur ce rapport entre le prix à la tonne du blé et celui du pétrole. La crise actuelle ne remet pas en cause le mouvement, amorcé depuis le premier choc pétrolier. Elle ne fait que le ralentir.
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Quelle conséquence la crise vous semble-t-elle entraîner sur un autre secteur prioritaire pour vous, à savoir les produits de nutrition-santé ?
Pour ce type de marchés, la crise économique aura moins d’impact. Ce secteur n’est pas conditionné par le rapport de prix entre le pétrole et le blé. Tout au plus peut-il connaître un petit ralentissement en période difficile.
Au bout du compte, est-ce toujours pour vous le moment d’investir ?
Nous pensons que l’innovation sera toujours bien accueillie, au travers des nouveaux marchés que nous ouvrons, même en situation de crise. Cela est vrai du secteur nutrition-santé, mais aussi de celui de l’amidonnerie. Mais, aussi, nous pensons que la crise peut offrir des opportunités d’acquisitions d’entreprises, car avec la crise boursière, les prix des entreprises sont généralement à la baisse.